Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > XIXe siècle (jusqu’en 1914) > XIXe siècle (jusqu’en 1914) - Auteurs > Flaubert, la Méditerranée

Flaubert, la Méditerranée

mardi 29 décembre 2020, par René Merle

Il est toujours passionnant et souvent émouvant de confronter son décor quotidien au regard des lettrés voyageurs du XIXème siècle, et en particulier à ceux de la première moitié, avant le grand tournant du chemin de fer.
J’ai bien sûr mon lot de visiteurs qui connurent La Seyne et Toulon, mes deux villes, avant les grands bouleversements de la modernité contemporaine, modernité qui, remarquons-le, n’a en fait jamais censé de les modifier tout au long du XIXème, et je pense en particulier à l’installation précoce des chantiers navals à La Seyne et à la brutale expansion de Toulon hors de premiers remparts sous le Second Empire.
Mais je garde pour moi ces mises en abîme qui ne toucheraient guère au plus profond de leur vécu les lecteurs de ce site, pour la plupart me semble-t-il, habitants d’autres lieux.
Mais il est parfois des remarques de ces visiteurs qui dépassent le pittoresque de la description (et souvent l’exotisme intérieur que pouvait alors susciter une Provence encore étrangère à bien des égards), et qui font vibrer des cordes plus profondes.
Par exemple ce propos charnel (et cultivé) de Flaubert sur mare nostrum.
De mon balcon, je vois la rade de Toulon. Elle a bien changé depuis que Flaubert la redécouvrait en 1845. Le premier plan de vertes collines solitaires qui l’entouraient au sud est grandement bâti et souvent en dépit du bon sens. Les navires ne sont plus les mêmes et le bagne a disparu. Mais la mer demeure.
Mais je suis toujours ému par ce qu’il en écrivit alors [1] :
« Promenade dans la rade. — La mer était bien bleue, le vent gonflait la voile, et l’eau murmurait aux flancs du canot, l’eau de la même mer avec le même bruit qui murmurait à la proue de la galère de Cléopâtre ou de Néron. L’immobilité de la Méditerranée semble la rendre éternelle et toujours jeune. Si Homère revenait, il reverrait le soleil aussi chaud sur ses golfes aussi doux. L’Océan est plus dans notre nature  ; il a la différence du romantique au classique : plus large, mais moins beau peut-être. »


[1] Flaubert, Notes de voyage. Voyage en famille, avril-mai 1845. Consultable sur Internet

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.