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Res publica. Sieyès et le Tiers-État
vendredi 27 octobre 2023, par
Je viens de donner sur ce site quelques documents pouvant, à leur façon, illustrer l’attitude des grands noms des Lumières devant la notion de République [1]
À l’évidence, si le mot est connu, il est renvoyé aux petites cités de l’Antiquité ou aux minuscules républiques contemporaines, la plus connue étant celle de Genève.
En fait, vous avez pu le constater, dans leur grande différences, ces philosophes des Lumières tendent tous vers le remplacement d’une monarchie absolue par un type de monarchie "constitutionnelle" à l’anglaise (le terme est impropre certes puisque l’Angleterre n’avait pas de constitution à proprement parler).
Je vais maintenant proposer quelques textes montrant ce cheminement d’une nouvelle Res publica dans le processus révolutionnaire initié par la convocation des États généraux en 1788.
En août 1788, la convocation par le Roi des États Généraux pour trouver une solution à la catastrophique situation financière de l’État entérine la division de la société en trois ordres, trois États comme on disait : le clergé, la noblesse, et le Tiers-État, c’est-à-dire, et la liste serait longue, tous ceux qui ne sont ni ecclésiastiques, ni nobles.
Me voici donc en janvier 1789 dans le cabinet de lecture de Toulon, où j’ouvre la brochure fraîchement parue de mon presque compatriote (il est né à Fréjus) Emmanuel Sieyès, dont tout le monde parle.
L’entame est fracassante :
Et Sieyès ajoute :
« Qui donc oserait dire que le Tiers-état n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchainé. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le Tiers-État ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. »
Mais que veut signifier Sieyès par ce TOUT dont il désigne le Tiers-État, sinon le PEUPLE, c’est-à-dire de ceux qui, à la différence des membres du clergé et de la noblesse, ne jouissent d’aucun privilège… Le PEUPLE ne se définit que par sa non appartenance aux ordres privilégiés.
Mais pourtant bien facile, et bien commode, est le rassemblement sous le même mot de PEUPLE, d’une infinité de conditions sociales.
Le premier Toulonnais venu d’alors sait bien que ce peuple est très majoritairement composé de paysans et d’un petit peuple urbain laborieux, Mais une minorité fort composite de bourgeois, grands (banquiers. industriels, négociants) ou moyens : commerçants et professions libérales, parmi lesquelles gens de loi, avocats, médecins, publicistes (journalistes) jouent un rôle majeur dans cette campagne qui traverse la préparation des États Généraux et veut donner au Tiers le rôle politique qu’on lui refuse.
L’unité formelle du Tiers recouvre en fait une évidente différenciation de classes sociales ; à l’aube encore non perçue d’une Révolution où le Peuple paysan et le petit peuple urbain feront irruption pour leurs droits mais consacreront de fait la victoire de la bourgeoisie.
[1] Cf. :
Res publica. À propos de la genèse du concept de République…
Res publica. La République ? Rencontre avec Rousseau
Res publica. République et monarchie. Louis de Jaucourt
Res publica ? Diderot et l’Autorité politique
Res publica ? Montesquieu, du gouvernement républicain et de la Vertu.
Res publica. République et monarchie. Louis de Jaucourt
Res publica. Voltaire
