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Communistes en pays d’Islam ?
mercredi 5 février 2025, par
En complément à l’article À propos de la tragédie syrienne et des communistes
On parle beaucoup ces temps-ci d’islamo-gauchisme, mais on ne parle guère d’islamo-communisme, et pour cause.
Car les appareils d’États de pays à dominance islamique, qu’ils soient sunnites ou chiites, ont toujours été anticommunistes, et pas seulement en paroles. Leur anticommunisme a signé l’extermination physique des communistes.
Ce qui atteste que communistes il y avait.
On oublie trop aujourd’hui en effet que certains pays musulmans ont connu une forte implantation populaire de partis communistes, dont l’influence dépassait largement les cercles intellectuels, militaires, ou/et petits bourgeois occidentalisés qui avaient pu l’initier et les milieux chrétiens dans lesquels elle était initialement implantée.
Cette implantation montre qu’il n’y avait pas a priori un refus chromosomique du laïcisme communiste dans des populations ancestralement pénétrées par l’Islam sunnite ou chiite.
Dans tous les pays où il existait le Parti communiste a été persécuté, voire anéanti, par la plus sauvage répression, qu’il soit dans l’opposition ou dans le soutien mesuré au régime.
Ainsi, quand, dans les années soixante, renversant les régimes pro occidentaux, autoritaires et corrompus, nés du partage de l’empire ottoman en 1920, les nationalistes anti impérialistes et « socialistes » du Baas [1] d’Irak et de Syrie furent puissamment soutenus par les puissants partis communistes de ces deux états. Pour tout remerciement, les Baasistes (prosoviétiques en politique extérieure) se sont empressés de suivre l’exemple de Nasser en Égypte, en persécutant et liquidant physiquement les communistes, cependant que l’URSS détournait pudiquement les yeux.
Il en alla de même en Iran, où l’intervention impérialiste anglo saxonne, soutenant les trusts pétroliers internationaux menacés de nationalisation avait brisé l’expérience libératrice de Mossadeh, en 1953, et laissé libre cours à la dictature moderniste pro occidentale du Shah. Les communistes du puissant parti Toudeh, au prix d’une impitoyable répression, avaient mené la lutte contre le régime du Shah. Le nouveau régime des Mollahs, dans lequel de Belles Âmes occidentales voyaient un fer de lance contre l’impérialisme, les remerciera par l’extermination.
Il en alla aussi de même dans les états où la décolonisation avait porté au pouvoir des représentants de la « bourgeoisie nationale » portées par des forces armées nationalistes, où les communistes avaient participé activement à la lutte pour l’indépendance nationale. En Indonésie, où le Parti communiste était devenu un des premiers partis communistes du monde, l’aile droite, et en fait pro-occidentale, du Pouvoir saisira le prétexte d’une provocation pour, avec l’aval de « l’Occident », exterminer les communistes par centaines de milliers : les milices islamiques furent le bras armé de cette tuerie innommable [2].
Dans le tout jeune état du Soudan, né en 1946, les militaires nationalistes n’ont eu de cesse, depuis l’indépendance, de réprimer et d’annihiler le puissant Parti communiste soudanais. En 1971, suite au coup d’État manqué de quelques officiers pro-communistes, le pouvoir essaya de liquider le parti dont il fit exécuter les dirigeants.
Et on ne peut évoquer ici, durant et après la guerre d’Algérie, l’anticommunisme fondamental des dirigeants du Front de Libération nationale.
Un mot encore sur ce qu’il est advenu de l’Afghanistan lors de l’accession des communistes au pouvoir, éliminés avec la conjonction des éléments islamistes les plus rétrogrades suscitée par les USA [3].
Dans tous les cas, les différents clans au pouvoir dans ces pays, quelle que soit leur orientation, ont radicalement traité le problème en exterminant les communistes, en mettant en avant l’incompatibilité communisme et islam :
Prenons l’exemple du Maroc, où, sous le protectorat français, malgré la répression, le parti communiste avait agi en faveur d’une monarchie constitutionnelle et proclamé sa fidélité, sous le protectorat, à Mohammed V et au trône chérifien.
Une fois l’indépendance vraiment obtenue, la première chambre de la cour d’appel de Rabat justifiait ainsi (9 février 1960) la dissolution du parti communiste marocain et la fermeture de ses locaux :
« Les doctrines matérialistes, qui sont incompatibles avec notre foi, nos valeurs morales et notre structure sociale, ne peuvent avoir de place chez nous, car l’Islam, grâce à son esprit de justice et de tolérance, nous suffit. »
En fait, et dans tous les cas, sous le prétexte religieux, il s’agissait de liquider ceux qui, au-delà de l’indépendance œuvraient pour la démocratie et la justice sociale.
Par exemple, le Parti communiste soudanais, dont j’évoquais plus haut la terrible répression qu’il avait subie en 1971, joua un rôle déterminant dans l’immense mouvement de protestation sociale de 2018 contre le plan d’austérité, et dans la révolution de 2019."
[1] Le Parti Baas, ou Parti socialiste de la résurrection arabe, créé en 1944, - socialiste donc, mais un socialisme non marxiste, et fondamentalement laïque -, se donnait pour but d’unifier tous les états arabes
[2] Cf. : La mémoire du massacre des communistes indonésiens ? Retour sur un film et sur un article.... Un souvenir qui m’avait glacé : article 1696.
Messages
1. Communistes en pays d’Islam ?, 5 février 2025, 18:29, par Pierrot
Rappel indispensable, essentiel, même si peu entendu.