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Police ?

dimanche 23 mai 2021, par René Merle

Puisque chacun dit la sienne après la manifestation policière « citoyenne » devant le Palais Bourbon, je donne mon avis, qui ne diffère guère de ce que j’ai déjà pu écrire au sujet de la police : voir ce mot clé Police.
Le malaise policier, nous dit-on, n’aurait pour cause que l’attitude d’une partie de la jeunesse et le laxisme de la justice.
Et nous voilà piégés dans un triste manichéisme.
Des militants « anti lois liberticides » à courte vue défendent la cause des « jeunes » contre « la police », comme si toute la France était désormais zone sensible où les gentils « jeunes » auraient, en compensation de l’injustice sociale, le droit d’insulter les enseignants, les élus, les policiers, le droit d’emmerder le monde en occupant les halls d’immeubles et les escaliers, de faire du rodéo nocturne sous les fenêtres des dormeurs, de caillasser pompiers et médecins, voire à l’occasion de brûler un policier. Et surtout le droit de transformer leur cité en principautés et citadelles de la drogue.
Et les méchants policiers passeraient leur temps à contrôler brutalement les faciès racisés, à faire la course à l’échalote à de jeunes voleurs de scooters, jusqu’à ce qu’ils se fracassent (et que le quartier organise une marche blanche, pendant qu’en solidarité les copains de la victime brûlent quelques poubelles et pas mal de voitures, quand ce n’est pas l’école du coin).
Il faut vraiment avoir la chance d’habiter un endroit tranquille à l’écart de ces nuisances pour faire comme si ces nuisances (et le mot est faible) n’existaient pas, comme s’il ne fallait pas contrôler, intervenir, juger et protéger. Car prévenir ne suffit pas à réponde aux urgences quotidiennes, dont le lot ordinaire grossit l’influence de la droite extrême, sans qu’elle ait pour cela à bouger le petit doigt.
Bref, on ne peut vivre sans police, et il faut une police dotée des moyens nécessaires de formation et d’intervention. Pour ce type de « travail » et pour les autres, car la délinquance a bien des facettes, et ce ne sont pas quelques corrompus de la politique, fraudeurs du fisc, et autres blanchisseurs d’argent qui me contrediront.
Mais venons-en au cœur de la polémique qui enfle depuis la manifestation du 19 et dont témoigne encore une fois, et à mon avis de façon assez réductrice l’organe de la gauche radicale Regards :
http://www.regards.fr/politique/article/contre-le-rassemblement-policier-cette-gauche-debout

Tout appareil d’état a et a eu sa police. Le problème dans l’histoire de France est que cette partie de l’appareil d’État s’est mise sans états d’âme, si l’on excepte quelques minoritaires, au service des factieux chaque fois qu’ils renversaient le régime précédent. La liste est longue depuis le coup d’État du général Bonaparte, le retour des Bourbons dans les fourgons de l’étranger, le coup d’État du Président Louis-Napoléon Bonaparte, et bien plus près de nous, l’empressement à servir le sombre régime pétainiste.
Mais nous vivons en République, et notre police, administration et syndicats, se dit républicaine et dépourvue de toute velléité factieuse.
Dont acte.
Il reste que l’orientation politique de certains syndicats et les intentions de vote dévoilées par les sondages ne laissent pas d’inquiéter.
Paradoxe, les présidences successives, qui prétendaient défendre la police, ont en fait diminué ses moyens. Et l’actuel président, bien inscrit dans cette lignée, fait maintenant de la défense de la police et de la sécurité un atout électoral majeur !
Le pouvoir s’est servi de la police comme corps d’armée impitoyable anti-manifestants, et particulièrement contre les gilets jaunes. Il a pour cela engagé non seulement les forces traditionnelles du « maintien de l’ordre », CRS et gendarmes, mais aussi des brigades dont la vocation était seulement d’intervenir dans les « quartiers ». On a vu le triste résultat. Ce désarroi du pouvoir apprenti sorcier a donné à la police le sentiment qu’elle était pour ce pouvoir le seul vrai recours, et que, partant, elle pouvait s’instituer en force autonome pour lui dicter sa ligne. La palinodie du ministre-manifestant illustre à l’évidence cette inquiétant situation.

2 Messages

  • Police ? Le 23 mai à 10:29, par Pascale Cherrier

    Bonjour, cher René, je suis d’accord avec ton article.
    Je ne souhaite pas relancer le débat sur facebook, où il y a eu un déchainement d’invectives, principalement anti PCF, mais je voudrais porter à ta connaissance (et à celles de tes lecteurs) cette intervention de Laurent Brun, CGT cheminots, que je trouve particulièrement posée et argumentée sur le sujet :
    "Laurent Brun, CGT Cheminots 23 mai 2021.
    Pas étonnant que la gauche soit au ras des pâquerettes. Camarades ressaisissons nous collectivement !
    Depuis quelques jours, toute l’énergie des militants facebookiens passent dans la surenchère anti-Roussel « soutien aux putschistes », « bras dessus bras dessous avec l’extrême droite »... sans compter toutes les tentatives de montrer que « non il n’y a pas de problème de sécurité », ou même que plein d’autres professions ont plus de morts que la Police.
    La « mort et le néant » c’est de passer son temps à tenter de neutraliser, voire de détruire ses concurrents à gauche, plutôt que d,employer son énergie à démonter les arguments et l’idéologie de ses adversaires à droite (c’est vrai aussi pour quelques camarades du PCF...).
    Donc oui il y a un problème lié à la sécurité, qui en plus est un problème de classe car il touche plus l’ouvrier ou le chômeur que le propriétaire de Ferrari.
    Ce problème tiens à la situation sociale du pays et à la nature de l’Etat, donc en grande partie au système capitaliste. Il nécessite une politique économique et sociale radicalement différente. Il tient aussi à l’avidité de certains individus. Il nécessite donc des moyens de traquer les flux financiers (et ça tombe bien, ce sont les mêmes que les fraudeurs fiscaux), et des moyens de sécuriser l’espace public pour imposer le respect mutuel.
    Il y a aussi un problème spécifique à la police (spécifique ne voulant pas dire unique !). C’est une profession, comme quelques autres, dont les risques professionnels peuvent aller jusqu’à la mort. Comme on propose des choses pour imposer les mesures techniques dans le cas d’un ouvrier, on doit proposer des choses pour sécuriser la vie des policiers. C’est plus délicat, parce que ça impact aussi la nature de la police (si on s’oriente sur l’équipement comme l’extrême droite par exemple, on fabrique des robocop qui n’auront pas la même fonction et le meme rapport à la population que des ilotiers). Mais ça n’empêche pas qu’on ne peut pas nier le risque, qui est parfois commun à d’autres agents publics. Par ailleurs, il faut aussi rappeler que la plupart des morts dans la police ne sont pas le fait d’assassinats mais de suicides. La aussi, d’autres professions publiques dont les gouvernants ont transformé la nature et les moyens depuis plusieurs années sont dans la même situation. Il faut traiter aussi cette question.
    Si quelqu’un conteste ce pré supposé, je suis preneur d’arguments (et pas d’invectives !)...
    Ensuite il y a les réponses à la question.
    Fabien Roussel propose évidemment des mesures économiques et sociales. Mais il propose aussi la creation de 30000 postes de policiers et la refonte du corps pour développer une vraie police de proximité. Pour que le travail puisse se faire correctement avec la justice il propose aussi de créer des moyens pour cette dernière. Et pour affirmer l’autorité d’un État social et bienveillant mais ferme, il propose de renforcer la circonstance agravante concernant l’agression des détenteurs de l’autorité publique (policiers mais aussi pompier, prof...).
    Ça n’a évidemment rien de commun avec les propositions de l’extrême droite qui veut militariser la police avec des règles d’impunité et un alourdissement délirant de son armement et de son équipement. Affirmer ou laisser entendre le contraire est malhonnête.
    Que l’on partage ou pas la participation de Fabien Roussel a une manif, c’est un autre sujet. Il fait débat même dans le parti, mais c’ est tout de même une question de forme, et qui de toutes façons ne peut pas amener à penser que Roussel défend les propositions de l’extrême droite. Au pire il s’agit de maladresse, au mieux de courage politique pour affronter les propositions fachistes. A chacun de voir selon son appréciation, mais de grâce, évitons les inepties.
    S’il y a d’autres propositions, elles sont les bienvenues. Elles créeront un débat à gauche, même s’il est vif, sur la question de la sécurité, elles permettront à la population de s’emparer de ce débat autrement qu’en commentant les outrances de Lepen ou Zemmour. C’est en relançant le débat à gauche, dans tous les domaines, que l’ont permettra que la population s’approprie les propositions les plus convaincantes et qu’elle se mobilise à nouveau dans les luttes et dans les urnes."

    Et que l’on passe effectivement à autre chose. On a mieux à faire !

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  • Police ? Le 23 mai à 11:02, par Pascale Cherrier

    Un ajout à propos de Regards : il me semble que Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de la revue et ex-conseille de Myriam El Khomri, auteur de l’article dont tu parles, n’a guère de leçons à donner.

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