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Marcuse éclaire toujours et plus que jamais

mardi 20 juillet 2021, par René Merle

Luc Nemeth commentait ainsi mon récent billet consacré à La société du spectacle de Guy Debord [1] : « Sans qu’il ne faille s’en étonner les meilleurs ouvrages consacrés à un "événement" sont souvent ceux qui lui sont antérieurs car ils l’annoncent, en possèdent le contenu, en expriment les possibles, tandis que ceux publiés ensuite ne font souvent que du besogneux commentaire ».
Ainsi en va-t-il aussi de Marcuse, dont Denis Collin vient de nous rappeler la pertinence actuelle sur sa page Facebook : « …Voilà plus de 60 ans, dans L’homme unidimensionnel, Marcuse mettait en lumière une nouvelle forme de totalitarisme techno-industriels, reposant non pas sur la sur-répression instinctuelle mais sur la "désublimation répressive". [ …] Pas besoins de chiens ni de SS. Le contrôle par le QR code, pas besoin de racisme ni de machisme, ni quoi que ce soit qui rappelle le monde d’hier : la technologie au service du désir et le désir au service de l’accumulation du capital, c’est bien plus efficace. La grande machinerie techno-industrielle tourne à plein régime. La pandémie est seulement un banc d’essai pour vérifier la capacité du système à obtenir l’obéissance. Premiers résultats concluants ».

Couverture de la première édition
Marcuse avait publié en 1964 aux États-Unis son One-Dimensional Man : Studies in the Ideology of Advanced Industrial Society, qui fut traduit en France à l’extrême veille de mai 1968 : L’homme unidimensionnel. Études sur l’idéologie de la société industrielle (Éditions de Minuit). Parmi les nombreux échos de cette publication de 1968, on lira avec intérêt par exemple ces deux recensions données à chaud :
https://www.monde-diplomatique.fr/1968/06/FLORENNE/28446
https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1968_num_8_1_3123

Mais depuis, Marcuse fut un peu trop vite relégué par beaucoup, et surtout par ceux que ce qu’il disait gênait, dans les oubliettes de l’après-68.
Mais tous ne l’avaient pas oublié, qui en pointaient déjà l’actualité. On peut ainsi signaler, dans ces dernières années 2010, les belles études du philosophe Emmanuel Barot, et la stimulante publication d’un autre philosophe : Denis Collin Comprendre Marcuse (Max Milo, 2017).

Tout ceci pour vous dire qu’il est bien utile de lire Marcuse pour éclairer les temps qui courant, en ouvrage imprimé par les Éditions de Minuit ou en PDF sur le Net [2].

Ajoutons que les sursauts de résistance à l’entreprise de domestication et de robotisation, s’ils sont réels [3], ne se heurtent pas moins à l’incontournable écartèlement des choix politiques et des choix de vie.
Cf. : Pasolini – Sur l’écartèlement des choix politiques et des choix de vie.

Notes

[2Un clin d’œil pour ceux qui lisent l’anglais : https://www.marxists.org/ebooks/marcuse/one-dimensional-man.htm

[3Pour ceux qui réduisent le débat à la dichotomie « vertueux vaccinés et inconscients non vaccinés, je précise que je suis vacciné et en possession de ce que notre franglais nomme le pass vaccinal

1 Message

  • Marcuse éclaire toujours et plus que jamais Le 21 juillet à 11:59, par luc nemeth

    effectivement Marcuse fait partie de ces penseurs qui auront profondément influencé ce que l’on appelle communément, mai 68, et ce n’est pas inutile de le rappeler car on peut voir aujourd’hui présentés comme... "typiques de 68" (il me semble avoir lu cette remarque dans ’French Theory’, de François Cusset) des auteurs dont en réalité on parla peu pendant ces deux mois -Foucault, Lacan, Derrida. Et ce n’était pas un hasard. Ce qui alors parut se dessiner et qui était ni plus ni moins que de voir le monde changer de base était, de fait : la mort du structuralisme.

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