La Seyne sur Mer

Accueil > Personnel : écriture, souvenirs > Souvenirs personnels, réactions très personnelles... > À propos de l’Allemagne, et de Günter Grass...

À propos de l’Allemagne, et de Günter Grass...

mercredi 12 mai 2021, par René Merle

Voici un article que je classe dans la catégorie "souvenirs personnels [1]".
En effet, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire sur ce site : « Allemagne, si lointaine et si proche… »
Lointaine ? Non que ce site en ait fait l’impasse [2], non que la curiosité voyageuse ne m’y ait pas conduit, mais je ne connais pas l’osmose au quotidien des zones frontalières, et surtout je ne connais pas la délectable osmose culturelle du germanophone… Dans les années 1945-1953, au collège dit moderne, puis à l’école normale d’instituteurs, l’allemand était matière inconnue, et j’ai compris plus tard, quand j’ai enseigné en lycée, qu’il n’était que la matière noble enseignée à l’élite des matheux.
Bref, pour ces différentes raisons, et à la différence d’autres pays frontaliers (Italie, Espagne, Suisse, voir Royaume Uni), l’Allemagne m’est restée lointaine.
Non pas comme ennemie héréditaire, 1870, 1914, 1939… la page semble quand même tournée (même si, né en 1936, j’ai pu voir les soldats de la Wehrmacht, et si mon père fut un résistant).
Mais l’Allemagne me semble lointaine, et fascinante, comme toute énigme.

Faut-il dérouler le fil de l’Histoire ? la puissance effondrée de 18 ; la révolution rouge et la contre révolution brune sous l’égide sociale démocrate ; l’extraordinaire bouillonnement culturel de la République de Weimar et ses deux secousses terrifiantes de crise économique ; l’accession au pouvoir d’un parti nazi minoritaire mais conforté par la droite et le grand patronat ; les cinq années d’endoctrinement et de répression qui font d’un grand peuple majeur un peuple complice des plus grands crimes ; le mythe de l’Europe continentale allemande [3] (qui mord même sur le Caucase et l’Afrique du Nord) ; la croisade anti-bolchevik (à laquelle des Français jugèrent bon de se joindre), croisade "invincible" que brisa Stalingrad, tournant décisif ; l’humiliation de 1945 pour un pays à son tour détruit, violenté, humilié ; la prise en main américaine immédiate contre le péril rouge ; la reprise consécutive de santé économique et bientôt la prépondérance économique sur l’Europe ; le fameux couple franco allemand où la France est un peu comme ces épouses d’antan, privées d’autonomie et de chéquier, ; bref, la saga assez hallucinante d’une nation qui en cinquante ans connaît des crises paroxystiques et des retours plus que prospères à la tranquillité sans états d’âme…

Voilà pour le regard extérieur, qui pourrait seulement être le mien, si la littérature et le cinéma allemands ne m’avaient pas aidé à mieux comprendre ce qui était advenu et ce qui advient.
J’ai repris ces jours-ci la lecture de Mon siècle (titre original : Mein Jahrhundert), que Günter Grass [4] nous proposa en 1999, l’année de son prix Nobel de littérature.
Un kaléidoscope de regards vus de l’intérieur : Grass a imaginé de faire parler, année après année, - de 1901 à 1999 -, des personnages fort variés (et pour la plupart modestes) : témoins d’un événement significatif, qui n’est pas forcément celui qu’ont retenu la grande politique et la grande histoire. Une fresque profondément humaine qui nous plonge avec lucidité dans l’intimité de la nation.
Indispensable.

Notes

[2Cf. les rubriques : Allemagne ; Allemagne, 1914-1945.

[3De l’invincible Royaume Uni les nazis n’ont pu occuper que les îles anglo-normandes…

[4Günter Grass (1927-2015), un des plus grands écrivains allemands de ce siècle XX

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP