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Pauvre France... dans le jeu des puissances
mercredi 5 octobre 2022, par
Dans leur grande masse, les jeunes gens de tous les temps ont sans doute vécu dans l’ignorance du proche passé, ou tout au moins dans l’indifférence à son égard. Mais peut-être les générations actuelles sont-elles encore plus ignorantes. Et il est bien vain d’essayer d’éclairer leur lanterne par le rappel de situations historiques que leurs aînés, et surtout les plus vieux, ont connues.
J’imagine le sourire des jeunes filles ou des jeunes hommes d’aujourd’hui, qui, tout en s’horrifiant de la dégradation climatique, s’apitoient à juste titre devant le malheur de la population ukrainienne, si on évoquait à ce sujet le souvenir du Général.
Attention, je n’ai jamais été gaulliste en ce qui concerne la politique intérieure française, mais oui, j’ai suivi avec sympathie certains aspects de sa politique internationale [1].
Le général de Gaulle, en vrai fils de cette fin XIXe où les réalités et les rivalités nationales s’exaspéraient dans la rivalité des impérialismes, avait toujours considéré que, quels que soient leurs habillements étatiques, les nations, éléments de grande pérennité, étaient la clé incontournable de la politique internationale. Laquelle n’est pas régie par la morale, mais par les intérêts bien compris de chaque nation (nous le savons depuis Machiavel).
Il l’avait si bien compris que jamais il ne désignait l’URSS, patrie du communisme abhorré, autrement que sous le nom de Russie, Russie avec laquelle les nécessités de la géopolitique européenne exigeaient que nous fussions en bons termes, face à l’expansionnisme allemand.
À son arrivée au pouvoir, en 1958, il retrouvait coupée en deux cette Allemagne, dont il avait si obstinément contribué à la défaite, et il ne doutait pas que tôt ou tard cette nation ne pourrait que se réunifier. Mais en attendant, un de ses premiers gestes avait été de conjurer le péril d’une renaissance de la suprématie allemande, à laquelle concourraient aveuglement les USA qui en faisaient rempart devant le péril soviétique, et ce fut la rencontre avec Adenauer. Pour de Gaulle, le rapprochement entre les deux pays devait « tenter de renverser le cours de l’histoire, réconcilier les deux peuples, associer leurs efforts et capacités » en établissant « dans tous les domaines des rapports directs et préférentiels ». Mais il n’était pas question d’encourager un réarmement allemand, contre lequel s’étaient élevés avec succès les gaullistes en 1953.
Et c’était le temps où, tout en restant fidèle à l’atlantisme, le général de Gaulle prenait toutes ses distances, y compris militaires, avec l’OTAN, bras militaire des Etats-Unis qui le détestaient depuis la guerre parce qu’en 1943-1944 il avait joué un rôle majeur dans le refus que la France devienne un protectorat US.
Aujourd’hui, alors que le brouillard des solidarités idéologiques se dissipe, le jeu des puissances se révèle crûment à travers la crise économique que suscite la crise politique.
L’Allemagne réunifiée ne cache plus son désir de devenir puissance hégémonique (y compris militaire) en Europe, une Europe qui offre désormais à sa politique économique égoïste l’immense et juteux ex-glacis soviétique, qu’elle aimerait bien augmenter de la riche Ukraine. Et elle foule allègrement aux pieds les solidarités économiques nouées avec la France, tout en jouissant cyniquement du gaz français…
Quant aux Etats-Unis, il faudrait être aveugle, comme le sont en France des générations de politiques, d’économistes, d’intellectuels, de journalistes biberonnées généreusement par les young leaders [2], pour ne pas voir quel jeu égoïste joue la superpuissance à travers la crise ukrainienne et la crise énergétique qu’elle entraine. Les USA sont engagés à fond dans le conflit (armements, renseignements, spécialistes) sans être directement belligérants, disent-ils, mais à l’évidence, par Ukrainiens interposés, c’est le pouvoir de Poutine qu’ils veulent renverser, afin de réintégrer la Russie dans l’orbite du "bon" capitalisme et de l’axe du Bien. Ce qui renvoie évidemment à leur néant les efforts méritoires de notre Président qui malgré tout souhaite parler à l’ennemi...
Dans tout cela, la France semble se chercher. Humiliée par les USA, comme l’a montré la crise des sous-marins, et comme le montre leur actuelle prise en main de la production-distribution de gaz, défiée par l’Allemagne dont la représentante à la présidence de la commission européenne assure l’hégémonie, comment compte-t-elle défendre ses intérêts nationaux, si tant est qu’elle l’envisage vraiment ?
[1] Cf. le mot clé : De Gaulle et l’article Tous gaullistes....