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Jean-Luc Mélenchon au Sénégal. Convergences et divergences de Valeurs.

dimanche 26 mai 2024, par René Merle

Jean-Luc Mélenchon a été reçu par le nouveau Premier Ministre sénégalais Ousmane Sonko, comme le leader d’un parti frère, et, à bien des égards, comme un chef d’État potentiel.
Il en revient absolument emballé et conquis, comme en témoigne l’article publié le 19 mai 2024 sur son blog :
https://melenchon.fr/2024/05/19/retour-du-senegal/

Invité à une conférence donnée à des étudiants par le premier ministre, Jean-Luc Mélenchon a pu boire du petit lait en entendant Ousmane Sonko affirmer sa solidarité avec les pays du Sahel qui refusent le néo-colonialisme français, et proclamer quen désormais, malgré tous les obstacles mis à son récent triomphe électoral, et notamment par le gouvernement français, son parti allait engager le pays dans cette voie anti impérialiste, afin de donner à chacun les moyens matériels et moraux de vivre dignement.
Le petit lait a quelque peu tourné à l’aigre quand le premier ministre a déclaré devant notre bien connu pourfendeur de l’islamophobie :
« Les velléités extérieures de nous imposer l’importation de modes de vie et de pensée contraires à nos valeurs risquent de constituer un nouveau casus belli. »
Le premier ministre, qui visait au premier chef l’homosexualité et le mariage homosexuel, a ensuite affirmé que « la France fait de la stigmatisation de la religion musulmane son exercice favori, au point d’interdire à des musulmans de s’habiller comme ils l’entendent ».
Mais il a précisé que les Sénégalais vivant en France devaient respecter la culture, le mode de vie et les options des Français, tout en rappelant que lui-même était polygame, comme l’y autorise la religion musulmane, alors que la polygamie est interdite en France.
Dans une intervention courageuse, Jean-Luc Mélenchon a répondu :
« Je suis le premier législateur français qui a déposé un texte de loi à propos de la possibilité du mariage homosexuel …. J’assume ma position politique » et il a continué sous les huées des étudiants : « si on ne peut pas se parler franchement, on ne se parle pas. ».
Ce brutal coup de semonce du premier ministre, ne peut que nous faire réfléchir au fossé qui nous sépare des valeurs éthiques anti occidentales prônées dans la grande partie des pays du Sud anti impérialiste, et au rôle de la religion. Le Pape ne bénirait-il pas cette proclamation faite au nom de l’Islam, tout comme le désormais très chrétien orthodoxe Vladimir Poutine, voire le guide suprême de la révolution islamique iranienne ? Et comme, il y a quelques décennies encore, la majorité de la population française ouvertement homophobe.
L’exaltation des anciennes coutumes nationales et religieuses apparaît dans ce grand Sud comme un facteur essentiel de résistance au néo colonialisme et à l’impérialisme occidental.
Il faudrait être aveugle pour ne pas le constater, comme le fut en son temps le grand Michel Foucault devant la révolution islamiste iranienne, dans laquelle il ne voyait que la revanche des pauvres et des dépossédés.
Comme si la perpétuation de coutumes ancestrales dans un contexte religieux était en soi un facteur progressiste...
Rappelons par exemple que si l’excision est officiellement interdite au Sénégal, elle est encore largement pratiquée.

Bref, voilà de quoi faire réfléchir tous ceux, et j’en suis, qui condamnent fermement le néo colonialisme et soutiennent la juste lutte des peuples pour leur liberté.
Ces causes oh combien justes peuvent aussi, dans des situations complexes, servir de marche pied à des entreprises religieuses intolérantes que nous n’aimerions pas voir triompher chez nous. Ainsi l’islamisme radical et intolérant du Hamas a pu surfer sur la juste cause du peuple palestinien acculé au désespoir.

Pour autant, je n’ai aucune envie de me retrouver, en réaction aux propos du premier ministre sénégalais, dans les rangs exacerbés et le confusionnisme de celles et ceux que Libé présente dans sa Newsletter féminisme et genre : "Au programme, luttes féministes, intersectionnalités, sexualité, égalité, combat LGBTQI+, études de genre".
La cause des femmes, me semble-t-il, n’a rien à gagner en s’enlisant dans les vaticinations sur le genre. Elle risque d’y perdre le large support social dont elle a plus que jamais besoin.
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