La Seyne sur Mer

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Antifascisme de pacotille et "Nique la police" irresponsable. 14 juillet 1995. Et aujourd’hui ?

jeudi 27 mai 2021, par René Merle

Cet article a été publié le 25 mai sur le site https://la-sociale.online. Je le reprends ici.

De ma fenêtre, je vois, de l’autre côté de la rade, La Seyne où j’ai vécu et travaillé si longtemps. Je vois le grand phallus métallique, pont-levis des anciens chantiers navals, planté à l’extrémité de ce qui fut une entreprise de 7000 salariés. Aujourd’hui pelouse. « Il n’y a plus que de l’herbe » s’exclama un ancien qui n’avait par revu le site depuis sa fermeture et sa destruction… Table rase. le capitalisme a créé les Chantiers, quand la rive n’était que roseaux, sous Badinguet. Le capitalisme les a détruits. La vie continue, et le capitalisme aussi.
Mais ce 14 juillet 1995, il n’y avait pas que l’herbe… Il y avait peut-être trente mille personnes rassemblées devant l’estrade géante de SOS racisme, appuyé par la logistique municipale de La Seyne. Le Front national venait de remporter l’élection municipale de Toulon, la ville d’en face, et ces trente mille personnes étaient rassemblées pour signifier leur attachement à la République et à ses valeurs… Je connais assez la région pour avoir pu reconnaître dans cette foule des gens de tous âges et d’opinions bien diverses, tous responsables ce soir là d’une République que d’aucuns voulaient démocratique, d’autres démocratique et sociale, mais que tous voulaient République, Res publica, le bien commun…
Et j’en ai vu partir beaucoup, sur la pointe des pieds, au fur et à mesure que se déroulait cette soirée qui se voulait mémorable, et que la presse des bons sentiments salua comme mémorable… Ils n’attendaient certes pas une grande messe discoureuse, mais quelque chose comme une fusion mobilisatrice, un élan, qui aurait scellé leur communion et leur volonté de ne pas accepter. Quelques mots simples aussi qui auraient rendu sa dignité à une région meurtrie et pointée du doigt par la France "de gauche". Mais personne n’y pensa. pas plus que personne ne pensa à évoquer ceux qui travaillaient quelques années auparavant sur ce site, à leurs apports, à leurs luttes… L’heure n’était qu’à la musique et aux chansons. Les citoyens sont trop couillons pour qu’on ne les appâte pas avec du "son" et des "people", d’autant que ces "people" étaient venus bénévolement témoigner et s’engager... Que demander de plus ?
Après un bonjour lancé en français, en hébreu et en arabe au nom de SOS racisme par Fodé Sylla, SOS racisme nous a servi en « concert des libertés » un panel interminable d’artistes « antifascistes », Patrick Bruel, Michel Boujenah, Toure Kunda, Manu Di bango, et j’en passe... Avec en prime N.T.M qui, en déphasage total avec ces milliers de citoyens, demanda à la foule de l’accompagner dans ses lourdes insultes à la police [1] (insultes qui lui valurent les suites judiciaires que l’on sait)… Beaucoup d’entre nous s’en allèrent à cet instant, accablés. j’ai failli faire comme eux et j’aurais bien fait. Car enfin, surgi comme un diable de sa boîte, l’incontournable, vous l’avez deviné, B.H.L en personne s’empara de la scène, en brassette avec le maire (communiste) de la Seyne, (frais remplaçant d’un édile de droite), et un troisième larron, je ne me souviens pas : était-ce Gérard Paquet, le directeur de Chateauvallon menacé par la nouvelle mairie FN de Toulon, ou Fode Sylla... ? Ou peut-être était-ce Djack ? (En tout cas, ça n’a pas porté chance au maire communiste, qui fut battu à l’élection suivante…)
"L’antifascisme" people venait de faire la preuve de sa virtuosité à surfer sur l’événement et à transformer les citoyens en groupies... J’ai perdu sur lui ce soir là le peu d’illusions qui me restaient.
Mais pourquoi évoquer cela si longtemps après, sinon parce que nous en sommes toujours au même point, parce que les idées du F.N sont toujours aussi présentes et aussi prégnantes. Et que les « antifascistes » parisiens venus par trains entiers apprendre aux beaufs que nous étions ce qu’il fallait penser du FN se sont pour beaucoup convertis à un macronisme qui fait du FN (pardon, du RN) son fond de commerce pour assurer la réélection… Ce qui ne les empêche pas de trouver dans un danger fasciste problématique leur raison d’exister et de se justifier. Voir BHL, et les duettistes Cohn-Bendit et Goupil. Il existe dorénavant un immense parti de droite extrême qui croît sans militants, du simple jeu sur l’insécurité et qui se nourrit de l’opposition à l’anti-police rudimentaire et irresponsable tel que nous l’avons vu avec NTM et tel que nous l’avons vu ressurgir ces derniers jours.
Le "vrai" fascisme, celui de la dictature et de la répression meurtrière, n’est pour le moment qu’en réserve pour les tenants du capital, au cas où... Mais la fragmentation et l’impuissance de la gauche, ou ce qu’il en reste, ne peut que rassurer les tenants de l’ordre établi.

Notes

[1« Nique ta mère, je nique la police, j’encule et je pisse sur la justice. Où sont ces enculés de bleus et la justice qui nous emmerdent toute l’année ? Les fascistes ne sont pas qu’à Toulon, ils sont en général par trois, ils sont habillés en bleu, ils ne sont pas loin derrière vous, à l’entrée. Vous voyez de qui je veux parler. »

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