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Des privilèges
jeudi 13 juillet 2023, par
Depuis les affrontements sur la Loi travail de la fin du tristounet quinquennat de François Hollande, les médias bien en cour nous ont tellement bassinés avec les privilèges des cheminots et autres bénéficiaires de régimes spéciaux, que l’idée avait failli s’imposer dans l’opinion que les privilégiés étaient ces gagne petits égoïstes, et non les puissants de ce monde.
Une première rafale de réponses est venue des affaires de François Fillon, que la justice avait plus qu’opportunément révélées pour permettre l’élection d’un jeune inconnu si propre sur lui…
On a vu alors fleurir dans les manifestations à la veille de l’élection présidentielle de 2017 les pancartes évoquant 1789 et condamnant les privilèges et la corruption de la classe politique.
Condamnation exacerbée fin 2018, début 2019, au moment de la crise des Gilets jaunes, mouvement anarchiste s’il en est (au meilleur sens du mot, c’est à dire étymologiquement dans le refus de toute organisation et de tout pouvoir), un mouvement comme suspendu dans le vide.
Les pancartes allaient jusqu’à évoquer la nuit du 4 août 1789 et l’abolition des privilèges ! Mais c’est avant tout les « élites » politiques et leurs passe-droits qu’elles stigmatisaient.
Bref, c’est à l’égoïsme de nos dirigeants que s’adressait une contestation nourrie du vieux et toujours vivace sentiment égalitaire. Rares étaient ceux qui allaient jusqu’à mettre en œuvre fondamentalement la réalité économique et sociale, c’est-à-dire, pour utiliser une langue que certains nomment de bois, le mode de production capitaliste.
Plus récemment, une troisième vague de condamnation des privilèges est venue avec la poussée écologiste dans une partie de la jeunesse, et le sentiment que les grands de ce monde, politiques et hommes d’affaires, usaient et abusaient égoïstement de leurs déplacements en jet privés, en ignorant cyniquement la terrible menace du réchauffement climatique.
Mais cette généreuse exigence d’abolition des privilèges vise plus les « excès » du capitalisme financier que le système capitaliste lui-même... Qu’ils oublient l’avion et qu’ils prennent le train, comme tout le monde (ou presque)…
Ce qui nous renvoie à la récupération politique de cette protestation égalitariste contre les privilèges des puissants.
Souvenons nous de l’entrée en force sur la scène médiatique de Jean-Louis Mélenchon, qui venait en bon coucou de pondre ses œufs dans le panier du Front de Gauche où, proclamé Líder máximo, il allait plumer bientôt les communistes.
Après son fracassant discours à la Bastille, le 29 juin 2011, il écrivait dans un opuscule intitulé Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la Révolution citoyenne.
« Qu’ils s’en aillent tous !... Les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les financiers qui vampirisent les entreprises, les barons des médias qui ont effacé des écrans le peuple. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Je souhaite une révolution « citoyenne » en France pour reprendre le pouvoir à l’oligarchie, au monarque présidentiel, et à l’argent roi. »
Bref, on sait ce que l’on veut balayer, la caste oligarchique, la finance (attention, pas le capitalisme, mais les capitalistes parasites et sans cœur) et « le monarque présidentiel ». Et on sait qui veut prendre la place du monarque.
Et, à travers les avatars successifs du nouveau messie, la ligne a été maintenue d’un « mouvement gazeux » pourfendeur des privilèges.
Déformation professionnelle, qu’il me soit permis de rappeler que sans l’irrésistible levée en masse du peuple paysan d’alors, les privilèges n’auraient pas été abolis le 4 août 1789.
Aujourd’hui, quelle base sociologique réelle et non fantasmée peut porter à terme la protestation contre les privilèges actuels ? Et surtout, quelle force politique pourra-t-elle donner pleinement sens à cette protestation en la liant pleinement à l’action résolue et consciente contre le mode de production capitaliste, si bien servi par nos « élites » privilégiées, mode de production qui, dans son irrésistible développement technologique, au lieu d’offrir à tous la vie humaine que chacun mérite, nous engage plus encore dans le suicide annoncé par les compétitions guerrières impérialistes et par la destruction de notre planète.
On peut toujours chercher, mais, la nature ayant horreur du vide, ne désespérons pas...