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Folk français post 68, Catherine Perrier

dimanche 20 juin 2021, par René Merle

Voici quelques lignes qui apparaitraient totalement ringardes au public de notre Eurovision, si tant est qu’elles leur tombent sous les yeux, ce qui est bien improbable…
Je l’ai souvent écrit : le privilège de l’âge étant de radoter, et de radoter sur un passé révolu, me voilà revenu en l’an 69, au lendemain de l’immense et complexe secousse de 1968, et des rudes leçons de politique qu’elle nous donna.
Se mêlaient alors la fierté d’avoir participé à un événement historique dû à la force d’un vrai mouvement populaire (et pas seulement étudiant !) et l’immense déception d’être frustré de l’aboutissement espéré, devant la force de la réaction populaire de droite et de l’habileté du pouvoir d’État.
Et dans ce qu’il faut bien appeler un désarroi politique (je ne parle que pour moi, et non pour les travailleurs bénéficiant des acquis de la lutte) s’ouvraient comme en compensation des pistes culturelles et idéologiques nouvelles (ainsi l’occitanisme, et je ne parle encore que pour moi, car ce mot m’était totalement inconnu avant 68).
Mais, pour en venir à l’explication du titre de cet article, je peux dire aussi comment ces lendemains de 68 ont enrichi mon kaléidoscope musical, déjà bien fourni auparavant en marge des normes dominantes et trop souvent commerciales anglo-saxonnes qui de plus en plus allaient constituer le folklore des jeunes générations, pour le meilleur et pour le pire. Mon kaléidoscope était international, de la musique andine aux ballades celtiques, de la musique cajun aux chants populaires italiens, du flamenco au rebetiko, du blues aux protest songs de la grande tradition étatsunienne, et j’en passe, comme l’immense place des musiques latinoaméricains, du Mexique à l’Argentine. Vous pouvez trouver des échos de tout cela sur ce site.
Mais on m’aurait bien étonné avant 68 en me disant que je retrouverais sur mes étagères des disques provenant d’un folklore français. Je m’étais toujours tenu à l’écart du seul que je connaissais, plus ou moins fabriqué, depuis les chants scouts de mes colonies de vacances, les souvenirs de l’école pétainiste, les Compagnons de la chanson et même Yves Montand. Mais en l’occurrence, ce qui pointait au lendemain de 68 n’était en rien une continuation ou un revival folklorique. Sans pour autant participer directement et politiquement d’une quelconque contestation, il s’agissait plutôt d’une réminiscence créatrice en phase avec le désarroi que j’évoquais plus haut. La contestation en fait était de se dégager du flot musical plus ou moins commercial que les radios et déjà la télé nous imposaient. Le sentiment de se réapproprier quelque chose de juste et de vrai qui faisait partie de nous sans que nous le sachions. Un « Nous » qui bien entendu ne représentait pas une unanimité générationnelle, loin de là : la vague anglosaxonne était en fait celle de cette génération. Et, partant, ce sentiment d’être à part donnait sans doute encore plus de saveur à cette rencontre inattendu

C’est Catherine Perrier qui en 1969 a ouvert la porte [1].
Je ne vais pas m’étendre ici sur la décennie du folk français [2] qu’elle inaugurait, ses moments de grande justesse, puis ses dérives commerciales et son enlisement dans l’oubli.
Dans la foule d’articles que vous pouvez trouver sur ce sujet, je retiens particulièrement la belle présentation donnée par Libération en 2018 :
https://www.liberation.fr/musique/2018/04/13/les-annees-fastes-du-folk_1643225/

Notes

[1Voici la présentation qu’en fit France Culture dans une émission de 2009 : « Catherine Perrier et ses complaintes. Catherine Perrier est une légende dans le monde de la chanson traditionnelle francophone. C’est elle qui a crée le premier folk club français "le Bourdon" en 1969. A cette époque les banques de données comme Dastum où le CMTA n’existaient pas, elle s’est créée elle-même son répertoire, dans les livres mais surtout sur le terrain en rencontrant les anciens. C’est ainsi qu’une école de chant à partir du chant traditionnel est née en France. Catherine Perrier est autant appréciée du monde universitaire qui lui a donné plusieurs missions que du monde des amateurs de ce domaine. Quand elle chante ces chansons qu’elle est allée chercher à la source, on la voit campée sur ses pieds, reliée à la terre, tout en force brute. Elle chante ce répertoire sans finasser, droite, la voix sort comme un boulet de canon. Pour ce spécial Chanson Boum nous lui avons demandé de nous présenter un florilège de complaintes, ces chansons qui souvent relaient des faits divers. John Wright l’accompagne au violon »

[2J’entends ici le « folk » de langue française et je ne parle que de lui. J’ai souvent évoqué sur mon blog https://renemerle.com/remembranca/ les traditionnels occitans qui accompagnèrent la naissance de la chanson protestataire occitane, et je n’en traite pas ici

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