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Un regard sur mes 86 ans...
vendredi 5 août 2022, par
Si Dieu ( ? ) le veut, dans quelques jours, 86 ans… Un pensée émue et reconnaissante pour ma mère [1], dont l’accouchement fut difficile et périlleux, en ces temps où bien des femmes mouraient en devenant mamans.
De l’air du temps je ne savais évidemment rien, mais voici ce que des millions de Français pouvaient voir [2], ce 9 août 1936, jour de ma naissance, où j’ai ouvert les yeux chez ma grand-mère, dans sa chambre de la vieille rue alors ouvrière et artisane Victor Hugo à La Seyne, ex-rue du Sac (ainsi nommée tant qu’elle demeura une impasse) :
Pour considérer le bilan de ces 86 années, j’ai beau revenir en arrière et tenter de faire le point, repenser à ce qui est le lot de chacun (mais chacun à sa façon), les apprentissages, les découvertes, les enthousiasmes, les illusions, les déconvenues, les erreurs, les hazards, les atmosphères, les rencontres, les lieux, les langues, bref je me dis, plus que jamais, que si une bio, même totalement factuelle, peut toujours investiguer judicieusement son habitus, mais ne peut rendre compte de l’essence de quelqu’un. Je suis toujours amusé de voir mon existence réduite éventuellement à ma bibliographie [3].
Voici ce que j’écrivais de ce jour anniversaire, il y a trois ans déjà, à propos de ma fiche insérée, bien malgré moi, dans le dictionnaire Maitron (le document Maitron est à la fin de l’article)…
René Merle. À propos de ma biographie dans le "Maitron". Comment se voir et ne pas se voir dans une glace
Bref, inutile de chercher à faire sa bio au risque de l’introspection littéraire chère à Jean Jacques, et encore moins de la laisser faire par les autres. De toute façon, ce qui est fait est fait et on n’y changera rien.
Mais, sans évoquer ma vie privée, dont les lecteurs de ce site n’ont que faire [4], ni ma vie d’enseignant où j’ai essayé, sans toujours réussir, d’être le plus positif possible envers ces jeunes gens qui nous étaient confiés, je reviendrai peut-être un jour sur ces vieilles lunes qui ont soutenu cette vie, vieilles lunes accumulées ou successives, que je ne renie en rien et qui perdurent à leur façon et se chevauchent, mais dont je mesure aujourd’hui la difficulté que j’ai toujours eue de concilier un engagement entier et passionné, avec une permanente distanciation à la limite de l’ironie. Passion permanente de l’Histoire dans une sorte de contemporanéité du passé [5]. Communisme initial et formateur [6], occitanisme d’après 1968 [7], recherche "savante" sur le passé de "mon" provençal, celui que j’ai vraiment entendu parler et que je parle (Thèse [8]) et activisme d’enseignant de provençal, pour le plaisir [9], puis un bref mais stimulant épisode d’écriture romanesque (noire [10] et/ou historique), recherche sur les patois de Suisse romande, prise en compte historique et associative, en un temps où l’officialité ne s’en souciait guère, de l’insurrection républicaine de 1851 [11], et depuis le début des années 2000, (sans céder à l’engouement pour la psychopathologie des réseaux sociaux [12] et aux promesses de l’accompagnement algorithmique de l’existence), pratique communicative et forcément narcissique de plusieurs blogs et sites [13], avec parfois Du mou dans le site. Comment s’orienter ?, béquille, je l’ai toujours dit, contre la désespérance devant le désastre du handicap familial.
Toujours dans le coup, toujours un peu à côté de la plaque.
Heureux ceux qui savent être entiers et d’une pièce. Un psycho soma [14] parfait leur est assuré.
En tout cas, entre autres choses que cette vie m’a apprises, je mesure l’inanité du statut de ceux qui ne sont en vue que pour brasser des idées afin de se faire mousser (intellectuels de pacotille alors que nous avons tellement besoin de vrais intellectuels), et je déplore que, par rapport à ces people, soit oublié ou occulté le statut de ceux qui (à condition que "science" rime avec "conscience") nous sont si utiles, médecins, chercheurs, ingénieurs, etc., et, plus prosaïquement peut-être, mais sans eux la vie actuelle ne serait guère vivable, artisans, techniciens d’entretien, soignants, etc. Avec en arrière plan l’oubli de la masse si indispensable de ceux qui travaillent à la ville comme aux champs.
Bon, trêve d’enfoncement de portes ouvertes.
Bonne fin de Juillet chers lecteurs, et bon mois d’août...
[1] Cf. : Marie-Louise Dufourg, épouse Merle.
[2] Franco déclenchait la guerred’Espagne, et la "bonne presse" se hâte d’en faire endosser la responsabilité aux Rouges Républicains qui se levèrent contre l’insurrection militaire fasciste... On connaît la suite.
[3] Cf. : Bibliographie sommaire René Merle.
[4] Je dirai seulement que si à cet âge l’on regarde plutôt en arrière, en regardant vers l’avant j’espère tenir encore lucide pour aider au mieux le handicap familial. Et j’ajoute, pour ceux qui n’y croient guère et pour ceux qui n’y croient plus, que, quand ce malheur du handicap frappa, si tôt, l’expérience psychanalytique me fut d’un grand secours
[5] Je fais mienne la parole de Claudio Magris, dans Danube, « Nous vivons comme contemporains certains événements survenus il y a plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années, tandis que nous paraissent très éloignés, voire définitivement effacés des faits et des sentiments datant d’un mois ». Ainsi en va-t-il souvent de ce site, qui plonge autant, sinon plus, dans l’histoire que dans l’actualité.
[6] Communisme initial, dans les années où le Parti communiste disait encore être le parti de la classe ouvrière. Ambiguïté de la position de l’enseignant qui rejoint ses rangs sans être ouvrier. Puis, ambiguïté de se retrouver dans un milieu intello communiste où l’on aime le prolétariat en général, sans avoir dans sa vie de vrais amis dans le monde ouvrier. Puis les virages successifs et suffocants du PCF autour de l’Unité de la gauche et du réformisme. Bref, une mise sur la touche qui n’est en rien un rejet du marxisme (enfin disons plutôt "Mon" marxisme ?) et de l’idéal utopiste communiste, mais une inaptitude à s’insérer dans les abandons de l’appareil de parti. Ce qui n’a jamais entraîné la moindre faiblesse à l’égard de la social démocratie ambiante ou proclamée, si profondément insérée dans la respectabilité sociale. Pour ne pas parler du social libéralisme...
[7] Occitanisme encore à côté de la plaque, puisque refusant toute dérive autonomiste ou nationaliste
[8] Cf. : Remembrança
https://renemerle.com/remembranca/
[9] Le plaisir de retrouver des locuteurs "naturels" ou des locuteurs en apprentissage, sans la moindre illusion sur la possibilité d’une survie de la langue sans son support social populaire disparu. Toujours le goût des causes perdues ?
[10] C’est alors que j’ai compris que, selon les canons de l’époque, il fallait pour écrire un polar publiable, préparer ses fiches roman noir américain, même si on ne l’a guère pratiqué, préparer ses recettes de cuisine régionale, préciser ses fiches google map sur les itinéraires urbains, ressortir ses références jazz nostalgiques fortement datées et, pourquoi pas, quelques échos de lectures, voire de poésie italienne ou espagnole, présenter un enquêteur un peu alcoolique(n’oubliez pas de mentionner la qualité des alcools et des vins), enquêteur peu avare de banales considérations sur la vie que le lectorat éduqué et humaniste aime recevoir (et n’oubliez pas les sans papiers et la menace FN). Sans parler d’une bonne putasserie dans le contact éditorial et journalistique. Mais rassurez-vous, les temps ont changé, et il n’est plus question de tout cela !
Et si vous voulez savoir ce que j’écrivis dans cette période d’inspiration, comme chaque année, en ce mois de juillet, je rappelle avec immodestie qu’il existe sur ce site une rubrique consacrée à mon écriture personnelle, romans, poèmes, etc. Mais je constate aussi que, de toutes les rubriques de ce site, celle-ci est de loin la moins fréquentée. De quoi rabattre l’immodestie de l’auteur.
[11] Les insurgés, de glorieux innocents qui ont cru que l’on pouvait impunément aller à contre sens de l’Histoire. Voir sur ce blog et sur le site de l’association 1851.
[12] Une très brève apparition sur Facebook (pour raisons utilitaires) m’a amplement suffi. Likez-vous les uns les autres...
[13] Site thématique : Remembrança ; site tous terrains : Points de vue & documents.
[14] Mon correcteur d’orthographe, clairement lacanien, avait écrit : "coma" !
