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Des slogans du Congrès de Tours, 1920.
mardi 20 octobre 2020, par
Je viens de relire le très utile ouvrage de Jacques Girault et Jean-Louis Robert, Le Congrès de Tours, seconde édition, Le Temps des Cerises, 2020.
Vous pouvez y trouver les principales interventions de ces dirigeants socialistes qui allaient se diviser définitivement au sujet de l’éventuelle adhésion à la IIIème Internationale, et qui allaient le 30 décembre se retrouver dans deux partis antagonistes, le vieux Parti socialiste et le jeune Parti communiste.
Vous pouvez voir en couverture les slogans qui dominaient la tribune :
Le premier disait : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ».
L’intimation ne manquait pas involontairement d’humour tragique, au lendemain de la tuerie dans laquelle les gouvernants avaient fait s’entretuer les dits prolétaires, et dans laquelle les socialistes français et allemands avaient dans leur immense majorité soutenu leur patrie en guerre… Cette participation socialiste au gouvernement de guerre, on le sait, avait fortement contribué des militants écœurés par la grande tuerie à créer un nouveau parti.
Et le second slogan reprenait l’appel, proposé par Marx, de l’Association Internationale des Travailleurs (première Internationale), à sa naissance en 1864 :
« L’émancipation des Travailleurs sera l’œuvre des Travailleurs eux-mêmes. ».
Ce qui signifiait que, révolution pacifique ou violente, le prolétariat accèderait au pouvoir et se libérant du salariat
Quelque cinquante ans après, les premiers communistes pensaient qu’à l’exemple de la Révolution bolchevik la classe ouvrière française pouvait s’engager dans la voie révolutionnaire. Mais si, entre 1918 et 1920, la révolution avait bouillonné dans des pays capitalistes développés, Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie, elle avait partout échoué…
Et les socialistes de répondre, que, contrairement à toutes les analyses marxistes, la Révolution prolétarienne ne pouvait advenir dans un pays arriéré au capitalisme et donc au prolétariat bien peu développés.
Gramsci Gramsci et la Révolution d’Octobre
En fait, en dépit des proclamations révolutionnaires du jeune Parti socialiste SFIO (né 1905, l’orientation socialiste était clairement réformisme. La classe ouvrière n’était pas révolutionnaire et luttait pour l’amélioration de ses conditions de vie. Et la tâche des socialistes était de l’y aider.
Seul le réformisme pouvait vraiment être efficient dans la société française.
Vieille histoire en tout cas que la division du mouvement ouvrier entre réformistes et révolutionnaires. 72 ans auparavant, dans son Manifeste communiste, alors que la classe ouvrière au sens moderne apparaissant à peine avec les débuts de l’industrialisation capitaliste, Marx écrivait à propos du « socialisme bourgeois » :
« Moins systématique et plus pratique que le premier, un second courant de ce socialisme cherche à dégoûter les travailleurs de tout mouvement révolutionnaire, en leur démontrant qu’ils ne pourraient tirer avantage que d’une transformation des conditions de vie matérielle, des rapports économiques ; tandis que tel ou tel changement politique serait pour eux-mêmes sans intérêt. Toutefois, par transformation des conditions de vie matérielles, ce socialisme n’entend nullement l’abolition des rapports de production bourgeois, qui ne peut être atteinte que par des moyens révolutionnaires ; il entend par là uniquement des réformes administratives, qui s’accomplissent sur la base même de ces rapports de production sans affecter, par conséquent, les rapports du capital et du travail salarié, et qui, dans le meilleur des cas, permettent à la bourgeoisie de diminuer les frais de sa domination et d’alléger le budget de son État [1]. »
Divergence fondamentale et conflictuelle qui se répercutera ensuite tout au long du siècle dans le conflit du socialisme (et du syndicalisme) réformiste et du socialisme (et du syndicalisme) révolutionnaire.
Quid cent ans après ? quid des prolétaires ? Quid de l’internationalisme prolétarien ? Poser la question, c’est y répondre. Un jeune d’aujourd’hui ne la comprendrait probablement même pas.
Et quid du réformisme que prônaient les socialistes ? Ils l’abandonneront au fil du temps pour devenir des soutiens du néo libéralisme.
Après quelques années de solitude absolue, les communistes, à leur façon, se rangeront dans le camp d’un radicalisme réformiste, qui, de 1936 aux années 1950, lui assurera une audience de masse. Les profondes modifications de la société française entraînant une perte d’influence, ils crurent bon à partir de la fin des années 1970 de s’allier (avec des pincettes) à la social-démocratie (Mitterrand), en passe de devenir sociale néo libérale (Jospin). Ils y perdront leur âme... et leur audience.
Mais ceci est une autre histoire, sur laquelle je reviendrai peut-être.
[1] Le Manifeste communistein Karl Marx, Philosophie, folio, Essais, 2009.
