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Berth et la Révolution, 1923

mardi 20 octobre 2020, par René Merle

Fidèle compagnon et disciple de Sorel[Cf. : Sorel.]], Édouard Berth (1875], dont les écrits sont malheureusement un peu trop oubliés aujourd’hui, fut un grand théoricien du syndicalisme révolutionnaire.
Je n’entre pas ici dans sa complexe évolution idéologique, et je vous renvoie par exemple à l’article biographique du dictionnaireMaitron [1].
Je veux seulement pointer, avec cette citation de la fin de son « Avertissement » à Guerre des États ou guerre des Classes [2], un point de vue à soumettre évidemment au jugement de l’Histoire.
Une citation de Proudhon [3], figure sur la couverture :
« L’effusion de sang n’est rien ; c’est la cause qui le fait répandre qu’il faut considérer… Qu’est-ce que la vie, quand il s’agit du droit ? ».
Quel avenir Berth pouvait-il envisager en ces toutes premières années 1920 où, comme beaucoup de syndicalistes révolutionnaires, il se rapprocha un temps des communistes.
« La contre-Révolution, une fois encore, semble triompher dans notre Occident, et, après l’Italie et l’Espagne, devenues fascistes, il ne manque pas de Français impatients de suivre l’exemple… glorieux des « deux sœurs latines ». Une ombre solennelle et tragique, au fond de laquelle la Guerre et la Révolution aiguisent leurs armes et, sourdement, se défient l’une l’autre, pèse sur le monde : comme dans la Symphonie fantastique du grand Berlioz, une sorte de « Marche au supplice » a commencé, que toutes les puissances infernales semblent s’apprêter à clore en entonnant un Dies iræ sardonique et diabolique. J’ai intitulé ce livre : Guerre des États ou Guerre des Classe – autrement dit : Guerre ou Révolution ; et c’est en effet le dilemme dans lequel nous enfermons, implacablement, la situation présente du monde. Fascisme ou communisme ? Dans l’énorme crevasse entr’ouverte par la « grande guerre », la civilisation bourgeoise libérale proprement dite semble prête à disparaître ; on n’a plus que dérision pour toute idéologie pacifiste et humanitaire. Le vieux monde – aristocraties moribondes et nouvelles classes bourgeoises nanties – essaie, une dernière fois, de se draper dans le somptueux manteau du Passé et de se hausser au ton épique ; l’histrion Mussolini joue au César, évoque les aigles romaines et l’antique grandeur latine ; le romantisme conservateur tourne la tête à tous nos intellectuels bourgeois, qui s’imaginent sauver le monde de la « barbarie prolétarienne », en lui réapprenant le latin. En vain ! La bourgeoisie aura beau reculer au bord de l’abîme, renier ses dieux, abjurer sa foi, vouloir ressusciter les morts et appuyer lourdement sur le front prostré du prolétariat son Talon de fer. La Révolution russe est faite ; la Révolution allemande se fera ; la coalition germano-russe – coalition prolétarienne – se consommera ; les classes ouvrières de France et d’Italie, aujourd’hui comme étourdies, abruties, inertes, trahies qu’elles ont été par tous leurs chefs parlementaires ou syndicaux, se réveilleront à leur tour ; et la Révolution européenne mettra fin à l’ignoble ère ploutocratique ouverte le 2 décembre 1851.
Décembre 1923 ».


[2] Édouard Berth, Guerre des États ou Guerre des Classes, Paris, Marcel Rivière, 1924

[3] Proudhon, La Guerre et la Paix », t. I, p. 318.

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