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À la recherche du jardin des Finzi Contini

lundi 24 octobre 2022, par René Merle

Je viens de regarder sur Arte le superbe documentaire français À la recherche du jardin des Finzi-Contini, réalisé par Rä di Martino en 2022. Vous pourrez encore le voir en replay jusqu’au 01/10/2022 et le film de Vittorio de Sica, diffusé hier soir, est lui aussi en replay). N’hésitez pas, tellement est forte la charge émotionnelle tous azimuts de cette évocation, nourrie de la comparaison entre le roman de Bassani (1962), et le film de Vittorio De Sica (1970) : émois de la jeunesse, découverte de soi et des autres, aléas de la relation amoureuse dans le cadre magique de ce jardin d’Eden. Et en arrière plan, nous le savons tous déjà, la monstruosité fasciste et la déportation sans retour.

Voici la présentation qu’en donne Arte :

" À la recherche du jardin des Finzi-Contini
Au fil des pages du roman "Le jardin des Finzi-Contini", que Vittorio De Sica a adapté au cinéma (en 1970), un voyage empreint de nostalgie à Ferrare, entre réalité et fiction, sur les traces de son auteur, l’écrivain italien Giorgio Bassani.
C’est un jardin extraordinaire qui n’a jamais existé, un lieu fictif qui habite les mémoires. Quand, en 1962, Giorgio Bassani publie "Le jardin des Finzi-Contini", l’Italie s’est encore peu plongée dans les ténèbres de sa période fasciste et les lois raciales qu’elle a engendrées. Infusée de la jeunesse du romancier et poète, cette œuvre pionnière, inattendu best-seller, met en scène une histoire d’amour, en 1938, au sein de la bourgeoisie juive de Ferrare à la veille de son anéantissement. Sous les hêtres et les palmiers du palais de la famille Finzi-Contini, les protagonistes, "suspendus au bord du gouffre des persécutions et de la guerre", tentent d’oublier, dans un entêtant parfum de classe et un "culte de la préciosité", qu’ils sont déjà devenus des citoyens de seconde zone. Exclusion des écoles et des clubs, interdiction des mariages mixtes, arrestations… : alors que la chape de terreur les enserre, la fantasque héroïne Micòl les emmène à travers ce jardin, entre fastes passés et sidération, avant le désastre à venir.

Visite guidée
Au fil d’extraits du livre, de séquences jouées par de jeunes comédiens et d’éclairages de proches de Giorgio Bassani, d’historiens et de critiques, ce documentaire explore l’impact du roman sur le public, qui s’est approprié ce célèbre jardin imaginaire jusqu’à finir par croire à sa réalité. Dans un mouvement inverse, de la grande et tragique histoire à sa transposition romanesque, il interroge aussi le pouvoir de la fiction et celui de l’art littéraire. Retraçant la genèse et l’accueil du "Jardin des Finzi-Contini" en même temps que le parcours de son auteur – dont le héros de papier, Giorgio, incarne le double troublant, il donne enfin la parole à Dominique Sanda, inoubliable Micòl du film oscarisé de Vittoria De Sica, adaptation que Giorgio Bassani, s’estimant trahi, désavouera. La passionnante visite guidée d’un chef-d’œuvre.
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Quelques images "hors jardin" nous évoquent la réalité hallucinante de notre "sœur latine" en 1938, au moment de la promulgation des lois raciales et du "Manifeste de la race", car, chacun le sait, il existe une race italienne dont il faut préserver la pureté par tous les moyens... Le Duce haranguant une foule immense sur la grand place de Trieste, ville où la communauté israélite était si importante, et éructant, "la Race, la Race"... Les mâles italiens en chemise noire défilant en rangs serrés sous le sinistre drapeau noir... Claudio Magris nous a parlé de la suite, dans son terrible Non logo a procedere (2015), Classé sans suite, (Gallimard, 2017)...
Il faut lire aussi la consternante liste des intellectuels qui ont signé le manifeste de la race [1], où l’on retrouve bien des rebaptisés démocrates d’après 1945, comme par exemple Fanfani qui fut si longtemps un dirigeant implacable de la démocratie chrétienne au pouvoir.
Des souvenirs qu’il serait de bon ton d’oublier, nous dit-on, pour ne pas ajouter aux désespérances du présent. Voire... Souvenirs qui pourtant nous montrent comment un peuple "civilisé", un peuple si proche du nôtre, a pu se laisser pervertir par une camarilla dirigée par un bouffon issu du socialisme révolutionnaire d’avant 14, désormais au service des classes possédantes...
Ne nous croyons pas indemnes.

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