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Haut Moyen-Âge, puissance royale et puissance sacerdotale

dimanche 27 décembre 2020, par René Merle

En 2003, je visitais l’Abbaye Royale de Fontevraud qui accueille les dépouilles de la dynastie Plantagenêt qui règnait alors sur l’Angleterre et l’Ouest de la France : l’occitaniste que j’étais [1] eut donc une pensée pour le gisant d’Aliénor d’Aquitaine, qui repose dans l’église abbatiale avec les gisants d’Henri II, de Richard Cœur de Lion et d’Isabelle d’Angoulême.

Dans l’abondante librairie du lieu, j’ai eu l’heureuse surprise de découvrir un ouvrage qui venait de sortir : Yves Sassier, Royauté et idéologie au Moyen Âge. Bas-Empire, monde franc, France (Ive – XIIe siècle) ; Armand Colin, 2002 [2].
Je visite souvent, sans l’avoir épuisé, cet ouvrage d’une grande érudition qui m’a permis de vraiment découvrir cette période que je connaissais si mal, et d’y apercevoir les racines médiévales de la pensée politique moderne.

En voici la 4ème de couverture :

« La longue période de l’histoire médiévale qui s’étend du IVe au XIIe siècle est dominée par une certaine vision du monde : celle d’une humanité pécheresse en marche vers Dieu, dont le séjour terrestre n’est qu’une étape douloureuse dans l’attente de son Salut.
Or, très tôt, les clercs ont développé l’idée que le pouvoir terrestre avait un rôle à jouer au regard de cette destinée spirituelle de l’humanité et qu’une étroite collaboration s’imposait entre puissance royale et puissance sacerdotale. Mais sur quelles bases établir cette collaboration et quelle place y assigner au prince ? Ce dernier serait-il perçu comme le médiateur entre Dieu et les hommes, nécessairement placé dans une position de « suréminence » et donc d’irresponsabilité devant ses sujets ? Ou bien le gouvernant ne serait-il qu’un homme parmi d’autres, soumis comme eux à la médiation des prêtres ? Comment, enfin, définir le bon roi et quelles devraient être les formes de son action ?
Ces questions ont fait l’objet, dès la fin de l’Antiquité, de grands débats que l’on suit ici, au sein du monde franc et en France, jusqu’au seuil du XIIIe siècle.
À travers les cas très concrets des souverains romano-barbares, puis des Carolingiens, au pouvoir hégémonique de plus en plus critiqué, cet ouvrage permet de comprendre comment s’est constituée, autour de la royauté, l’idéologie qui l’a portée, inspirée et contestée.

Yves Sassier, Docteur en droit, agrégé des facultés de droit (droit romain et histoire du droit), est professeur d’histoire des institutions médiévales à l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV). Il est notamment l’auteur de Hugues Capet (Fayard, 1987), Louis VII (Fayard 1991) et co-auteur avec O. Guillot et A. Rigaudière de Pouvoirs et institutions dans la France médiévale (Armand Colin, 2 vol. 1994). »

Et en voici l’entame :

« L’objet de ce livre est de suivre le cheminement de la réflexion sur le pouvoir au sein du monde occidental au long d’une période allant du Bas-Empire romain jusqu’à la fin du xiie siècle. En dépit des évolutions politiques qu’a connues l’Europe durant ces neuf siècles, l’unité de cette longue période réside dans l’influence prépondérante d’une croyance, le christianisme, et d’une structure à vocation universelle, l’Église, sur la conscience et l’action des gouvernants. Avec la fin du xiie siècle, marquée en France par le règne fondateur de Philippe Auguste, le discours sur le pouvoir évolue en liaison avec l’élargissement du champ de la pensée. Les remarquables progrès que réalise alors la royauté ne tarderont pas à susciter une prise de conscience des intellectuels qui entourent le souverain, soutenue par le renouveau des études juridiques et par une « révolution philosophique », celle qu’inaugure, dans le courant du xiiie siècle, la redécouverte par l’Occident des œuvres morales et politiques d’Aristote. Vers la fin du xiiie siècle, on commence à penser le pouvoir temporel comme possédant sa propre légitimité, la science du politique comme une discipline autonome. La royauté française restera certes longtemps encore une monarchie « très chrétienne », profondément marquée par ses origines, toujours consciente d’une unité de fondement de toute prélature – royale ou sacerdotale – résidant dans l’autorité souveraine du Christ rédempteur. Mais la voie est désormais ouverte vers une construction autonome de l’État, ouverte aussi vers l’apparition d’une littérature politique qui deviendra l’expression diversifiée d’un dialogue entre le roi et son peuple, et d’une véritable conscience communautaire… »


[1] Il faudra qu’un jour, outre ce que j’en dis sur mon site Remembrança, je précise sur ce site ce qu’a été "mon" occitanisme, qui n’était ni un régionalisme, ni un engagement politique autonomiste ou nationaliste

[2] L’ouvrge a été réédité en 2012, toujours chez Armand Colin

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