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Violence ouvrière, au fil de l’histoire

vendredi 1er décembre 2023, par René Merle

Cf. : article 3511
Cf. article 2222
Arte a récemment repris la belle série de 2020 [1] :
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-019317/le-temps-des-ouvriers/
Ce qui m’incite à proposer quelques réflexions, qui en évoquent d’autres, plus anciennes.

J’évoquais dans l’article article 3281 le rôle de l’appareil d’État dans la répression du mouvement social actuel, et, au regard du passé, je parlais de « violence ouvrière défensive ».
Depuis que le mouvement ouvrier est né, la violence l’accompagne, particulièrement au moment de la grève.
Rappelons que les « coalitions ouvrières » et les grèves étaient interdites depuis 1791, qu’elles ne furent tolérées qu’à partir de la fin du Second Empire, que les syndicats ne furent autorisés qu’en 1884, et que, sur tout ce long terme jusqu’aux lendemains de la guerre de 1914, c’est l’armée qui intervenait, et souvent tirait, en cas de conflits sociaux. Et on l’a vu encore intervenir l’armée contre les très dures grèves de 1947-1948.
Violence ouvrière ? Il s’agissait alors seulement de repousser contre cette violence subie, contre laquelle on ne peut que se défendre. Et ce hors de tout ce romantisme révolutionnaire, si cher à de jeunes intellectuels en mal de Révolution. La grève est une douloureuse épreuve de force qui vide le porte monnaie familial et qui, longtemps, risqua d’envoyer le gréviste en prison, quand quelques balles militaires ne l’envoyaient pas au cimetière.
Vous avez sans doute vu l’extraordinaire document que, en commentaire à l’article article 3284, Gérard Dubois nous a communiqué : le gréviste du Joint Français (1972) face au CRS ami d’enfance. Ce qui pose magnifiquement la question : de quel côté est la violence, sinon du côté de l’appareil d’État et de la violence d’État ? En ce qui concerne le mouvement ouvrier, répétons-le, la violence a toujours été une violence défensive, ou, très rarement, une explosion désespérée de violence devant l’insupportable.
Vous pouvez lire dans ce site nombre d’articles sur la Monarchie de Juillet (1830-1848), sous laquelle la France commence vraiment à s’industrialiser, et donc où apparaît un mouvement ouvrier [2]. Et vous pouvez également vous reporter à ceux consacrés à l’insurrection ouvrière de juin 1848 [3].
Et naturellement, le sujet a été abordé sur le long terme du Second Empire et des Républiques qui suivirent...
Certes, tout ceci est du passé. J’en vois qui sourient au fond de la salle, en se demandant pourquoi diable exhumer ces dramatiques souvenirs préhistoriques à propos d’un mouvement ouvrier dont les manifestations inter salariales actuelles, ne sont plus, tant que black blocs et robocops bien coordonnés n’interviennent pas, que grandes manifestations tranquilles avec drapeaux de la paroisse et montgolfières gonflables… Manifestations médiatisées qui peuvent faire oublier aux téléspectateurs des chaînes en continu ce qui se passe au niveau des petites et moyennes entreprises délocalisées, et leurs âpres luttes défensives pour le maintien de l’emploi qui font dire aux Belles Âmes, « Vous voyez bien que vous avez besoin de capitalistes », et qui peuvent aussi faire oublier les formes actuelles de la lutte des invisibles [4]

Oui, j’en vois qui sourient, mais je n’ai pas envie de sourire et je reviendrai peut-être sur ces dures années où tant de courageux tombèrent pour l’obtention de droits qui nous apparaissent aujourd’hui si naturels que l’on oublie les luttes qui les firent advenir, et à quel prix… Ces années où se forgea à jamais, et aujourd’hui encore, n’en déplaise à ceux qui ne veulent pas voir, l’alliance de l’appareil d’État et des possédants du nouveau monde industriel.
À plus tard donc.

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