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De la couleur des romans policiers
vendredi 27 octobre 2023, par
Allez, un peu de narcissisme ? N’est-ce-pas la règle cachée ou affichée de tout site ou blog qui se respecte ?
J’ai eu une période « romans » à la fin des années 1990 et dans les premières années 2000 [1]. Le premier de ces romans portait la couverture noire de la bien connue « Série noire ».
Mais quand un de mes romans, Le couteau sur la langue. texte du roman a été primé en Italie, c’était sous l’étiquette de « giallo [2] », c’est-à-dire, - je l’ai évoqué dans le récent billet Turin, 1972-1973 - le roman jaune, comme l’on dit dans la péninsule depuis qu’en 1929 la maison éditrice Arnoldo Mondadori lança une collection de romans policiers à la couverture jaune. Une couleur qui ne devait sans doute pas rien à la célèbre collection française le Masque, créée en 1927 : à partir de la sixième publication, les couvertures adoptèrent définitivement le jaune qui tirera ensuite sur l’orange. Un jaune qui ne s’inscrit donc pas vraiment dans la symbolique des couleurs, à laquelle le noir de la Série noire nrf sacrifie, en contrepoint de la fameuse Blanche.
À vrai dire, je n’ai jamais considéré mes intrigues comme étant tout à fait dans la tradition « noire » stricto sensu, et a fortiori « jaune ». Un peu trop sans doute de second degré et de recul par rapport aux poncifs du roman dit policier. Car en fait, et de plus, le mot "policier" n’était qu’un prétexte.
Mais quand je considère la variété iconographique des couvertures de mes romans successifs (c’est l’éditeur qui choisit), il m’est arrivé de penser que j’aurais plutôt aimé uniformément et symboliquement la couleur bleue, un bleu qui n’a rien à voir avec la fade expression de la pureté, mais qui aurait fait référence à Monory… Je m’en suis expliqué dans un billet de 2020 dont je reprends ici quelques lignes :
" J’ai souvent écrit sur ce site que, de ma fenêtre, je vois de l’autre côté de la rade la ville où je suis né et où j’ai longtemps résidé et travaillé. Je pourrais ajouter la ville où j’ai découvert le courant pictural de la Figuration narrative, à l’occasion des si nombreuses et si belles expositions de la Villa Tamaris Pacha de La Seyne, lieu de culture créé par une municipalité alors de gauche à direction communiste (et aujourd’hui, o tempora, o mores dirigée par cette droite de chez droite pour laquelle les belles âmes m’inviter à voter aux régionales de 2019, contre le grand Satan FN Mariani, qui sortait tout juste des rangs... de la droite. Une droite régionale depuis devenue macronienne.
Mais ne nous égarons pas.
C’est en effet à la Villa Tamaris Pacha que j’ai pu découvrir le célèbre Bleu de Jacques Monory [3], et en tomber amoureux. Monochromie nourrie fondamentalement de roman et de cinéma « noirs » mais monochromie bleue, qui dénonce non sans humour la dangerosité de notre société aliénante et la conjure, au nom de l’éveil et de la Liberté de chacun."
[1] Vous en trouverez des échos dans Écriture personnelle. romans, nouvelles, poésie, théâtre.
[2] Guardia piemontese in Giallo, concorso europeo nel segno del romanzo giallo, 26-8-2004. Premier prix absolu pour le roman Le couteau sur la langue. Présentation du Jury : " Un étonnant polar de géographie linguistique, qui parcourt le vaste territoire de l’Occitanie, de la Gascogne à Guardia Piemontese. Un roman sobre et rapide, au titre percutant. Dans Le couteau sur la langue la parole est efficace et chargée d’ironie, l’intrigue est d’une grande actualité : on y trouve le débat sur les frontières entre langue d’oc et langue d’oïl, ainsi que sur les minorités, l’intolérance et l’excès. L’histoire a un démarrage fulgurant, avec la découverte du premier cadavre mutilé de sa langue, le premier d’une série de corps qui vont baliser ces limites, dans un symbolisme d’une macabre évidence visant à "matérialiser avec les corps une soi-disant frontière linguistique". La structure du récit est fondée sur une forte présence du dialogue, rapide et dense. la crédibilité des personnages et le portrait fort réussi de quelques pays et régions où la question ethnique est bien présente, entre services secrets et militants occitanistes, séparatismes et manipulations de l’histoire, ajoutent à l’efficacité de l’intrigue. La manière visuelle du récit aboutit à une fresque haute en couleurs des pays et des paysages : "On dominait Menton, tout en bas, dans sa beauté nocturne : la merveille baroque des toits serrés et du campanile, reflétée dans l’eau noire"....
[3] Jacques Monory est décédé en 2018 à l’âge de 94 ans