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Fin du Parti communiste italien

lundi 27 juillet 2020, par René Merle

En 2018, je donnais sur ce site une réflexion sur la fin du Parti communiste italien :
Pasolini, le Parti communiste italien... et nous ?
Réflexion que je poursuivais par une brève mention de l’ouvrage fondateur de Guido Liguori :
Qui a tué le Parti communiste italien ?
J’indiquais que j’allais vite reprendre le sujet, mais le temps a passé sans que j’y revienne.
La magistrale série de Marco Bellocchio, 2022, actuellement sur Arte, m’a donné cette occasion, ainsi que le tout récent film de Nanni Moretti.
Dans Vers un avenir radieux, Il sol dell’avvenire, Morett s’interroge sur ce qu’aurait été le destin du puissant parti communiste italien, s’il avait pris ses distances avec l’URSS lors de la crise hongroise de 1956. Avec, en filigrane, les errements puis le suicide de ce parti en 1990.

J’écrivais à la fin du récent billet Esterno notte, Arte mars 2003 à propos de l’assassinat d’Aldo Moro en 1978 :
« Ainsi commençaient les longues années de piétinement politique qui allaient aboutir au suicide du Parti communiste et à la disparition de la Démocratie chrétienne. Avec à la clé la victoire de Berlusconi... »
Bonne occasion donc pour revenir sur ce suicide du Parti communiste italien, si abondamment commenté depuis des années (vous en trouverez une multitude d’études sur Internet et en librairie) que je m’en tiendrai ici à une brève évocation du changement idéologique radical des années 1980.
Au milieu des années 60, des pouvoirs occultes liés aux USA, au réseau Gladio et au Vatican [1], n’ont reculé devant rien, y compris peut-être la liquidation physique de Moro, pour enrayer l’avancée du puissant PCI, manifeste depuis l’après 1968. En 1976, le PCI obtenait plus de 34 % des suffrages !
Mais cette pression s’accompagnait aussi d’une pression intellectuelle émanant de l’intelligentsia progressiste, et notamment du grand journal Reppublica invitant le PCI a changer sa vision du monde et à devenir vraiment efficient dans une Italie qui avait désormais peu à voir avec celle du temps de Togliatti. Une Italie où, à côté du monde du travail, de nouveaux courants sociétaux traversaient notamment la jeunesse et les femmes.
Et cette pression ne manquait pas de trouver des échos dans un Parti dont l’efficace enracinement administratif dans les structures locales et régionales, administratives et économiques (Bologne, Émilie Romagne en première ligne) n’allait pas sans réduire la référence marxiste à une incantation sans contenu réel désormais.
La fin du PCI, préparée donc de longue date, fut naturellement accélérée par l’ébranlement, puis la fin du camp soviétique.
Le nouveau et très médiatique secrétaire général du Parti, Achille Occhetto, l’avait annoncée annoncé subrepticement à une rencontre d’ancien partisans antifascistes, à Bologne, le 12 novembre 1989. Il va ensuite l’exposer clairement dans la préparation du Congrès de Bologne (mars 1990). Il s’agissait bien d’« ouvrir la phase constituante d’une nouvelle formation politique ». Selon Occhetto, et ses amis rénovateurs, ou liquidateurs selon le sens que vous donnerez à leur démarche, les grands défis de l’humanité, notamment les défis écologiques qui mettent en danger la survie de l’humanité, exigeaient de dépasser la tradition communiste. Il s’agissait d’aller au-delà des logiques du capitalisme pour « gouverner le monde vers des fins d’émancipation et de libération humaine ».
Ce qui ne pouvait se faire au plan sociétal que par la rencontre avec d’autres formations et courants, notamment ceux qui se réclamaient du féminisme, de la non violence, du pacifisme, de l’écologie, et au plan politique, en dépassant la seule culture de mouvement ouvrier par l’osmose avec tous les courants se réclamant de la démocratie. Et en ce sens, Occhetto, après de nombreuses rencontres avec les sociaux démocrates européens, notamment les Allemands, préparait l’adhésion du Parti à l’Internationale socialiste.
Au plan national, l’objectif immédiat de cette plus que mutation se résumait dans le mot magique, « Alternative », conçue comme une alternative de gouvernement, et non de système. Il n’était plus question de dénoncer le capitalisme, mais, raisonnablement, de se rapprocher des forces de la grande entreprise capitaliste et de faire avec les logiques de l’économie de marché, d’un point de vue prudemment réformiste.
Au plan de la politique internationale, Occhetto constatait la fin de l’équilibre mondial bipolaire, et le début d’une nouvelle ère de relations pacifiques, permettant le bonheur des peuples dans les relations conviviales d’interdépendance dans la mondialisation. (Les guerres à venir dans l’avenir immédiat démentiront cruellement cette naïveté !).
Après le Congrès de Bologne, le Parti connut une longue phase de consultation des militants [2], qui se terminera par le Congrès de Rimini (31 janvier 4 février 1991) qui entérina la fin du Parti communiste et la naissance de Parti démocrate de la gauche, (PDS, Partito Democratico della Sinistra).
En 1994, totalement discréditée par le scandale de l’opération Mani pulite (Mains propres), la Démocratie chrétienne proclame sa dissolution.
En 1998, le PDS devient le Parti démocrate (PD), où les anciens communistes fusionnent avec des courants de l’ex démocratie chrétienne et d’autres groupes laïques ou écologiques.
Les passages successifs au gouvernement de ces avatars du Parti communiste, désormais démocrates à l’américaine, totalement acquis à l’idéologie européenne et à l’adhésion à l’OTAN, ne se solderont que par des déconvenues. Et l’impuissance de ce réformisme sans colonne vertébrale se soldera par un renouvellement complet de la vie politique, au bénéfice de nouvelles formations populistes comme le Mouvement cinq étoiles, et surtout au bénéfice de la droite extrême.
À noter qu’en France, à partir de 1994, sous l’impulsion du nouveau secrétaire du PCF Robert Hue, les communistes français vivront, à l’image de leurs camarades italiens, l’expérience de la Mutation, qui videra de son âme, et de ses électeurs, une formation qui jadis avait rassemblé un électeur sur quatre. Mais si le sigle a été jeté aux oubliettes, le nom a été conservé.

Robert Hue est devenu un soutien du Président Macron.


[2] Cf. le superbe film de Moretti, La Cosa 1990

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