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Du projet d’avenir dans les luttes sociales défensives ?
samedi 21 octobre 2023, par
J’écrivais il y a quelques années dans l’article Pasolini – Sur l’écartèlement des choix politiques et des choix de vie. :
« Dans ce divorce entre choix politiques (on continue par exemple à voter « à gauche ») et choix existentiels (on participe pleinement de l’idéologie dominante : modèles de consommation, de loisirs, d’éducation, etc.), sans doute pouvons-nous trouver une des clés de la situation actuelle, non seulement en Italie, mais dans toute l’Europe occidentale, et bien entendu "chez nous", où la flamme protestataire, qui pourrait devenir révolutionnaire, est en fait annihilée par la prégnance absolue, et acceptée, de ce nouveau conformisme totalitaire. »
Je ne peux qu’y repenser quand je vois comment l’immense mouvement de refus de la réforme des retraites a été incapable de se soutenir d’un projet d’avenir dépassant la légitime action défensive.
Et de même, dans ces conditions, la fameuse gauche de la gauche n’a pas su, ou pas pu, prolonger l’action syndicale d’un indispensable horizon de changement social.
Des plus démunis luttant pour leur survie, aux plus à l’aise attachés aux conquêtes sociales, c’est l’accession au mode de vie engendré par le capitalisme, ou son maintien, qui s’affirme spontanément.
Je ne parle pas ici, bien évidemment, des immenses améliorations de la vie quotidienne et de la santé que nous a apporté le développement du capitalisme, améliorations dont nos ancêtres n’auraient osé rêver. Je ne verse en rien dans un gauchisme du dépouillement et de l’autopunition.
Je ne parle ici que des modes d’utilisation de ces progrès techniques, de la frénésie consommatrice destructrice nourrie par la publicité et le désir de paraître, des individualismes concurrents dans le système de la production et des services, de l’absence de générosité et d’égards pour les autres, du décervelage idéologique qui empêche de se situer tant dans l’histoire que dans le présent, bref d’un vivre en commun qui n’a de commun que le nom et qui n’ouvre aucun horizon, sinon celui de s’en sortir au mieux. D’où la facilité avec laquelle les compétitions économiques et bien souvent guerrières sont acceptés comme des fatalités.
Mais soyons clairs : celui dont l’usine risque de fermer entre en lutte pour garder ce que l’on a, sans envisager « pour l’heure » autre chose. Beaucoup serait pourtant dans cette « autre chose ». Mais à quoi bon rêver ?