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Camilleri et le communisme

lundi 3 mai 2021, par René Merle

À la mort de Camilleri [1] en 2019, les hommages ont afflué de tous bords, y compris de l’immanquable Salvini et ses partisans qui l’avaient violemment agressé il y a peu. Je ne vais pas me donner le ridicule de redire ici ce que vous avez pu lire sur les gazettes à propos de l’œuvre polymorphe de ce grand intellectuel créateur, ce à quoi je m’associe bien sûr.
Je veux seulement donner ici, pour ceux des lecteurs de ce site qui lisent l’italien, et pour ceux qui auraient envie d’essayer, cet extrait de son Abecedario di Andrea Camilleri, Derive Approdi, 2010, où il traite du communisme, du capitalisme, et de l’avenir.
Je traduis littéralement [2], d’autres le feront mieux que moi :
« Léonard Sciascia soutenait que le catholicisme et le communisme étaient deux paroisses identiques, il était un peu méchant avec les communistes. En attendant, disait-il, le communisme agissait pour le mieux des hommes sur la terre, et non dans l ‘au-delà. Donc les deux paroisses n’étaient vraiment pas paroisses.
J’ai été, et je continue à être un communiste. Certes le prix payé a été un prix élevé, en vies humaines et en beaucoup de choses.
Certes que bien des choses du communisme, dans leur application pratique, ont été ratées et se sont transformées en erreurs tragiques en particulier dans le compte des vies humaines. Mais je continue à retenir que l’aspiration à l’égalité, au droit égal pour tous soit l’impératif le plus chrétien que j’aie jamais entendu, chrétien non catholique.
Malheureusement, c’est une application terrestre, et donc destinée à des erreurs énormes, éliminables je ne sais pas.
Parce que beaucoup des principes sociaux qui étaient à la base du communisme sont entrés quasi sans avertissement dans certaines visions de l’État social, du soin des personnes… Tant de choses qui aux débuts du vingtième siècle n’étaient même pas imaginables se sont insinuées, parce que nécessaires au cheminement social des hommes.
Ce n’était pas une utopie. Elle a été consumée et changée en utopie parce qu’elle s’est mal réalisée.
Quand nous nous trouvons devant la révolution communiste en Chine, qui partant de la famine absolue a réussi à donner une assiette de riz à tous, qu’est-ce si ce n’est un pas en avant dans le vivre ensemble de tous les hommes ?
Le communisme est une perte de liberté, parce qu’il se manifeste comme dictature. Est-il possible d’imaginer un communisme sans dictature ? Il paraît que ce n’est pas possible. Moi je pense que ça l’est.
Quand (cela adviendra ?), dans un futur pas très lointain, adviendront d’épouvantables crises économiques, parce que maintenant nous sommes seulement au seuil des petites crises qui frappent la finance. Dans un futur pas si lointain, l’eau commencera à manquer. Nous vivons en ce moment un bouleversement monstrueux des saisons, des bloc effroyables se détachent, deviennent icebergs parce que la calotte polaire ne résiste plus.
Nous nous trouverons, je crois, dans un futur pas si lointain à combattre pour un verre d’eau et alors peut-être retrouverons-nous une solidarité que le bien-être et le capitalisme nous ont fait oublier. Nous avons oublié (enlevé) non seulement les principes du communisme, mais aussi ceux du christianisme et même ceux de la vie sociale.
Andrea Camilleri

Notes

[1que tant de Français continuent à prononcer « camilièri » et non « camilèri » comme on dit en italien)

[2« Leonardo Sciascia sosteneva che il cattolicesimo e il comunismo fossero due parrocchie uguali, era un po’ cattivo coi comunisti. Intanto, il comunismo diceva e agiva cercando di far stare meglio gli uomini sulla terra e non nell’aldilà. Quindi le due parrocchie non erano mica tanto parrocchie.
Io sono stato, e continuo a essere, un comunista. Certo il prezzo pagato è stato un prezzo alto, in vite umane, in molte cose.
Certo che molte cose del comunismo, nella sua attuazione pratica, sono state sbagliate e si sono trasformate in errori tragici proprio nel conteggio di vite umane. Ma continuo a ritenere che l’aspirazione all’uguaglianza, al diritto uguale per tutti sia il dettame più cristiano che io abbia mai sentito, cristiano non cattolico.
Purtroppo è un’applicazione terrena e quindi destinata a errori enormi, a sparire non saprei.
Perché molti di quei princìpi sociali che erano alla base del comunismo sono entrati quasi senza avvertimento in certe visioni dello Stato sociale, della cura delle persone… Tante cose che nel primo Novecento non erano neppure ipotizzabili si sono insinuate, perché necessarie nel cammino sociale degli uomini.
Non era un’utopia. È stata consumata e voltata in utopia proprio perché si è mal realizzata.
Quando noi ci troviamo di fronte alla rivoluzione comunista in Cina, e dalla fame assoluta riesce a dare una scodella di riso a tutti, che cos’è questo se non un passo avanti nel vivere insieme di tutti gli uomini ?
Il comunismo è una perdita di libertà, perché si manifesta come dittatura. È possibile ipotizzare un comunismo senza dittatura ? Pare che non sia possibile. Io credo che lo sia.
Quando, in un futuro non troppo lontano, avverranno spaventose crisi economiche, perché ora siamo solo agli inizi di piccole crisi che colpiscono la finanza. In un futuro non così lontano, comincerà a mancare l’acqua. Stiamo vivendo in questi giorni un sommovimento mostruoso delle stagioni, blocchi immani si staccano, diventano iceberg perché la calotta polare non tiene più.
Ci troveremo, credo, in un futuro non tanto lontano a combattere per un bicchiere d’acqua e allora forse ritroveremo una solidarietà che il benessere e il capitalismo ci hanno fatto dimenticare. Abbiamo rimosso non solo i princìpi del comunismo, ma anche quelli del cristianesimo e persino del vivere sociale.
Andrea Camilleri »

2 Messages

  • Camilleri et le communisme Le 3 mai à 05:31, par ASSANTE

    OUI !!!! Pierrot

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  • Camilleri et le communisme Le 3 mai à 17:36, par MP

    Je ne comprends pas très bien comment une défense du communisme peut s’achever en identification du bien être et du capitalisme. Civilisation du bien être parce que nous changeons de smartphone tous les six mois ? Un ami me faisait remarquer que tout de suite après la guerre, la plupart des gens manquaient de tout et étaient pauvres. Mais ils n’étaient pas malheureux. Les relations sociales existaient encore, et la pauvreté n’était pas signe de misère. D’autre part, la pénurie (si elle est relative) peut nous pousser à la solidarité, ou nous faire régresser à cet état de nature hobbesien où l’homme est un loup pour l’homme. Bien des dystopies évoquent cette possibilité (par exemple The Road de Cormac McCarthy, et le film qui en a été tiré). Une des grandes forces du capitalisme est la séduction qu’il a exercé — et qu’il exerce toujours — parce qu’il promet l’abondance. Mais comme le chantait en son temps François Villon, nous mourrons de soif près de la fontaine. La fontaine que nous empoisonnons chaque jour davantage ...

    Je meurs de soif auprès de la fontaine,
    Chauld comme feu, et tremble dent à dent,
    En mon païs suis en terre loingtaine ;
    Lez un brazier friçonne tout ardent ;
    Nu comme ung ver, vestu en president ;
    Je ris en pleurs, et attens sans espoir ;
    Confort reprens en triste desespoir ;
    Je m’esjouys et n’ay plaisir aucun ;
    Puissant je suis sans force et sans povoir,
    Bien recueilly, debouté de chascun.

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