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Un monde qui nous glisse entre les doigts

vendredi 1er décembre 2023, par René Merle

Un monde qui serait devenu « meuble »...

Un des thèmes récurrents de l’analyse contemporaine est le sentiment que nous sommes passés d’un monde solidement encadré par des catégories définitivement installées à un monde « fluide » en perpétuel mouvement.
Ainsi de Valérie Charolles, Philosophie de l’écran : Dans le monde de la caverne ?, Fayard, 2013, que j’ai relu récemment.

Présentation de l’éditeur :
« Inconnu il y a un peu plus d’un siècle, l’écran - cinéma, télévision, ordinateurs, téléphones - a envahi et bouleversé tous les secteurs de notre vie. Nous naissons, nous vivons et nous mourrons entourés d’écrans, et la vie économique et politique ne peut plus se concevoir sans eux. L’avènement de cette ère du silicium modifie profondément notre rapport à la réalité, mais aussi la régulation de la sphère marchande et la distinction entre le public et le privé.
A rebours des constats angoissés et passéistes, Valérie Charolles analyse ce changement de civilisation de manière très concrète et montre que nos cadres de pensées issus des Lumières sont inopérants dans cet univers en réseau, où le rapport au temps comme à l’espace est perpétuellement mouvant, rapide, fluide. Et c’est pour cela que nous avons de plus en plus l’impression que le monde est indéchiffrable et qu’il nous échappe.
Cet essai neuf et stimulant propose donc rien de moins qu’une révolution dans la pensée afin de pouvoir s’orienter dans l’ère du silicium.
 »]].

Le constat est incontestable.
Mais déformation professionnelle d’historien sans doute, je me permets une interrogation sur ce passage d’un monde immuable à un monde devenu « meuble ».
À tort ou à raison, sans évoquer les grands basculements de l’Histoire, les grandes catastrophes guerrières ou sanitaires d’antan, j’ai la conviction que le sentiment de la désespérante fuite du temps, de la modification constante des structures sociales, politiques, culturelles, des cadres de vie, perdure depuis la plus haute Antiquité, en s’accompagnant constamment d’une référence à des origines mythiques.
Sentiment qui souvent fait sa part à celui de l’inévitable fin. Les Étrusques, dit-on, avaient prédit la fin de leur existence nationale au terme de dix siècles, et le compte fut bon. Rome avait également le sentiment du destin inexorable qui ferait advenir la destruction après le règne dominateur.
Et quelle époque n’a pas connu le sentiment d’être « nouvelle », confrontée à de nouvelles inventions, de nouvelles découvertes, de nouveaux modes de vie…

Messages

  • Bonjour René,

    Quand vous dites "Et quelle époque n’a pas connu le sentiment d’être « nouvelle », confrontée à de nouvelles inventions, de nouvelles découvertes, de nouveaux modes de vie…". Je suis totalement d’accord avec vous. Je pense que l’invention de l’écriture et sa généralisation, l’imprimerie et l’industrialisation ont produit des secousses similaires à celle que l’on vit aujourd’hui.

    Votre revue du livre de Valérie Charolles est très intéressante mais je ne vous remercie pas car vous venez d’ajouter 2 livres sur ma table de chevet : celui-ci mais également ’le Village global" de Marshall Mc Luhan paru en 1962. J’ai l’impression que Mc Luhan avait eut à l’époque, une intuition remarquable de ce qui aller se passer...

    Amicalement
    Gérard

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