Dans la logorrhée de positions péremptoires que déversent les invités des chaines d’information continue [1], je constate que les généraux (chaque chaine en a au moins un), sont souvent les plus raisonnables, les plus prudents et les plus avisés, car sans doute savent-ils ce que Guerre veut dire.
Mon addiction à l’Histoire [2] fait que j’ai été frappé par le fulgurant rappel de l’un d’eux.
À un commentateur soutenant que, dans un environnement hostile, Israël n’a pu et ne doit survivre que par la force, le Général a simplement dit que le Royaume franc de Jérusalem avait cru lui aussi ne tenir que par la force, et qu’il en a péri à terme.
Alors que l’évocation des Croisés médiévaux est pourtant un poncif de la propagande islamiste, ce rappel n’a pas autrement ému les invités du plateau, tant est grande parfois leur ignorance historique. Personne n’a donc réagi.
Car sans doute, pour ces commentateurs du Présent, comparaison n’est pas raison.
Il n’empêche, si ce royaume franc de Jérusalem (1099-1291), violente greffe européenne [3] et chrétienne née de la Croisade, a pu durer deux siècles, il est mort de n’avoir pas pu ou n’avoir su nouer alliances et compromis salvateurs avec son environnement musulman plutôt que de s’y enkyster en corps étranger.
La métaphore du général est cinglante peut-être, mais on peut la recevoir comme appel à l’ouverture pour transformer l’intrusion en vraie coexistence, notamment avec les Palestiniens de Cisjordanie, couper ainsi la base du terrorisme islamiste et ouvrir un avenir pacifié à Israël comme à ses voisins.