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À propos de Communisme, de la Révolution d’octobre et du révisionnisme « communiste ».
mercredi 29 novembre 2023, par
Cf. Prigojine aidant, le Tsar Poutine revisite l’Histoire
J’écrivais dans un article récent, à propos du mot "communiste" :
« Il n’en témoigne pas moins de l’existence en France d’un héritage de luttes pour le progrès social, et il n’est pas dit qu’un vent de renouveau ne soufflera pas un jour sur les braises de cet héritage... Ou alors, le mot "communiste" ne sera plus qu’un souvenir, et, pour les jeunes générations, un terme incompréhensible... »
Des philosophes communistes de qualité, désireux de redonner un avenir au mot « communisme » (auquel je suis moi aussi très attaché), philosophes suivis en cela par la direction du PCF, n’y vont pas par quatre chemin : les communistes d’aujourd’hui n’ont pas à pâtir du discrédit du mot en liaison avec l’image négative qu’en a donnée l’URSS : car en fait l’URSS n’était pas communiste. La révolution bolchevik dans un État profondément arriéré ne pouvait pas mener à un socialisme qui ne pouvait advenir que dans un pays capitaliste très développé. Et de découvrir avec enthousiasme les propos de Marx qui liaient la seule possibilité d’un passage au socialisme à la pointe extrême du développement capitaliste.
N’étant pas grand marxologue, j’ai pourtant toujours placé, depuis vingt ans sur mes blogs et sites successifs les citations de Marx et d’Engels qui affirmaient cela. (Voir les mots clés Marx, Engels] : Marx d’abord confiant sur l’Angleterre capitaliste, puis confiant sur l’Allemagne apitaliste [1]. Et ce sera la doctrine de toute l’Internationale ouvrière des partis socialistes (Seconde Internationale) jusqu’en 1914.
Que l’on se rappelle ensuite la position du très révolutionnaire Jules Guesde dénonçant l’aventure bolchevik qui ne pouvait mener qu’à une dictature dans laquelle Marx aurait eu bien du mal à se reconnaître. Les socialistes français, de toutes tendances, s’étaient depuis longtemps exprimés sur cette « dictature du prolétariat » quelquefois préconisée par Marx, pour montrer que la formule ne s’appliquait qu’à une mesure de défense provisoire du nouveau régime, démocratiquement advenu, contre les sursauts violents de la vieille classe dépossédée. Dictature selon les socialistes d’avant 1914 ? Il ne pouvait s’agir que d’une phase extraordinaire, et nullement d’un état de fait pérennisé, comme celui dans lequel s’engageait l’URSS assiégée…
De son côté, le grand théoricien communiste Gramsci [2], loin de condamner l’expérience russe, montrait qu’elle était bien, aux deux sens du mot, contre le capital, puisqu’elle allait aussi à l’encontre de ce que Marx avait prévu dans Le Capital. Mais les circonstances de la guerre impérialiste de 1914 avaient fait que la Révolution advienne, et maintenant, disait-il, et c’est bien ce que clamaient aussi les dirigeants bolcheviks, il convenait que la révolution se fasse dans les pays hautement industrialisés, dont la classe ouvrière ne pouvait pas laisser mourir dans l’isolement de cette nouvelle Commune de Paris.
On connaît la suite, révolution allemande écrasée dans le sang par les dirigeants sociaux démocrates et la réaction armée, révolution hongroise succombant sous les coups des armées alliées, révolution italienne avortée sous les coups d’un fascisme, qui, quoi qu’il s’en défendît, était le bras armé de la classe possédante. Sur tout cela, voir par exemple : Regards sur l’année 1919. - I - Janvier à Juin et Regards sur l’année 1919 - II - de Juillet à décembre. Et encore : Regards sur l’année 1919 – III – Un bilan. Les socialistes français et allemands devant la Révolution.
La République russe, née de la révolution de février 1917, ne dérangea pas particulièrement nos « élites » bourgeoises - voir ci-dessus le dessin publié sur le grand quotidien Excelsior :
Ma foi, notre ami le Tzar était renversé, mais le nouveau gouvernement continuait la guerre à nos côtés, et ne semblait pas disposé à céder aux tentations collectivistes, c’est le moins que l’on pouvait dire.
Hélas pour les Belles Âmes, la Révolution d’Octobre vint, qui porta au pouvoir les Bolcheviks.
Je souriais en publiant il y a peu le point de vue d’André Breton sur cette prise de pouvoir par les Rouges : André Breton et la Révolution d’Octobre. Car j’en voyais dans le coin certains qui faisaient la moue, en se disant, « voilà une fois de plus Merle embarqué dans ses nostalgies révolutionnaires, dont sont nées le stalinisme, le goulag et la guerre froide… Quelle ignominie ! »
À ce propos, je verse au dossier le point de vue du philosophe italien Constanzo Preve [3].
« Lénine et ses camarades bolcheviques ont-ils bien fait de faire la Révolution d’octobre ou s’agit-il d’une erreur et/ou d’un crime (coup d’État, projet totalitaire etc.). En termes historiographiques rigoureux, cette façon de poser la question est certainement du dilettantisme, mais je pense également qu’il est légitime de la maintenir sous cette forme.
Je ne veux pas tergiverser ou me réfugier dans la « complexité » : oui, ils ont bien fait et que Dieu les bénisse de l’avoir fait. Les siècles passeront, de nouvelles classes dominantes trouveront des manières inédites d’exploiter de nouvelles classes exploitées, mais la grandeur de ce qu’ont fait Lénine et ses compagnons ne sera pas oubliée, et, certainement, inspirera de futurs comportements analogues, bien plus que Münzer en 1525, que Cromwell en 1641 et que Robespierre en 1789, qui à côté sont peu de chose. Il y a en fait une nouveauté absolue en 1917 : pour la première fois dans l’histoire, les classes dominées ont vraiment été au pouvoir durant plus que quelques semaines (comme ont pu le faire les disciples de Toutankhamon et du culte solaire, les esclaves romains de Spartacus et d’Eunus, les mazdéens persans, la Commune de Paris en 1871 et les divers autres miséreux dispersés dans l’histoire mondiale parmi lesquels les Sourcils rouges et les Turbans jaunes en Chine).Cependant, du moment que les classes dominées, ne sont absolument pas capables d’une hégémonie sur la société entière, mais doivent nécessairement et inexorablement (ces adverbes pompeux constituent la clé théorique de ce quatrième chapitre) se faire « représenter » par une couche spécialisée issue de leur sein, on peut en déduire que cette couche va évoluer assez souvent en une nouvelle classe dominante, sur la base des différences de savoir et de pouvoir dont elle dispose à l’intérieur de la division sociale et technique du travail. »
Bref, en octobre 1917, l’Histoire s’était, par force, engagée dans un chemin qui à bien des égards s’avéra être une impasse. Mais pas que…
Quoiqu’il en soit, je ne pense pas que se débarrasser ainsi de l’expérience soviétique pour affirmer la réalité d’un bienvenu communisme remontant à depuis Babeuf, et même bien en amont, suffira à effacer le discrédit et remonter la pente. Mieux vaudrait lucidement endosser l’héritage, et le dépasser.
[1] Cf. par exemple : Le jeune Marx et le mouvement ouvrier anglais et Engels, le Parti social-démocrate allemand et le passage pacifique au socialisme, 1895. .
[2] Cf. : Gramsci et la Révolution d’Octobre.
[3] Constanzo Preve, Storia critica del marxismo, ed. La Città del Sole, 2007. Traduit par Baptiste Eychart et publié par Armand Colin, en 2011.
Messages
1. À propos de Communisme, de la Révolution d’octobre et du révisionnisme « communiste »., 1er décembre 2023, 02:38, par Fabien VINCE
Les classes dominées russes étaient capables d’une hégémonie sur la société entière, et c’est bien cela qui emmerdait Lénine, qui voulait le pouvoir de son parti bolchevik.
Il le disait au congrès socialiste de Londres 10 ans avant de prendre le pouvoir :
Les soviets est le contraire de l’État. Alors que Lénine voulait le pouvoir d’État.
Aussi s’est-il mis à déclamer "Tout le pouvoir aux soviets !", et son parti l’a immédiatement insulté d’être un anarchiste, avant une mise-au-point comme quoi c’était "stratégique" (mot marxiste qui signifie "opportuniste"). La vraie formule des anarchistes, avant Lénine, était d’ailleurs "Pas de pouvoir sur les soviets !" (alors que Lénine voulait le pouvoir SUR les soviets).
Lénine a utilisé les soviets contre l’État de Kerenski, puis a pris le pouvoir exprès la veille du Congrès panrusse des soviets, afin de le décider par le fait accompli. Aidé de Trotski qui n’avait d’abord pas compris le truc, Lénine maquille son véritable coup d’État par des termes soviétiques alors qu’il se créé le même pouvoir socialiste parlementaire que Kerenski, représentatif, et non démocratique. Lénine a éliminé le pouvoir soviétique, du peuple, ces idiots utiles, "gauchistes". Les marins de Kronstadt, en dernière résistance, se sont soulevés comme en 1917 fraternellement pour les ouvriers grévistes de Petrograd, réprimés par l’Armée rouge qui protégeait le privilège du parti (se réserver les fourrures). Plus tard en décembre 1924, le parti bolchevik officialisera que le mot "égalité" doit être tabou, considéré nocif et démagogique.