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Res publica. Barnave 1791, Barnave, de la Monarchie et de la République

mardi 28 novembre 2023, par René Merle

Après la fuite avortée du Roi en juin 1791, les débats se poursuivent sur l’élaboration de la Constitution.
L’Assemblée débat de l’inviolabilité du Roi, et des pouvoirs qui lui seront accordés par la Constitution.
Le 15 juillet, le leader des « Constitutionnels », l’avocat Barnave déclare : « Je place ici la véritable question. Allons-nous terminer la Révolution, allons-nous la recommencer ?... Un pas de plus serait un acte funeste et coupable ; un pas de plus dans la ligne de la liberté serait la destruction de la royauté ; un pas de plus dans la ligne de l’égalité, la destruction de la propriété. »
Je reviens ici sur un aspect décisif de son intervention.

« Je ne parlerai point avec étendue de la nature et de l’avantage du gouvernement monarchique ; vous l’avez plusieurs fois examiné, et vous avez montré votre conviction en l’établissant dans votre pays. Je dirai seulement : toute Constitution, pour être bonne, doit porter sur ces deux principes, doit présenter au peuple ces deux avantages : liberté, stabilité dans le gouvernement qui la lui assure. Tout gouvernement, pour rendre le peuple heureux, doit le rendre libre. Tout gouvernement, pour être bon, doit renfermer en lui les principes de sa stabilité ; car autrement, au lieu du bonheur, il ne présenterait que la perspective d’une suite de changements. Or, s’il est vrai que ces deux principes n’existent, pour une grande Nation, comme la nôtre, que dans le gouvernement monarchique, s’il est vrai que la base du gouvernement monarchique et celle de ces deux grands avantages qu’il nous présente est essentiellement dans l’inviolabilité du pouvoir exécutif, il est vrai de dire que cette maxime est essentielle au bonheur, à la liberté de la France.
Quelques hommes dont je ne veux pas accuser les intentions ; à qui même, pour le plus grand nombre, je n’en ai jamais cru de malfaisantes ; quelques hommes qui peut-être cherchent à faire en politique des romans, parce qu’il est plus facile de travailler ainsi que de contribuer à l’utilité réelle et positive de son pays, cherchant dans un autre hémisphère des exemples à nous donner, ont vu en Amérique un peuple occupant un grand territoire par une population rare, n’étant environné d’aucun voisin puissant, ayant pour limites des forêts, ayant toutes les habitudes, toute la simplicité, tous les sentiments d’un peuple presque neuf, presque uniquement occupé à la culture ou aux autres travaux immédiats qui rendent les hommes naturels et purs, et qui les éloignent de ces passions factices qui font les révolutions des gouvernements ; ils ont vu un gouvernement républicain établi sur ce vaste territoire : ils ont conclu de là que le même gouvernement pouvait nous convenir. Ces hommes dont j’ai déjà annoncé que je n’attaquais pas les intentions, ces hommes sont les mêmes qui contestent aujourd’hui le principe de l’inviolabilité : or, s’il est vrai que sur cette terre une population immense est répandue ; s’il est vrai qu’il s’y trouve une multitude d’hommes exclusivement occupés à ces spéculations de l’esprit qui exercent l’imagination, qui portent à l’ambition et à l’amour de la gloire ; s’il est vrai qu’autour de nous des voisins puissants nous obligent à ne faire qu’une seule masse pour leur résister avec avantage ; s’il est vrai que toutes ces circonstances sont positives et ne dépendent pas de nous, il est incontestable que le remède n’en peut exister que dans le gouvernement monarchique. Quand le pays est peuplé et étendu, il n’existe, et l’art de la politique n’a trouvé que deux moyens de lui donner une existence solide et permanente : ou bien vous organiserez séparément les parties, vous mettrez dans chaque section une portion de gouvernement, et vous fixerez ainsi la stabilité aux dépens de l’unité, de la puissance et de tous les avantages qui résultent d’une grande et homogène association. Ou bien si vous laissez subsister l’union nationale, vous serez obligé de placer au centre une puissance immuable, qui, n’étant jamais renouvelée que par la loi, présentant sans cesse des obstacles à l’ambition, résiste avec avantage aux secousses, aux rivalités, aux vibrations rapides d’une population immense agitée par toutes les passions qu’enfante une vieille société. »

Messages

  • Les républicains, depuis l’origine antique, mais, encore plus paradoxalement, encore plus les modernes issus des Lumières, sont contre la démocratie, et ils préfèrent encore une monarchie royale.
    La république est en fait un système aristocratique, inventé par la petite aristocratie contre la grande, royale, qui menaçait ses intérêts. Les républicains se sont donc alliés avec le peuple en lui faisant miroiter que le passage du royalisme à la république était une démocratisation, et ce n’était pas faux, puisque du "pouvoir personnel" royal, on passait au pouvoir de la petite aristocratie (la bourgeoisie de nos jours). Mais, tout comme le royalisme, ce n’était surtout pas une démocratie, le pire régime selon les républicains.
    Ainsi, après leur victoire sur l’Angleterre, les républicains américains ont été tentés de revenir à une monarchie. Ce que l’on retrouve bien plus tard, les USA étant un pays de pouvoir religieux où le pouvoir peut se transmettre de père en fils : les Bush.

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