Accueil > France contemporaine > France contemporaine politique > À propos du mouvement étudiant de solidarité avec Gaza.
À propos du mouvement étudiant de solidarité avec Gaza.
jeudi 2 mai 2024, par
Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise n’avaient pas réussi leur OPA sur les puissantes actions syndicales contre la réforme des retraites.
Très clairement aujourd’hui, dans la vieille tradition de l’entrisme trotskyste, en soutenant physiquement (présence des députés LFI) et par la voix (message audio du Leader máximo), La France insoumise entend se mettre à la tête du généreux mouvement d’étudiants des Sciences po contre le massacre de Gaza. Mouvement dont évidemment Monsieur Netanyahou n’a que faire, mais dans lequel LFI voit l’étincelle qui peut enfin mettre le feu à la plaine.
Et par la même occasion, clin d’œil, qui n’est pas dépourvu de perspectives électoralistes, immédiates et lointaines, à l’électorat musulman.
Rien d’étonnant au vu de la stratégie bien connue de La France insoumise.
Le proche avenir dira si la greffe sur le mouvement protestataire réussira.
Bien plus intéressante est la nature de ce mouvement, né dans les sanctuaires formateurs des jeunes « élites » politiques.
Pasolini, qui en son temps préféra les carabiniers matraqueurs fils du peuple aux étudiants privilégiés [1], nous sortirait sans doute un éditorial saignant sur ces jeunes gens qui rompant avec le conformisme par une noblesse d’âme politique, d’autant plus facile qu’elle est dépourvue de soucis matériels.
Les autres étudiants reconnaîtront-ils dans cette action ?
On sait qu’une grande partie d’entre eux ne sont en rien des privilégies, connaissent de grandes difficultés financières, et doivent trouver un travail d’appoint, voire à des expédients.
Si l’étincelle veut gagner la plaine, il faudrait qu’elle arrive à lier la protestation sur le sort de Gaza au sort, et la fatigue, et souvent à la rage, de la masse des étudiants, face à une société qui ne les gratifie guère.
Ce qui n’est pas évident.
Mais l’histoire nous a montré qu’une simple répression policière localisée a suffi pour déclencher la tempête étudiante.
Et plus largement, elle nous a montré, comme en 1968, qu’une protestation étudiante politisée, mais isolée, pouvait être le déclencheur d’un immense et spontané mouvement social.
Nos gouvernants le savent bien et feront sans doute attention à ce que l’événement ne se renouvelle pas.
Pour l’heure en tout cas, la pitié que la majorité des Français ont pu ressentir devant le massacre occasionné par le Hamas, et encore plus devant l’interminable martyre qu’Israël inflige à Gaza, ne les amène pas à s’engager dans le soutien d’un camp ou de l’autre. Seules des minorités actives défendent intégralement la cause palestinienne ou la cause d’Israël.
Personnellement, je me retrouve toujours dans mon billet du 31 octobre 2023 :
Gaza. Faut-il choisir
« Gaza. Juste un mot encore à propos du conflit.
Sur l’insupportable souffrance infligée à des populations civiles, sur la logique implacable du conflit, mais aussi sur la nécessité d’une grand mouvement de la paix, qui n’est encore qu’un rêve, je me permets de vous renvoyer à :
Du Droit de la guerre...
Mais il semble bien que nous ne prenions pas le chemin de cette prise de cette indispensable conscience active.
Car les dés sont pipés.
Le flot médiatique des chaines d’information continue et des réseaux dits sociaux, nous somme tout bonnement de choisir notre camp, de nous ranger derrière l’un des deux drapeaux.
Et vous remarquerez qu’en France, dans les manifestations au drapeau vert blanc rouge, ou dans celles au drapeau bleu et blanc, on ne voit pas de drapeau français.
Comme si, chacun le constate, ce drame à la fois proche et lointain révélait encore plus, s’il en était besoin, de profondes fractures dans notre société, où l’intérêt national se perd dans des causes communautarismes éclatées et des prises de positions électoralistes.
Faut-il donc vraiment choisir ?
Béni par Erdogan, un Hamas islamiste totalitaire à l’iranienne, qui a révélé sa vraie nature dans son raid sanglant du 7 octobre, serait devenu le soi-disant champion de la juste cause palestinienne… On peut en douter. Et ce n’est pas le soutien de l’Iran des Mollah qui me fera penser le contraire...
Implacablement nationaliste conquérant, armé jusqu’aux dents par les États-Inis, l’homme des colonies rendant impossible un État palestinien, un Netanyahu devenu le champion du soi-disant monde libre occidental contre le terrorisme, en soufflant la place à Zelensky… L’homme qui a tout fait pour qu’à Gaza l’islamique Hamas prenne la place du laïque Fatath... Bref, un obstacle majeur à une juste solution et à la paix.
De toute façon, notre choix éventuel ne peut être que démonstratif car les cartes se jouent ailleurs.
Alors témoignons qu’il il y a encore des gens qui, sans abandonnant, bien au contraire, le sentiment d’humanité et de solidarité active avec les malheureuses victimes, savent aussi raison garder… En espérant que s’arrête l’intolérable bombardement de Gaza et que la solution des deux États soit enfin mise en œuvre.
31 octobre 2023 »
Sept mois après, je complèterai bientôt ce point de vue au vu du déroulement des événements.