Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > XIXe siècle (jusqu’en 1914) > Socialistes 1871-1918 > Carte et statuts du Parti socialiste (SFIO section française de (…)

Carte et statuts du Parti socialiste (SFIO section française de l’Internationale ouvrière), né en 1905. Et les socialistes d’aujourd’hui ?

vendredi 12 mai 2023, par René Merle

Additif à l’article Des slogans du Congrès de Tours, 1920.

J’ai toujours du mal à parler du Parti socialiste, tellement mon adolescence a été marquée, familialement, par l’antagonisme du PS et du PCF [1] aux débuts de la guerre froide.
Antagonisme renforcé quand il a fallu avaler l’envoi du contingent en Algérie par le socialiste Guy Mollet en 1956 [2], avec l’aval initial du PC, un Guy Mollet hypocritement désavoué par les dirigeants socialistes qui suivirent [3].
Bref, une méfiance devant le Parti socialiste qu’il a bien fallu surmonter, non sans mal, avec les processus unitaires engagés dans les années 1970 par le programme commun de la Gauche, et concrétisés ensuite par la participation communiste à différents gouvernements socialistes. Participation dont le PC n’a guère eu à se féliciter, puisqu’il en est sorti laminé électoralement… mais ceci est une autre histoire.
Un récent échange avec un lecteur m’incite à revenir sur ces avatars du Parti socialiste, non pour polémiquer, mais essayer de prendre la mesure des choix devant lesquels, dans son éclatement actuel, il est désormais placé.

Mon ami Emmanuel Aguillon, potier et poète amoureux du provençal d’hier et d’aujourd’hui que vous pouvez retrouver sur mon site Remembrança, me transmet cette carte du jeune Parti socialiste SFIO (Section Française de l’Internationale ouvrière), né en 1905 de l’union des différentes chapelles socialistes et particulièrement des réformistes jauressiens et des révolutionnaires guesdistes [4], carte fièrement conservée dans sa famille d’artisans et de paysans d’un petit village varois, Néoules.
En lisant ces statuts, on ne peut que s’interroger sur tant de principes et tant d’illusions depuis plus d’un siècle dépassés, oubliés ou trahis, alors que tous les socialistes continuent à se réclamer, sans rougir, de la haute figure de Jaurès [5], ce qui ne mange pas de pain puisque personne ne sait ce qu’il aurait été après le déclenchement du conflit de 1914 [6], et encore moins ce qu’il penserait aujourd’hui...

Depuis 1905, le nom de Parti socialiste [7] est demeuré à travers bien des péripéties, mais on étonnerait fort un adhérent socialiste de 2023 en lui présentant ces statuts initiaux, qu’il s’agisse d’un adhérent du Parti socialiste "officiel", membre de la NUPES, ou a fortiori d’un des socialistes hors parti, en voie de regroupement autour de Bernard Cazeneuve et de son mouvement réformiste "la Convention".
Je ne vais pas revenir ici sur l’évolution sociale démocrate, initiée dès la guerre de 1914 avec la participation gouvernementale du très révolutionnaire Guesde, évolution qui est devenue à travers les péripéties du XXe siècle franchement sociale libérale depuis l’ère mitterrandienne [8]. L’acmé de ce social libéralisme a été bien sûr la présidence Hollande, et sa Loi Travail passée en force avec des 49-3 (sur la photo, François Hollande, Manuel Valls, Mme El-Khomri, joyeux d’avoir vaincu la protestation syndicale dans la rue.) Devant l’ampleur du mouvement social, Emmanuel Macron n’a eu qu’à poursuivre, avec la même indifférence ponctuée de tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) qui éborgnèrent tant de manifestants, bien avant l’épisode des Gilets jaunes. Merci François .

On a pu vérifier combien était une posture facile l’engagement socialiste de bien des "éléphants" socialistes hollandais, puisque nous en retrouvons une bonne partie autour du président Macron, lui-même ancien ministre de Hollande (dont, je le répète, il ne fit que poursuivre et aggraver les réformes "libérales").
La liste serait longue de ces sociaux-démocrates ralliés depuis 2017 au jeune aventurier politique Macron. Bornons nous à rappeler que deux ministres clés du gouvernement actuel, Olivier Véran et Olivier Dussopt, furent députés socialistes [9] , et que l’actuelle première ministre fut collaboratrice de Mme Royal.

Après le triste enlisement de la présidence Hollande [10], une fois de plus, des commentateurs peu avisés ont annoncé la fin du Parti socialiste, comme ils l’avaient fait après la retentissante défaite de 1968.
Alors que, l’histoire nous l’a prouvé et j’en ai souvent parlé, ce socialisme « fréquentable » dit de gouvernement est un phœnix qui sait renaître de ses cendres [11]…
Ceux des notables socialistes qui n’ont pas totalement cédé aux sirènes macroniennes, et qui n’ont aucune envie de rejoindre une NUPES dont ils sont l’antithèse, reconstituent patiemment une force politique de gauche gouvernementale, "modérée" et de compromis.
La faillite prévisible de la trop gesticulatrice LFI devant une macronie à bout de souffle ne pourront que renforcer leurs espérances.
La récente élection partielle de l’Ariège, où leur candidate a sèchement renvoyé dans les cordes la députée sortante LFI, est peut-être un signe annonciateur.
La vie politique se jouera-t-elle désormais dans la mise en place d’un dispositif politique barrant la route à la très possible élection de Mme Le Pen ? Emmanuel Macron a profité deux fois d’un face à face avec elle pour rallier les voix de la gauche au second tour (quitte à les oublier et les trahir ensuite).
Nul doute que ces moteurs d’un centre gauche reconstitué feront tout pour obtenir la place de meilleur rempart contre le RN. Mais, en cas d’élection victorieuse, replongeront-ils dans le triste social-libéralisme du quinquennat Hollande ?...
Ou y aurait-il une vision social-démocrate plus positive ?
Dans L’obs du 4 au 10 mai, Dominique Nora termine son éditorial sur sa lecture du tout récent ouvrage du banquier Jean Peyrelevade [12], figure importante du centre gauche réformiste [13] qui esquisse une issue social-démocrate à la gestion macronienne :
« Selon Peyrelevade, seul un ambitieux réformisme social-démocrate et écologique, dessinant un « capitalisme du commun » (réforme constitutionnelle, refondation de notre modèle de production, impôts sur le patrimoine, taxe carbone compensée pour les plus démunis, cogestion des entreprises…) peut sauver notre démocratie. Et surtout lui permettre de relever les titanesques défis à venir. »
Chat échaudé craignant l’eau froide, je ne peux que me demander si ces propositions seraient vraiment mises en œuvre par les rescapés du Hollandisme qui se regroupent aujourd’hui.
En tout cas, Bernard Cazeneuve les reprend en les délayant dans un grand flou :
« Son objectif : la structuration « progressive » d’une « réflexion collective », avance-t-il, pour « fédérer une gauche humaniste » et « porteuse de solutions » qui soit « pour la justice sociale et le développement économique », « contre la croissance productiviste, mais aussi contre la décroissance », « pour une énergie décarbonée, mais pour moderniser le parc nucléaire ». [14] »
C’est bien sûr au pied du mur qu’éventuellement nous verrons le maçon.

En attendant, le président Macron n’est pas avare de considérations tout aussi "progressistes". En bon ex-ministre du social libéral Hollande, ne vient-il pas de déclarer à Sud Ouest ce 5 mai, à propos de la réforme des retraites :
« C’est le cœur des réformes que j’ai toujours portées depuis que je suis dans la vie politique. C’est un réformisme émancipateur. C’est ça le progressisme ».
La langue de bois, on le voit, a encore de beaux jours devant elle. D’autant sue le "progressiste" Emmanuel Macron fait à nouveau les yeux doux aux écologistes et aux socialistes...
Mais il ne faudra pas s’étonner si cette insupportable langue de bois contribue encore plus au désaveu du politique, et à la marche triomphale de Mme Le Pen.
Les lendemains ne chantent pas.
Mais l’Histoire n’est jamais écrite à l’avance. Et, heureusement, elle ne se limite pas à des péripéties électorales...


[5] Les socialistes ne sont pas les seuls à se réclamer de Jaurès, qui est devenue une figure emblématique pour tout le monde politique, d’un bord à l’autre. Même phénomène que pour de Gaulle : tous jauressiens, tous gaullistes...

[6] Cf. : article 2183.

[7] Vous pouvez trouver sur ce site une information fournie sur les socialistes.

[8] Cf. la théorisation du néo libéralisme par le premier ministre de François Hollande, Manuel Valls : Des Néosocialistes de 1933 à Valls, DSK...

[9] Une prime à Olivier Dussopt, député socialiste qui, au lendemain de son vote contre le budget, à rejoint Macron pour s’occuper du même budget !

[12] Jean Peyrelevade, Réformer la France, Odile Jacob, avril 2023.

[13] Conseiller économique de Pierre Mauroy, 1981- 1983, au début de la période Mitterrand, il se proclamera toujours socialiste mais soutiendra le MODEM de François Bayrou, et, fugitivement en 2016, la candidature Macron, auquel il ne cessera de s’opposer par la suite.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.