La Seyne sur Mer

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La faucille et le marteau

dimanche 16 mai 2021, par René Merle

Death of a Dissident, Paperback, 1981. Traduit sous le titre Entre la faucille et le marteau, Le Masque 1992.

Aujourd’hui, le logo est indispensable, et bien souvent ridicule... En témoignent par exemple les ahurissants, fort coûteux et parfaitement creux logos des départements français ou des régions... Sigles sans histoire ni contenu vrai, plaqués sur des réalités de plus en plus abstraites...
Par contre en politique comme en religion, il est des logos dont la force symbolique et la charge historique sont immédiatement perceptibles par tous, partisans ou adversaires. En changer a une portée significative qu’il serait parfaitement vain d’occulter. Imagine-t-on chrétiens ou musulmans abandonner croix et croissant sans prendre la peine de s’en expliquer ? Ainsi en est-il advenu un peu partout des symboles communistes...
La faucille et du marteau, symbole né de la Révolution russe de 1917, était devenu l’emblème des communistes du monde entier, jusqu’à l’effondrement de l’U.R.S.S. (Tout naturellement, la nouvelle Russie s’est entichée de l’aigle tzariste !).
Les convulsions politiques de ce monde communiste depuis 1989-1991 ont un peu partout été accompagnées de l’abandon du vieux sigle ouvrier - paysan. En témoigne par exemple, chez nos voisins italiens ex-communistes, ses tragi-comiques avatars végétaux, du chêne à l’olivier...
De leur côté, les communistes de la défunte République démocratique allemande avaient choisi d’oublier la défunte faucille au profit du symbole de leur technicité industrielle...
Le titre du polareux américain Kaminsky posait ironiquement en choix entre faucille et marteau. Mais entre la faucille et le marteau, la direction du P.C.F n’a pas choisi. Ou plutôt elle a choisi tout simplement d’oublier l’une et l’autre. La nouvelle carte d’adhérent du P.C.F est une carte rouge, frappée du logo doublement étoilé de la "Gauche européenne" (une étoile rallumée, puisque les communistes s’inspirent d’Apollinaire, sur fond circulaire des étoiles européennes... Voilà qui va donner du cœur au ventre aux nouveaux "damnés de la terre").
Il y a bien longtemps d’ailleurs que l’idée de cet abandon tournicotait dans les instances dirigeantes du P.C.F., catastrophées par leurs scores électoraux en perdition.
Mais de quoi je me mêle ? Je n’ai en rien le droit de m’immiscer dans les données de ce débat interne au P.C.F...
Si tant est qu’il y ait eu débat... En effet, la décision a été prise directement par la direction, sans que les adhérents aient été consultés. Et, devant les protestations de certains militants et les échos, (pas toujours désintéressés on s’en doute !) des médias, le secrétaire général d’alors, Pierre Laurent, a répondu sur L.C.I qu’il assumait ce changement au nom d’un "communisme de génération" : "Nous voulons nous tourner vers l’avenir. C’est un sigle qui ne résume pas ce que l’on est aujourd’hui".
Autrement dit plus brutalement par d’autres dirigeants, la question de la substitution de sigle est une question que les adhérents ne se posent pas, elle n’est qu’une invention des médias bourgeois. Circulez, il n’y a rien à voir.
On peut comprendre que, dans la logique de nouvelle stratégie du P.C.F, quelle que soit sa charge symbolique et affective pour les communistes de l’ancienne génération, (les communistes du passé, les communistes d’un autre temps, les communistes qui n’ont pas su changer, etc.), le vénérable sigle de la faucille et du marteau apparaisse comme réducteur, voire comme repoussoir... Versons-le en quelque sorte aux oubliettes de l’Histoire... Ou laissons-le par exemple aux communistes de la République indienne, qui l’arborent fièrement sur leur drapeau, mais qui ont remplacé sur le bulletin électoral le marteau par un épi de blé… Il est vrai que les paysans indiens gagnés au communisme savent toujours ce que la faucille veut dire, au quotidien...

manifestation communiste indienne

On pourrait également suggérer aux dirigeants communistes français que, dans cette même logique, que le rouge de la carte disparaisse : une carte rose, verte, arc en ciel, que sais-je, serait sans doute plus en phase avec la mutation actuelle d’un parti qui, si j’ose dire, retrouve des couleurs...
Mais, je le répète, je n’ai aucun droit à participer à ce débat (?) réservé aux adhérents.
Par contre, en tant que citoyen, en tant qu’électeur, ce qui me chagrine de la part de communistes qui ne cessent de répéter : "nous avons changé", c’est cet art de contourner l’obstacle, cette vieille habitude qu’il ne faudrait pas que la fameuse "nouvelle génération" fasse sienne.
Quel dommage ! Alors que tant de choses pourraient être dites sur l’héritage, et sur son dépassement positif, non pas pour s’engluer dans une nostalgie stérile, mais pour mieux doper les forces de ceux qui aujourd’hui combattent les méfaits du Capital...

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