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Un inconnu nommé Emmanuel Macron ?
dimanche 12 mai 2024, par
La soirée de Marseille
Un soir d’avril 2017 à Marseille, à trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, nous avons pu prendre la mesure de la vraie nature du macronisme, mélange de bouffonnerie et de poudre aux yeux, et nous inquiéter de la suite.
La salle est pleine. Sur la tribune, des rangées de jeunes groupies extatiques censées représenter la « diversité" » locale, et devant elles, en chauffeur de salle, le pittoresque député socialiste des Alpes de Hautes Provence, futur ministre de l’Intérieur.
Le voilà qui arbore une écharpe du PSG, histoire de la faire huer l’ennemi héréditaire par les chauvins marseillais de l’OM, puis le voici qui saute comme un cabri en entonnant le chant des supporters marseillais, « Qui ne saute pas n’est pas Marseillais », devenu « Qui ne saute pas n’est pas Macron ! ». Et nos extatiques de sauter avec le pantin pitoyable. Si vous ne me croyez pas, regardez les images sur Youtube…
Mais voilà alors que surgit notre fringant candidat, devant une salle en délire à laquelle il lance « On craint degun [1] ! », dans ce qu’il voulait être une pitoyable connivence linguistique avec les fils de Phocée…
Les campagnes électorales sont grosses de démagogie, mais cette soirée marseillaise fut révélatrice de la profonde médiocrité d’une entreprise qui se voulait celle du Messie.
Un homme nouveau ?
Ce soir là, le président se présentait comme un homme neuf, qui n’avait jamais fait de politique, et qui pour cela s’en venait nettoyer les écuries d’Augias.
Il réitèrera souvent par la suite.
Ainsi, le 3 juin 2021, à Martel, dans le Lot, face à un citoyen qui lui déclare : « J’ai voté pour vous en 2017, sincèrement, au premier et au deuxième tour. Et je voterai pas pour vous là », visiblement irrité, notre Président justifie son action et conclut : « Et maintenant vous me dites, ‘je suis pas content de ce que vous avez fait’ Vous, vous êtes tordu ! »
On pourrait s’en tenir à ce genre de civilités dont notre Président a le secret. Mais la suite est plus éclairante, car, à l’interlocuteur qui répond : « Plus tordu qu’un politique, c’est pas possible », notre Président rétorque, avant de lui tourner le dos : « Ça tombe bien, je n’ai pas fait de politique avant, je n’en ferai pas après »…
Donc « avant », c’était avant l’élection.
Pas de politique "avant" ?
Passons sur les primo engagements chevènementistes et socialistes (de droite) du jeune Emmanuel Macron, mais venons-en à l’essentiel.
Avant de rejoindre la campagne électorale de François Hollande en 2012, le jeune associé – gérant de la banque d’affaires Rothschild et Cie est déjà réputé pour sa ligne sociale libérale, manifestée notamment par son active participation (rapporteur adjoint) à la fameuse commission Attali pour « la libération de la croissance française ».
Et cet homme qui dit ne jamais avoir fait de politique « avant » se retrouve propulsé (mais par qui ? par quelles forces financières et médiatiques, par quels réseaux plus ou moins occultes ?) conseiller du nouveau Président Hollande décidément énamouré, puis ministre des finances du même.
Il entreprend alors au ministère, avec son épouse, une fructueuse politique de diners-contacts tous azimuts qui n’étaient pas de ses débours, mais lui assureront un vaste réseau susceptible de satisfaire son ambition.
Mais quelle politique menait notre apolitique conseiller, puis ministre de François Hollande ?
Celle du chirurgien auquel on ne demande pas de justifier ses engagements politiques, L’essentiel est que, en bon professionnel, il opère bien. Dans la conception macronienne, il en va de même : être un bon professionnel, qui applique la seule bonne politique possible : TINA, comme disait Mme Thatcher, « There is no alternative ».
Le jeune ministre n’invente donc rien. Il ne fait qu’appliquer les recettes imposées par l’Union européenne : maintenir l’équilibre budgétaire en pompant sur la masse salariale, en démantelant retraites et dépenses sociales, en privatisant les services publics, en assouplissant ( !) la loi du travail.
Engagements concrétisés en 2015 par la loi, dite loi Macron-Hollande, « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ».
Et ne faisons pas grief au candidat Emmanuel Macron d’avoir trompé ses futurs électeurs. Ses électeurs du premier tour ne pouvaient qu’être au fait de ces choix et orientations. Ne pas « faire de politique » en appliquant TINA et en transcendant le clivage droite-gauche, correspondait au désir profond d’une partie des jeunes classes moyennes aisées, indifférentes sinon hostiles au sort des « poids morts » et des assistés, enivrées de start-up, de « modernité », et se croyant par là en phase avec les transformations du monde, sans s’inquiéter de la crise systémique du nouveau système capitaliste.
D’autant que le candidat surfait sur un réformisme sociétal de « gauche », en phase avec les nouvelles donnes sexuelles et familiales, et enveloppait le tout d’un facile humanisme larmoyant en référence à Ricœur, qui n’en aurait pas demandé tant.
L’adhésion générale des partis de gouvernement (droite comme sociaux libéraux) à TINA, et donc au ministre socialiste Macron, a facilité son « en même temps » dans lequel la distinction droite-gauche disparaissait.
Il n’empêche, cette distinction demeurait, et le candidat n’obtenait que 24,01 % des suffrages au premier tour.
La Constitution n’admettait que deux candidats au second tout, et l’adversaire était donc Mme Le Pen.
Et pour l’emporter alors, il suffisait d’agiter le chiffon rouge de l’anti Le Pen et rallier ainsi une grande partie de ceux qui n’avaient pas voté pour lui au premier tour.
Ainsi, bien préparé par des puissances financières, médiatiques et judiciaires (le dangereux candidat RN François Fillon interdit de se présenter), le coup d’état de velours de 2017 porta au pouvoir un politicien de métier parfaitement inconnu du plus grand nombre.
Une candidature ne représentant initialement qu’un quart des suffrages exprimés a pu au second tour acculer l’électorat à un choix qui n’était pas un choix du cœur.
Au vu de ce qui s’est passé depuis, on peut mieux mesurer l’escroquerie cautionnée par notre Constitution.
Bref, tout semblait acquis à Emmanuel Macron, depuis qu’il avait réussi à être le conseiller, puis le ministre d’un président dit de gauche, qu’il avait ensuite poignardé dans le dos en annonçant sa candidature présidentielle.
Emmanuel Macron et les deux Bonaparte
Ce brsque avènement de 2017 n’a pas été sans raviver des souvenirs historiques, et en particulier celui du jeune Bonaparte.
La comparaison ne manque pas d’intérêt, même si la différence dans l’assomption est évidente : en 2017, point de grenadiers dispersant les représentants du peuple, point d’usurpation violente d’un pouvoir chancelant. Pour Bonaparte, l’aval populaire vint au lendemain du coup d’État, pour Emmanuel Macron, cet aval le précéda électoralement.
Sans doute donc la comparaison est-elle plus pertinente dans la marche au coup d’État que dans son brusque déroulement.
L’avènement des deux hommes a certes tenu à leur commune détermination et à leur sentiment d’être désigné par le Destin. Mais, à la fragilité de Bonaparte, (reculant devant l’obstacle, et sauvé seulement par l’énergie de son frère), on peut opposer l’hybris exalté du candidat Macron et sa joie puérile au soir du premier tour, qui lui fait traverser seul et en majesté la grande cour du Louvre…
L’opération Bonaparte, comme l’opération Macron, ont été mises en place par des forces politiques, économiques et médiatiques qui ont trouvé en deux jeunes ambitieux l’assomption de leurs intérêts.
L’opération Bonaparte fut financée par des banquiers (et non des moindres) désireux d’assurer une profitable stabilité économique et politique ; elle fut organisée par une camarilla de politiques « modérés », issus de la gauche comme de la droite du temps, résolus à affermir le règne de la nouvelle bourgeoisie ; elle fut portée par une campagne d’opinion dénonçant la menace de l’anarchie et les dangers « extrémistes », royalistes et néojacobins.
La comparaison est tentante avec l’opération Macron, portée, je le répète encore, par des décideurs économiques, par des « élites » politiques d’horizons divers fusionnant dans un consensus néo-libéral, par une médiatisation superbement organisée et la dénonciation de la menace extrémiste.
Même si comparaison n’est pas raison, fréquente également est la comparaison avec Louis Napoléon Bonaparte.
En fait, pareille comparaison n’a de sens que si elle peut repérer dans l’événement passé quelque chose qui éclaire notre présent et nous indique ce sur quoi il faut intervenir, c’est-à-dire notre Constitution.
Avec la création d’une fonction présidentielle, et l’élection du président au suffrage universel, la constitution de 1848 est la matrice de la nôtre. Voilà le cadeau que nous a fait la jeune Seconde République, ou plutôt qu’elle a fait à De Gaulle.
Mais quelle ressemblance entre le piètre aventurier apatride et le sémillant jeune home passant du lycée des jésuites à l’ENA, et de l’ENA à la haute finance ?
Eh bien, tous deux sont sortis du néant politique pour être oints par le suffrage universel (alors seulement masculin pour Louis Bonaparte, qui obtint 80 % des suffrages (masculins) exprimés).
Louis Napoléon était un inconnu, mais il n’était pas donné à tout le monde d’être le neveu de l’Empereur… Alors que personne ne connaissait Macron avant que l’énamouré Hollande n’en fasse son ministre principal.
Les deux candidats étaient des populistes au sens le plus mauvais du terme : l’Élu du Peuple, qui tire sa légitimité du Peuple, est par définition au-dessus des partis. Une fois élu grâce à son bon peuple, le président, peut dissoudre l’Assemblée mais elle ne peut pas le renverser.
Tous deux ont tiré parti d’une situation politique où les vieilles forces politiques, apparemment opposées, se fondaient dans une osmose inefficace, alors qu’un immense mécontentement populaire ne trouvait pas son issue.
Tous deux sont des ambitieux, mais qui n’avaient pas a priori une aura telle qu’elle suffise à leur permettre de réaliser leur ambition. Il fallut à tous deux que leur ambition soit découverte et soutenue par de puissants intérêts économiques et financiers, et par une camarilla politique à leur service.
Le seul reproche que Louis Napoléon pouvait faire à la Constitution est qu’au terme de ses quatre années de mandat, il n’avait pas le droit de se représenter. D’où le coup d’État de décembre 1851.
Aujourd’hui, le cadre constitutionnel empêche le Président de briguer un troisième mandat successif. Verrou qu’Emmanuel Macron a pu sembler vouloir faire sauter.
En août 2023, lors de son entretien avec les dirigeants des partis d’opposition à Saint-Denis, le président avait qualifié cette règle de « funeste connerie ».
Malgré son impopularité actuelle, il ne serait pas impossible à notre Enfant-Roi de tenter un coup d’État en douceur pour obtenir un troisième mandat : manœuvre électorale anticipée, démission, transition d’un fantoche vite démonétisé, et réélection triomphale… Pas besoin de faire donner l’armée comme son prédécesseur le président Louis Napoléon.
Emmanuel Macron s’annonçait réformateur
Pour être libre de ses décisions, Emmanuel Macron comptait évidemment sur sa majorité de godillots élus dans la foulée de l’élection présidentielle.
Quand on sait que les candidat/e/s LaRem de 2017 ont été recrutés sur CV, (ça ne s’invente pas), par Jean-Paul Delevoye, on doute qu’il ait eu à cocher la case « humanité » après les cases « cadre battant », « entrepreneur performant », « petite prof. mais ambitieuse », etc.
Le résultat : un peloton de courtisanes-courtisans, déserteurs sans scrupules du PS et de la droite, députés BCBG sortis du néant par la grâce d’un électorat hypnotisé, et votant comme un seul homme (une seule femme plutôt vue la composition du groupe) ?
Emmanuel Macron comptait aussi sur l’application politique de son « en même temps ». Dès sa campagne électorale de 2017, puis dans son gouvernement, on retrouvera mêlés à ses côtés des chevaux de retour de la social démocratie et de la droite de gouvernement.
Phénomène qui concrétisait d’ailleurs une fluidité depuis longtemps évidente des « élites socialistes » vers la droite (voir l’épisode Sarkozy et son ministre Kouchner...).
Tout lui semblait donc acquis depuis qu’il avait rallié tout ce que la droite molle et le social-libéralisme comptaient de notables dont l’addiction au pouvoir était irrésistible, et qui se souciaient des principes comme de leur première chemise. Ainsi le Parti socialiste survivant était-il renvoyé à son néant, et les héritiers du sarkozysme se trouvaient plongés dans le plus grand embarras.
Une majorité de béton, des partis d’opposition anesthésiés, le jeune Président pouvait donc continuer sans inquiétude les réformes qu’il avait initiées sous la présidence de François Hollande :
Et par là satisfaire les gourmands bailleurs de fonds de la présidentielle, qui attendaient impatiemment des preuves de reconnaissance.
Tordant allègrement la vérité, le Monarque Président ne cessa de répéter dès son arrivée au pouvoir :
« J’ai reçu mandat de reculer l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans. »
Ce qui fut reçu comme une énorme gifle par les électeurs de gauche ralliés au second tour.
Et donc, sous couvert des nécessités européennes et au risque de précipiter le pays dans le chaos, le Président décida de faire passer en force sa réforme des retraites que condamnait la majorité de la population, ainsi que la réduction de la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi et autres gentillesses. On ne pouvait mieux faire dans le démantèlement du programme du Conseil National de la Résistance, démantèlement bien avancé sous le règne de François Hollande.
Françoise Fressoz, journaliste Monde a pu comparer le réformteur Macron au réformateur Turgot.
Les commentateurs du temps ont critiqué l’autoritarisme de Turgot et sa confiance absolue dans ses capacités, deux traits de caractère qui s’appliquent évidemment aussi à notre Monarque actuel. Mais comment se réclamer de Turgot sans évoquer son échec et sa chute, annonciatrice de 1789 ?
De la gouvernance Macron :
Passons sur les peu glorieuses facéties du proche entourage élyséen, le feuilleton garde du corps par exemple, qui écornaient la figure présidentielle,
mais, plus fondamentalement, pour des raisons de forme (l’arrogance) autant que de fond, dès 2018, la distance s’était installée avec le peuple dit sociologique. Et après la distance sont venus le désamour, puis la colère, et même la haine pour beaucoup.
Suivons donc dans ce contexte mouvant le développement de la gouvernance d’Emmanuel Macron.
Initialement, assumant le potentiel d’absolutisme dont est grosse une fonction présidentielle que ses prédécesseurs n’avaient pas toujours réussi à incarne, le Président s’était présenté comme « un président jupitérien », (dixit), par opposition avec François Hollande, « Président normal » discrédité.
Jupiter ? Qualificatif mythologique auquel se mêlait une sorte d’onction religieuse.
Dans la Traversée, le documentaire de Goupil et Cohn-Bendit sorti en mai 2018, notre Président déclarait : « L’Etat est devenu laïque mais, dans les fondamentaux de notre société, il y a quelque chose d’ecclésial, il y a une hiérarchie ».
On ne peut s’empêcher de penser que, en filigrane, le Président s’inscrivait dans l’idéologie de la Royauté de Droit divin, qui fut celle de l’Ancien Régime. Le Roi, pardon le Président, est l’élu de Dieu, son destin est de régner sur une société en attente de verticalité rassurante. Le suffrage universel, suffrage d’acclamations, n’est là que pour entériner cette désignation divine.
Bref, le doigt de Dieu tombe à point pour faire oublier que sa Majesté n’est pas tombée du Ciel, mais, je le répète, a été choisie par d’occultes pouvoirs économiques et médiatiques.
Ainsi, jusqu’en 2018, nous en étions à un Jupiter silencieux, maître des horloges et de l’univers, dispensateur des auspices
Mais ce Jupiter n’était évidemment pas "Jupiter Terminus", assurant la juste répartition des biens dans la société.
Grain de sable dans la machine bien huilée, fin 2018, le mouvement des Gilets Jaunes s’ensuivit [2].
La panique des premiers samedis où Président et ministres se terraient dans leurs palais, a révélé la vraie nature du régime : l’autoritarisme inquiétant sauvé par la brutalité policière et judiciaire.
Nous avons connu alors "Jupiter Stator" qui retourne miraculeusement une situation désespérée, "Jupiter Fulminator", casqué, monté non pas sur un jet ski brégançonien mais sur un véhicule des Brigades de répression des actions violentes motorisées (BRAV-M), et en définitive "Jupiter Victor, le victorieux, vainqueur des feux de poubelles ?
Une main de fer dans un gant de velours : le velours fut alors celui du « Grand Débat » de 2019 !
La figure « jupitérienne, qui nous dessaisissait du pouvoir de délibération citoyenne, s’est alors brouillée dans cette mascarade.
À son jour du jeudi, "Jovis dies", notre Jupier a sans doute préféré le mercredi, jour de son fils Mercure, qui était le dieu du commerce, et donc, quelque part, le dieu des menteurs…
L’embobinage du débat, « je vous ai compris », « rien ne sera jamais plus comme avant », enraya la dégringolade. Grands débats autocentrés, dont on serait bien en peine de préciser les résultats concrets.
Et ensuite, les bains de foule (choisie ?), les interventions sportives et cocardières à répétition, la convivialité et l’empathie affichées, l’apparition sur tous les médias, y compris, en triste facétie, les plus inattendus, ceux dont la jeunesse est paraît-il friande, devinrent la douce anesthésie qu’utilisa pouvoir ex-jupitérien… Saturer le petit écran, marcher aux sondages, débaucher ou anesthésier les possibles rivaux, etc., etc.
Sans oublier, à l’occasion, les profondes interventions philosophiques sur la marche de notre temps…
Sorti gagnant d’une dure guerre d’usure avec les Gilets Jaunes, le Président crut alors le moment venu d’engager la réforme des retraites. Devant un mouvement social d’une ampleur inégalée, inébranlable, le Président, qui abattit sans pitié son glaive policier, misa avec succès sur le découragement des manifestants devant la résistance du pouvoir.
Tout lui semblait alors qu’il avait réussi les réformes sociales néo libérales initiées par son ancien Président.
Tout lui semblait acquis depuis qu’il avait réussi à enfumer les deux plus grandes révoltes sociales de ce nouveau siècle, avec « en même temps » l’utilisation de la police en force armée de répression [3] et le bla bla chloroformant du Grand Débat,
Et par la suite, tout lui semblait acquis depuis qu’il avait débarqué en douceur un premier ministre de droite qui commençait à lui faire sérieusement de l’ombre, et à le remplacer par un fidèle technocrate sarkozyste, censé enthousiasmer nos territoires, mais qui en tout cas ne risquait pas de se poser en rival.
Tout lui semblait également acquis depuis qu’il avait géré la crise sanitaire « en même temps » dans l’écoute d’un corps médical médiatiquement hystérisé, du professeur Raoult aux meilleures autorités nationales, tout en gardant l’oreille des représentants des professions meurtries par la crise, et en soulageant les victimes du chômage par un déversement de monnaie dont nul ne sait qui le remboursera, sinon les retraités et les bénéficiaires de la sécu, voire les épargnants.
Bref tout lui semblait acquis.
Mais il est bien connu que l’hybris aveugle ceux qui en sont habités.
À l’élection présidentielle de 2022, comme en 2017, Emmanuel Macron l’emporta (mais plus difficilement) contre le punching-pall providentiel, Marine Le Pen.
Las, l’échec relatif aux législatives qui suivirent engagea le pouvoir dans une impasse politique dont il n’est toujours pas sorti.
Auctoritas et Potentas
Même s’il conserve sa Potestas, Emmanuel Macron a depuis définitivement perdu son Auctoritas
La distinction entre Auctoritas et Potestas était au cœur de l’idéologie politique romaine, et, d’une certaine façon, du haut moyen âge à aujourd’hui, elle a continué à imprégner notre vision du politique et du pouvoir.
Potestas désignait le pouvoir de commandement, civil et militaire, cet « imperium » qui, par la loi et/ou la contrainte, ordonnait et maintenait la vie de la Cité.
Le sens d’Auctoritas est bien plus complexe. « Autorité » certes, mais pas au sens précédent. Il s’agit ici, pour l’homme ou le groupe qui en étaient investis, d’une évidente prééminence d’excellence, d’un prestige moral, d’une capacité de choix et d’action garantissant la légitimité et l’efficience du politique.
Notre Histoire est emplie de personnages qui, à tort ou à raison, ont cru porter et joindre en eux les deux définitions, pour le meilleur et pour le pire.
Il ne semble pas que notre actualité offre, en ce qui concerne ceux qui nous gouvernent, la moindre once d’Auctoritas.
Quand notre Président se prend pour un grand homme, soi disant au-dessus de la mêlée, mais en fait boute feu dans la guerre sociale, on peut se demander où est son Auctoritas.
Certes, sa Potestas dont il est constitutionnellement pourvu demeure, mais elle est bien seule, et bien casquée.
Las, notre extra terrestre incolore et insipide président s’imagine dorénavant et plus que jamais investi de cette Auctoritas qui fait les grands hommes.
Quelle tristesse…
À quels périls expose-t-il ainsi notre malheureuse nation ?
Quand sa politique étrangère tourne à vide :
On imagine la solitude et l’angoisse de celui qui, chef des Armée, a seul la lourde responsabilité des relations internationales
Dans ces relations empreintes de gravité, voire de solennité, on ne peut pas dire que notre Président tactile ait manqué de pittoresque.
Peu de Grands et de Petits de ce monde ont échappé à la main familière dans le dos, voire à l’étreinte fougueuse comme en son temps avec Trump.
On a l’impression que l’enfant roi témoigne ainsi qu’il fait partie dans la grande famille des Grands, dans l’émerveillement d’y être admis, et dans le désir de faire copain-copain comme si par là toute tension disparaitrait.
On peut légitimement se faire un gros souci pour la santé de notre Président qui n’arrête pas de franchir les frontières et les fuseaux horaires, afin de porter la voix de la France là où on l’attend, et là où on ne l’attend pas
Certes, notre Président est dans son rôle constitutionnel puisque la politique étrangère lui est impartie. Mais je me demande si cet activisme quelque peu forcené ne fonctionne pas parfois à vide, hélas.
Ainsi le 6 août 2020, vous vous souvenez ? Notre Super Président, débarqué sans y être invité dans Beyrouth meurtri, y parade irrespectueusement en chemise devant les notables en costume, et ouvrait les voies du salut.
Mais quelles conséquences aujourd’hui pour ces rodomontades ?
Ainsi, plus récemment, en déplacement en Israël le 24 octobre 2023, par une improvisation particulièrement saugrenue, Emmanuel Macron a envisagé de mobiliser la coalition internationale contre l’Etat islamique pour lutter contre le Hamas. Proposition surprenante et dangereuse qui a fait immédiatement flop.
Idem pour l’annonce de l’organisation d’une « conférence humanitaire » qu’ont parfaitement ignorée ceux qui les arment, et qui nous considèrent tout au plus comme une embarrassante mouche du coche.
Et comment ne pas parler de la palinodie de ses relations avec Poutine, d’abord, et heureusement maintenues dans le traditionnel échange avec la Russie, qui se transforment en un bellicisme interventionniste laissant pantois nos alliés…
Affaire à suivre...
[1] On ne craint « personne »
[2] Cf. la rubrique Gilets jaunes et tout particulièrement l’article À propos des Gilets jaunes – articles de novembre 2018 à janvier 2019.
[3] On reste pantois d’ailleurs en constatant l’inconscience du Président devant sa présentation à Angoulême du teeshirt LBD, qui n’était pas celui de La Bande Dessinée, mais bien celui dénonçant les grenades mutilantes.
https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/30/emmanuel-macron-a-t-il-vraiment-pose-avec-un-t-shirt-lbd2020-a-angouleme_1776253/