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À propos du Front populaire

jeudi 29 avril 2021, par René Merle

Aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, la victoire du Front populaire est éclatante : 5 630 258 suffrages [1] et 369 sièges, contre 4 217 008 suffrages et 241 sièges pour la Droite et le Centre droit.
Victoire électorale qui avait été initiée en juillet 1934 par le pacte d’unité d’action antifasciste entre socialistes et communistes. Les deux frères violemment ennemis depuis la scission du parti socialiste en décembre 1920 s’étaient retrouvés quatorze ans après unis devant l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933 et le putsch manqué des ligues factieuses d’extrême droite en février 1934.
En juin 1935, les Radicaux se rallient à cette unité populaire. Le Front populaire était né.
Immense manifestation parisienne du 14 juillet 1935 :

Mais si la victoire de mai 36 est incontestable, le détail des résultats en montre aussi la fragilité.
Les deux partis se réclamant du socialisme sont loin d’atteindre la majorité absolue : Les socialistes de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) arrivent en tête avec 2 089 166 suffrages (149 députés), et le Parti communiste, en net progrès, obtient 1 422 611 suffrages et 72 députés. Avec les 20,76 % des socialistes et les 13,45 % des communistes, la « vraie Gauche » représente donc 34,21 % des suffrages. Mais c’est une gauche si fraîchement réunie que les antagonismes et les blessures du proche passé sont loin d’être oubliés. Les communistes d’ailleurs soutiennent le gouvernement Blum né de la victoire électorale, mais refusent d’y participer.
On peut ajouter à ce score nettement à gauche le soutien par définition hésitant de deux formations dissidentes, plus qu’en froid avec le parti dont elles étaient issues : l’Union socialiste républicaine (USR) qui groupait des dissidents de droite du parti socialiste (6,60 % des suffrages) et le Parti d’unité prolétarienne (PUP), qui groupait des dissidents communistes (0,45 %).
Ce qui porte à 41,26 % le score total des formations se réclamant plus ou moins du socialisme.
C’est donc seulement avec le renfort du Parti républicain radical et radical-socialiste (PRRRS – 15,92 % des suffrages) que le Front populaire obtient et dépasse la majorité absolue (57,16 %).
Mais ce ralliement des radicaux a été tardif et demeure hésitant. Si la base radicale était sincèrement à gauche, les diverses factions dirigeantes n’avaient pas hésité précédemment à gouverner avec des formations de centre droit.
On imagine l’embarras voire l’hostilité de ces dirigeants devant l’immense mouvement gréviste qui suivit en juin 36 la victoire électorale et imposa des conquêtes sociales majeures.
Le ver était dans le fruit, et, au risque de désillusionner leur base, les socialistes ne cesseront de lâcher du lest pour tenter de conserver les radicaux dans la majorité.
On connaît la suite. Le Front populaire s’achèvera tristement avec un gouvernement radical (Daladier) élargi au centre droit, sans participation socialiste. Gouvernement qui décida de la dissolution du Parti communiste au lendemain du Pacte germano-soviétique.

Notes

[1Faut-il rappeler qu’il s’agit de suffrages masculins, et que les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’au lendemain de la Libération

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