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Marchands de canons, et autres joyeusetés…
samedi 21 janvier 2023, par
De bons esprits, (oubliant que la Yougoslavie a été à la fin du siècle dernier ravagée par la guerre [1], et qu’en 1999, sans que leur conscience en soit autrement troublée, l’OTAN bombarda Belgrade), se lamentent aujourd’hui en constatant que la guerre "chaude" n’est désormais plus impossible en Europe, au vu de ce qui se passe en Ukraine.
D’autres, fatalistes, se bornent à constater que la guerre est peut-être dans le logiciel de l’humanité [2]...
Sans parler des cyniques qui, au vu des guerres précédentes, se disent qu’une bonne guerre purge la population des éléments douteux, et promet un pactole de reconstruction...
Bugette, caricaturiste illustrateur de l’entre deux guerres
Quoi qu’il en soit, la caricature des années Trente, que j’avais donnée dans un article déjà ancien, est toujours et plus que jamais d’actualité : avec le boom de la course aux armements, les grandes firmes engorgent d’énormes profits et les travailleurs du secteur se félicitent du plein emploi [3].
Car avec la guerre en Ukraine et les gigantesques fournitures au camp du Bien (qui en demande impérativement toujours plus), la course aux armements est plus que jamais un des moteurs du capitalisme actuel. Une course où les États-Unis sont très largement en tête, mais où toutes les puissances capitalistes mettent du leur, avec un nouvel et puissant adhérent au club, l’Allemagne [4] dont le réarmement fut si longtemps empêché [5], au plus grand profit d’ailleurs de son développement économique d’antan ! En ce sens, la Russie capitaliste de Poutine a rendu un fier service aux économies des autres grands pays capitalistes...
Cette course, entre autres objectifs politiques, semble vouloir pousser la Chine à un surarmement de défense (?), piège mortel dans lequel l’URSS s’est ruinée, et lequel la Russie est peut-être en train de se ruiner.
Les tenants du camp du Bien, et leurs thuriféraires médiatiques, s’en félicitent. Il faut bien se préparer à la paix en se sursemant. Si bis pacem..., etc. Et encore plus si cela peut faire tomber Poutine, déclaré désormais mort vivant...
Cependant, le pauvre résident de cette Europe si souvent ensanglantée, (résident qui a certes d’autres soucis), bien qu’abonné aux chaines d’info continue [6] qui le transforment en spectateur apitoyé du nouveau film d’action, ne réalise pas bien encore qu’il vit sur une poudrière, dont les grenouilles plus grosses que le bœuf qui se sont instituées chefs et cheffes d’État, sont censées avoir la maîtrise. Au vu de ce qui s’est passé dans la montée incontrôlable vers la guerre de 1914, on ne peut que se faire du souci...
Cf. article 3123
Même si, nous disent les optimistes, l’armement atomique impose un équilibre de la terreur qui rend impossible la déflagration générale. Donc, dormons sur nos deux oreilles, tant que ceci est loin, et que nous pouvons soulager notre conscience en soutenant l’agressé, sans risquer un missile sur notre toit.
Mais c’est justement ce sentiment que la catastrophe finale est impossible qui nourrit l’actuelle course aux armements. Puisqu’on ne risque pas de se prendre une bonne bombe atomique qui nous réduirait en cendres, autant continuer la guerre, sans y envoyer officiellement des hommes, bien sûr, mais en affirmant notre co-belligérance par la fourniture d’armements de plus en plus sophistiqués, dont nous démunissons nos armées, ce qui implique nécessairement d’en produire de nouveaux. Et la machine tourne.
Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?
[1] Cf. : Il y a trente ans... Yougoslavie.
[2] Cf. : La guerre, toujours....
[3] Fabriquer des armes quand on défend la paix ? Vieux problème et vieux dilemme, dont le chansonnier Couté, à la veille de la grande tuerie de 14-18, posait la charge humaine :
Gaston Couté, « Le fondeur de canons ». Ceux qui font les canons et ceux qui les font faire
[4] Cf. : Réarmement allemand.
[5] Cf. : Réarmement allemand.
[6] À propos de ces chaînes, on peut consulter avec profit un article du Monde diplomatique de 2021 : https://www.monde-diplomatique.fr/2021/04/EUSTACHE/62981
