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Libération de la Provence et société du spectacle
mardi 20 septembre 2022, par
Est-ce que ce sont les vrais ? Espérons-le...
En effet, tout au long de la seconde moitié d’Août,le chemin de la progression des troupes libératrices le long du littoral provençal a été marqué, localité après localité, par les hommages ceux qui ont payé de leur vie notre liberté.
Et comme chaque année je me suis interrogé sur les singulières animations qui ont pu accompagner ces cérémonies commémoratives.
Je n’en prends pour exemple que la toutes première :
"Cérémonies commémoratives du 78ème anniversaire du débarquement de Provence. A l ?aube du 14 août 1944 le village La Motte en Provence premier village libéré de Provence par les alliés.
Au Programme de cette journée commémorative :
– 11h00 au Hameau du Mitan
Cérémonie commémorative du débarquement de Provence, suivie d’un vin d’honneur et d’un buffet campagnard. Venez admirer les véhicules historiques et les figurants en habits d’époque."
Et de localité en localité les mêmes animations commémoratives se sont succédées : Défilé de véhicules d’époque en convoi (2 Chars Sherman (vu dans le film Fury) Jeep, Dodge, Peugeot 202, moto, GMC...), reconstitution d’un camp militaire US,
Hommage aux libérateurs, mais aussi plaisir ostentatoire du collectionneur et de l’amateur de déguisements (au bon sens du mot). Société du spectacle...
Ma foi, que ceux qui n’aiment pas ça n’en dégoûtent pas les autres. Chacun prend son plaisir comme il peut tant qu’il ne gène personne.
Une remarque. Ce n’est pas minimiser le sacrifice des soldats américains (le cimetière militaire américain de Draguignan en témoigne) que constater qu’ils sont pratiquement les seuls militaires dans la reconstitution. Qui de l’Armée d’Afrique si multicolore ?
Les choses se compliquent quand les mêmes porteurs d’uniformes d’époque et les mêmes conducteurs de jeep se retrouvent devant les monuments aux morts en compagnie des autorités républicaine et des associations d’anciens combattants.
Une chose est de vouloir reconstituer l’arrivée des libérateurs, à grand renfort de jeeps d’époque et d’uniformes stocks américains, autre chose est quand même de participer à une cérémonie officielle où la société du spectacle n’a guère sa place. Elle s’y invite pourtant, en prenant de plus en plus de place
Mais ainsi va la vie, dans notre époque où la commémoration d’un temps où tant de jeunes hommes laissèrent leur vie semble ne prendre son sens et son sel que dans l’animation spectaculaire, où, comme l’écrivait Debord [1], "tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation"... "Le spectacle n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le cœur de l’irréalisme de la société réelle".
Mais il m’est aussi arrivé, une seule fois, de défiler avec émotion en costume d’époque (pas la même), j’y reviendrai peut-être...
[1] Guy Debord, La société du spectacle.Buchet-Chastel, Paris, 1967.