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La Commune et "l’Internationale" d’Eugène Pottier

mardi 29 décembre 2020, par René Merle

Le 28 mai 1871, les dernières barricades sont tombées et pendant des jours Paris retentira des fusillades en masse des insurgés prisonniers. Le dessinateur sur étoffe, chansonnier et militant de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT [1]) Eugène Pottier [2], après avoir combattu sur une des ultimes barricades a pu échapper à ce ratissage sanglant, il est caché chez des amis avant de pouvoir clandestinement gagner l’Angleterre. Il écrit alors ce poème que le militant guesdiste belge Pierre Degeyter mettra en musique à Lille en 1888.
Le texte venait en effet d’être publié dans le recueil des Chants révolutionnaires de Pottier (Paris, Dentu,1887)
On n’entend plus beaucoup aujourd’hui, sinon pas du tout, cette Internationale qui fut si souvent et si puissamment le chant des luttes sociales. Les temps ont changé, et les dernières décennies, en signant le triomphe de l’anticommunisme, ont voulu en quelque sorte renvoyer le communisme et ce chant aux oubliettes de l’histoire.
Mais si nous voulons écouter ce texte dans sa jeune fraîcheur, dans sa lucidité et sa détermination au lendemain d’une épouvantable défaite, si nous voulons bien nous reporter à 1871 et peser ce que ces paroles signifiaient, à l’évidence elles ne nous apparaîtront pas grandiloquentes et démodées.
Et il n’est pas interdit d’y puiser aujourd’hui… Certaines sont même d’une fulgurante actualité.

L’INTERNATIONALE

Au citoyen LEFRANÇAIS, membre de la Commune [3].

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain.

Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’irruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

L’État comprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’Égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
 »Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous soulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais, si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins, disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’internationale
Sera le genre humain.

Paris, juin 1871.


[2] Sur Pottier et l’Internationale, cf. le mot clé Pottier et en particulier l’article Quelques éléments biographiques sur Eugène Pottier, auteur de « l’Internationale ».

[3] Sur le vieux lutteur Lefrançais, cf. : Instituteurs socialistes, 1849.

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