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Le corps du Roi... dans le Métro ?

lundi 27 avril 2020, par René Merle

Je redonne ci-desous (en italiques) ce que j’écrivais il y a un peu plus d’un an après la visite de notre Président au salon de l’Agriculture.
Pourquoi ressortir cela aujourd’hui, sinon pour réaliser à quel point la crise actuelle, en privant notre Jupiter de ses descentes terrestres supposées le rendre populaire, le renvoient à la solitude d’une apparition télévisée solitaire, ou à une visite masquée dans des lieux où, il y a deux mois, il n’aurait pas envisagé de ses rendre, puisque le masque était soi-disant inutile et que la grippe allait passer. Et le renvoient à sa réalité de mince silhouette en blouse blanche un peu inutile, comme saugrenue au milieu des blouses blanches, ou bleues, ou vertes, de celles et ceux qui se dévouent pour nous.

Compte tenu de la situation ubuesque dans laquelle nous nous trouvons (des plages et des rues désertées, et des travailleurs obligés de s’entasser quotidiennement dans le métro, il serait alors bienvenu que le Président s’invite aussi dans une rame de RER bondée, direction banlieue nord... Ce serait autre chose que la visite du salon de l’Agriculture...
Je ne sais si lire cela peut intéresser mes lecteurs plus ou moins confinés, ou déconfinés par obligation professionnelle, car j’imagine que le premier de leurs soucis n’est pas de se préoccuper de l’image du Président.
Cependant je crois que peu d’entre nous aimeraient être à sa place, car comme il a choisi il y a trois ans d’assumer seul tous les pouvoirs, et qu’en définitive c’est lui qui décide seul, par exemple en fixant la date du 11 mai et en demandant à ses ministres de s’en débrouiller, il lui faut trancher seul dans cette navigation à vue (les "consultations" des spécialistes médicaux et des élus ressemblant plus à une cacophonie qu’à un chœur à l’unisson).
Personnellement, je suis très inquiet de ce qui va advenir après la date du 11 mai décidée par cet homme seul, car, si on ne peut maintenir le confinement ad vitam eternam, on ne peut que souhaiter que sa fin progressive s’accompagne de mesures efficaces. Les masques seront-ils prêts ? Les tests de contamination seront-ils prêts ? Alors que leur déconfination est décidée pour permettre de remettre leurs parents au travail, les écoliers seront ils vraiment protégés ? Etc. Etc.
Pendant ce temps, même si le nombre de décès semble diminuer, la catastrophe continue dans les EHPADS, la tension monte dans les quartiers dits populaires, au bord de l’explosion, et le soutien vespéral aux soignants peut se transformer en geste d’opposition au pouvoir. Et ce n’est pas en faisant enlever les banderoles par la police [1], comme on l’a pu voir ces jours-ci, que ce mécontentement s’apaisera.

"De la société du spectacle et de la servitude volontaire
Nos ancêtres distinguaient soigneusement le Roi-Souverain et le Corps du Roi, celui d’un simple mortel, fait comme vous et moi. Le Roi-Souverain incarnait le pouvoir censé s’exercer pour le bien de tous, le Corps du Roi n’était qu’humaine nature.

Hier le Corps du Roi s’est promené, des heures interminables durent, dans une forêt de smartphones dressés et de mains tendues, il a prodigué les serrements de mains, les « Vous allez bien ? » et les « Merci à vous ! », les sourires carnassiers et les clins d’œil complices. L’enfant-roi qui avait tant souffert que d’aucuns puissent ne pas l’aimer a retrouvé son bon peuple aimant, et extatique. Un bon peuple dont des commentateurs mal inspirés ont osé insinuer qu’il procédait d’une claque LaRem fournie et rameutée… Mais baste, le Corps du Roi, dans la chaleur et la sueur de la foule compacte, et à lui toute gagnée, a pu délaisser une journée entière les affaires de l’État pour nous rassurer : oui, il est proche des gens (et en l’occurrence des animaux dont il a flatté la croupe), oui il ressent et témoigne de l’empathie, oui il aime son peuple et son peuple l’aime.
Nous ne saurions trop lui suggérer de renouveler quotidiennement cette plongée en apnée, si réconfortante, en allant à la rencontre de tous les Français. 69 millions de mains à serrer (au seul risque de fatiguer trop les tendons de la main droite).

Ainsi témoignerait-il de ce à quoi est rendue cette démocratie que nos aïeux ont si chèrement gagnée : une société du spectacle où le Corps du Roi s’offre à des sujets aussi aliénés (je parle de l’aliénation au sens philosophique, je n’oserais pas en parler au plan médical), aussi hystériques que ceux qui se marchent dessus pour approcher la Vedette du Spectacle ou du Stade…
Pauvres sujets, participants de ce qu’un La Boétie aurait appelé, une fois encore, la servitude volontaire…
"

Voilà donc close cette mise en abîme du Président jeté dans la foule et du Président jeté dans le vide.
Je me dis que j’aurais mieux fait sans doute de vous envoyer un de ces montages amusants, une de ces plaisanteries visuelles, un de ces crochets ou de ces directs militants qui abondent sur Facebook et autre Instagram, et qui subvertissant l’actualité. Mais ce n’est pas mon fort.
Désolé.
Désolé aussi de vous avoir bassiné une fois de plus hier avec ce bon vieux Karl qui pour la plupart d’entre vous ne signifie pas grand chose.
Mais on ne se change pas, d’autant que le confinement ne semble pas avoir sur mon moral un effet positif...
On va se calmer et passer un peu à autre chose, type communication ralentie...

Notes

1 Message

  • Le corps du Roi... dans le Métro ? Le 27 avril à 06:46, par Olivier GIROLAMI

    Bonjour René.
    Voilà ce qu’il advient, quand on décide de mettre au pouvoir un enfant gâté… Manifestement il n’a, ni la maturité, ni la carrure pour la fonction (même si cette fonction a beaucoup perdu de sa superbe).
    Je crois que c’est Auguste Blanqui qui disait « Les grands événements portent les grands hommes, ils laissent choir les petits. »
    Amicalement.

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