La Seyne sur Mer

Accueil > Personnel : écriture, souvenirs > Souvenirs personnels, réactions très personnelles... > Pour prendre la mesure du temps qui passe, "Ma môme"...

Pour prendre la mesure du temps qui passe, "Ma môme"...

mercredi 26 mai 2021, par René Merle

Paroles : Pierre Frachet, musique : Jean Ferrat - 1960 - La vidéo reprend des extraits du beau film désespéré et prémonitoire de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie, (1962) avec Anna Karina. Ferrat y est l’homme au juke-box.

Voici une chanson que j’ai découverte dans ma jeunesse, en 1960, comme un parfum d’innocence prolétarienne déjà en perdition dans le Paris populaire où j’avais vécu quelques années. C’était quelques années avant le grand basculement vers la "post-modernité". Cette chanson me touche toujours particulièrement.
Les paroles sont donc de l’ami de Ferrat, Frachet, d’origine lorraine (cf. l’allusion à la marraine...).
Jean Tenenbaum, alias Jean Laroche, en fit la musique. (Le père de Jean, Mnacha Tenenbaum, fut arrêté comme juif par les autorités françaises pétainistes et assassiné à Auschwitz par les nazis).
Avec Ma Môme, magnifique chanson charnière, Jean Laroche allait se dégager des modestes prestations où il tentait sa chance, pour prendre le nom de Ferrat et prendre place résolument dans la chanson poétiquement engagée.

Ma môme, ell’ joue pas les starlettes
Ell’ met pas des lunettes
De soleil
Ell’ pos’ pas pour les magazines
Ell’ travaille en usine
A Créteil

Dans une banlieue surpeuplée
On habite un meublé
Elle et moi
La fenêtre n’a qu’un carreau
Qui donne sur l’entrepôt
Et les toits

On va pas à Saint-Paul-de-Vence
On pass’ tout’s nos vacances
A Saint-Ouen
Comme famille on n’a qu’une marraine
Quelque part en Lorraine
Et c’est loin

Mais ma môme elle a vingt-cinq berges
Et j’crois bien qu’la Saint’Vierge
Des églises
N’a pas plus d’amour dans les yeux
Et ne sourit pas mieux
Quoi qu’on dise

L’été quand la vill’ s’ensommeille
Chez nous y a du soleil
Qui s’attarde
Je pose ma tête sur ses reins
Je prends douc’ment sa main
Et j’la garde

On s’dit toutes les choses qui nous viennent
C’est beau comm’ du Verlaine
On dirait
On regarde tomber le jour
Et puis on fait l’amour
En secret

Ma môme, ell’ joue pas les starlettes
Ell’ met pas des lunettes
De soleil
Ell’ pos’ pas pour les magazines
Ell’ travaille en usine
A Créteil

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP