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Vision de la société. De l’intérêt de discuter avec le réparateur

jeudi 20 juillet 2023, par René Merle

Les vicissitudes de la vie moderne font que je suis, comme vous sans doute, amené à recevoir, et souvent dans l’urgence, des réparateurs et vérificateurs de tous les objets de notre quotidien. Certains sont artisans ou free lance. Mais les plus nombreux sont salariés de ces petites sociétés spécialisées qui emplissent les pages d’Internet, et qui, toutes réunies, sont sans doute un des plus gros employeurs de main d’œuvre dans notre hexagone où les concentrations ouvrières sont de moins en moins nombreuses.
Je viens encore de recevoir un de ces salariés dont j’ai apprécié la promptitude et l’efficacité pour le débouchage d’une canalisation. Je constate souvent combien le fait de naviguer, par force, dans des milieux fort divers, développe chez ces travailleurs une vision fort intéressante de la société et de ceux qui la composent, vision tout autre que celle que peut avoir l’employé fixé dans son bureau, ou celle que fantasmatiquement en donnent les médias. Et j’avoue que je bénéficie souvent de ces échanges, maintenant que, en dehors du cercle amical, je n’ai plus guère de contacts avec mes semblables depuis le départ à la retraite. J’en bénéficie d’autant plus que souvent ces travailleurs sont des fils de l’immigration, ou des immigrés directs eux mêmes.
Lorsqu’il nous arrive de parler salaires, je suis frappé par le fait qu’ils attribuent la modicité de ce qu’ils gagnent à la politique de l’État, qui d’après eux taxe excessivement leurs petits patrons, et qui donc les empêche de les payer plus. L’oreille est donc ouverte à tout discours anti étatique, et quelque peu fermée à l’analyse du système fiscal, qui ne les concerne pas directement puisque la modicité de leurs salaires fait qu’il ne payent pas d’impôts sur le revenu. Ils se soucient bien moins de la taxation des grosses fortunes que du poids de la taxe. Et en cette période d’inflation, ils savent aussi qu’ils payent la TVA, ce qui renforce leur défiance ou leur mécontentement vis-à-vis de l’État.
J’entends aussi parfois, et les dirigeants de la gauche de la gauche devraient aussi l’entendre, comment ils sont désemparés devant le fait que des assistés qui ne travaillent pas reçoivent mensuellement autant qu’eux, qui ne comptent pas leurs heures. Et là encore, c’est l’État qui trinque.
Je me demande comment la gauche de la gauche pourrait efficacement toucher cette masse de travailleurs, souvent jeunes, qui ne demandent qu’à travailler, à vivre tranquillement, à profiter de leurs temps de repos et de vacances, et à éduquer leurs enfants. Et j’entends souvent que certains, même si le poids financier est plus lourd, confient l’éducation de ces enfants à l’école privée.

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