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Jean-Paul Demoule, "Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’histoire"

samedi 6 février 2021, par René Merle

Il a plusieurs fois été question sur ce site des excellents travaux de l’archéologue Jean-Paul Demoule :
Demoule.
Un de ses ouvrages que j’avais acheté dès sa sortie, et que je n’ai pas cessé de lire et relire (tout récemment encore), devrait être sous les yeux de toute personne désireuse non seulement de savoir d’où nous venons, mais quel usage pouvons nous faire de la compréhension de cet héritage :
Jean-Paul Demoule, Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’histoire. Quand on inventa l’agriculture, la guerre et les chefs, Fayard, 2017, Pluriel, 2019.
Voici la présentation de l’éditeur :
 [1]. Ainsi sont désacralisées des notions posées à tort dans une immuabilité et une éternité métaphysiques. Mais cette relativisation n’est en rien un retrait sceptique. Elle pousse au contraire à l’avènement de solutions positives, sans en méconnaître les difficultés.

Notes

[1« Pendant 99 % de l’histoire de l’humanité, l’homme a été chasseur, pêcheur et cueilleur. Il y a douze mille ans seulement, les humains, au nombre de quelques centaines de milliers, nomadisaient par petits groupes. Aujourd’hui, sept et bientôt neuf milliards d’humains, presque tous sédentaires, peuplent la terre. Leurs sociétés sont très inégalitaires, puisque environ 1 % d’entre eux possèdent la moitié de la richesse mondiale.
Comment en est-on arrivé là ? Que s’est-il passé pendant ces dix millénaires trop souvent absents de notre culture générale et médiatique ? Une invention décisive, en plusieurs endroits du globe : celle de l’agriculture et de l’élevage. Grâce à elle, la population humaine va s’accroître rapidement, prendre le contrôle de la planète et éliminer un grand nombre d’espèces biologiques. L’expansion démographique continue débouche sur la création des premières villes, des premiers États et, finalement, de l’écriture et de l’histoire…
Cette « révolution néolithique » a vu se mettre en place des pratiques qui ont toujours cours aujourd’hui : le travail, la guerre ou encore la religion. Jean-Paul Demoule les explore avec la hauteur de vue de l’archéologue et la passion de transmettre. Il bouscule notre vision de la préhistoire et notre rapport au monde tel qu’il est, ou tel qu’il pourrait être. »
Au-delà de la mise au point fascinante de la masse sans cesse croissante de connaissances archéologiques, l’ouvrage pose une question fondamentale : l’évolution des sociétés humaines a-t-elle un sens inévitable ?
Penser que, depuis l’apparition de l’homme, l’enchaînement des circonstances qui nous ont conduit là où nous en somme était inévitable ne peut que nous amener à penser que cet inévitable se perpétuera.
Je me permets de citer quelques lignes particulièrement éclairantes de la conclusion de Jean-Pierre Demoule :
« Ainsi, ce que l’on zappe sans doute, en toute bonne foi, c’est l’idée que tout n’est pas allé forcément de soi. Que les deux grandes ruptures de l’histoire humaine - l’émergence de sociétés agricoles sédentaires, à la source de l’explosion démographique (la révolution industrielle, puis numérique, n’en sont que la conséquence technique à long terme), puis l’émergence de sociétés de plus en plus inégalitaires – n’étaient pas les seules solutions. Que toutes les sociétés n’ont pas fait les mêmes choix. Qu’elles ont régulièrement lutté, violemment ou pacifiquement, activement ou passivement, contre pouvoirs et inégalités. Une lutte contre l’inégalité qui est sous-jacente à la fière devise ternaire de la République française, laquelle n’aurait pas besoin d’être répétée partout, gravée dans la pierre de nos frontons municipaux, si elle était effective. »
L’ouvrage impose ainsi au lecteur une discipline intellectuelle à laquelle il n’est peut-être pas préparé : considérer les faits historiques à la fois dans un enchainement logique de causes à effets, mais les considérer sans téléologie. Il n’existe pas de but final prédéterminé. Et les événements déclencheurs d’une série de causalités majeures, par exemple l’apparition de l’agriculture, n’étaient pas plus inéluctables que ceux qui surviennent aujourd’hui.
Ainsi ce petit ouvrage de vulgarisation, mais grand dans ce qu’il nous apporte, nous permet de considérer dans leur relativité des notions aussi fondamentales que celles de races, de migrations, de hiérarchies sociales, de nations[[Il faudrait tout citer, et ce billet n’en est pas le lieu. Mais je pense par exemple aux quelques pages définitives sur la « balkanisation », qui nous font comprendre la responsabilité des grandes puissances dans la glaciation en nations bientôt rivales d’une immense zone où se côtoyaient et circulaient les hommes, et, partant, de mieux comprendre les drames actuels de cette partie de l’Europe, qui n’avaient rien d’inéluctable. Et peut-être de s’en dégager.

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