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Le déserteur

vendredi 1er novembre 2024, par René Merle

J’ai donné par erreur (les neurones sont fatigués) une fausse adresse pour la nouvelle évoquée dans l’article récent De l’engagement.
L’ami Jean-Michel Effantin me l’a signalé et je l’en remercie grandement.
Voici donc la nouvelle en question :

Les tambours de la guerre, relayés par des boute-feux médiatiques qui ne risquent pas de mourir au front, m’ont rappelé ces quelques lignes qui dormaient depuis si longtemps dans mes archives :

Le déserteur

Il était descendu du train sur les coups de trois heures. Les gendarmes avaient salué d’une grande tape dans le dos son bleu horizon, et vérifié sa permission. Ils avait voulu parler du front, et il avait seulement dit : « C’est dur ». Un gendarme s’était cru obligé d’ajouter : "Mais on les aura".
La belle saison commençait. De la gare, la route serait bien longue, moins s’il prenait par les fougères et les hêtraies les raccourcis de la montagne, qu’il avait tant connus quand il faisait ses saisons de meules de charbon de bois. Mais il éviterait les bûches fumantes recouvertes de terre, pour ne pas tomber sur une connaissance. Il lui fallait arriver de nuit pour ne pas être remarqué. Il irait sur la tombe de son père, derrière l’église, puis il se faufilerait dans la petite maison à l’écart, juste le temps d’embrasser sa mère, et de repartir. Il dirait à sa mère de lui donner ses habits de travail, son manteau, son grand chapeau, de quoi manger dans sa musette. Et quand elle demanderait quoi faire de ses habits militaires, il lui dirait de les brûler, et que personne au village n’en sache rien. La Suisse n’était qu’à deux pas, par les bois. Il pensait à cette chanson que l’instituteur leur faisait entonner :
Mourir pour la Patrie
C’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie
.
Il savait où retrouver des compagnons anarchistes de la Chaux-de-Fonds, qui lui avaient si souvent dit que les prolétaires n’ont pas de frontières, et qu’ils n’ont pas à mourir pour les grands de ce monde.

René Merle

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