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Après l’anniversaire du Débarquement, quelques considérations sur l’Ukraine pendant la guerre, et sur les rapports des États-Unis et de l’URSS avec la France de 1939 à 1944.

jeudi 13 juin 2024, par René Merle

J’ai constaté, comme vous peut-être, quelques approximations et manipulations d’histoire lors de la commémoration du débarquement allié.
Déformation d’ancien prof. d’histoire, je donne ici pour les lectrices et lecteurs de ce site quelques précisions, que vous pouvez facilement vérifier et approfondir, si l’envie vous en prend, en consultant Internet, et encore et surtout par de bonnes lectures.

Rappelons d’abord, pour qui en ignorerait, que l’URSS est entrée en guerre à partir de l’agression allemande du 22 juin 1941, et que les États-Unis sont entrés en guerre à partir de l’agression japonaise du 7 décembre 1941.
L’URSS, occupée dans toute sa partie européenne, a compté de 20 à 21 millions de morts, soit 10 % de la population, en assumant en Europe un rôle capital dans la lutte contre les Nazis.
Les USA (140 millions d’habitants) ne furent pas touchés par la guerre sur leur sol américain. Ils perdirent 292000 morts dans les combats et 114 000 pour des causes annexes.

L’Ukraine dans le conflit germano-soviétique.

Le drapeau ukrainien a flotté sur les plages normandes, alors qu’aucun emblème n’ait rappelé le rôle majeur de l’URSS dans la défaite du nazisme.
L’Ukraine, faut-il le rappeler, faisait immémorialement partie de l’empire russe des tsars, et fit donc partie de l’Union soviétique jusqu’à son auto dissolution.
Mais les frontières occidentales de l’Ukraine avaient subi d’importantes modifications après la guerre de 1914-1918.
Jusqu’à la fin de la guerre de 1914-1918, la partie Est de l’Ukraine actuelle faisait partie de l’Empire austro-hongrois. Elle fut rattachée à la Pologne créée alors avec des fragments de la Russie, de l’Allemagne et de l’Empire Austro-Hongrois.
Des nationalistes ukrainiens menèrent alors une lutte armée contre l’occupation polonaise.
En 1939, cette partie ukrainienne du territoire polonais fut occupée par l’URSS. Elle mena une dure répression contre les nationalistes ukrainiens qui avaient déjà officiellement mis tous leurs espoirs dans l’Allemagne nazie.

L’Ukraine et la Biélorussie furent les premières envahies par la très rapide progression de l’armée allemande en juin 1941.
Les troupes allemandes s’y livrèrent à des actes d’une sauvagerie inouïes, mais, hélas, avec la participation d’une fraction de la population locale.
Dès leur arrivée, les nazis encouragèrent la population à se livrer à d’abominables pogroms, et notamment dans cette partie occidentale de l’Ukraine. Les atroces pogroms de Lwöv (aujourdhui Lviv) ont été amplement documentés par les photos que prirent les soldats allemands, amusés de voir des milliers de juifs des deux sexes de tous âges massacrés par des civils ukrainiens dans les rues de la ville.
Puis, très rapidement, dans la progression vers l’Est de l’armée allemande, fut organisée la liquidation massive, des cadres communistes de tous échelons, et encore l’extermination physique de la population juive. L’opération, qui fit un million et demi de victimes juives fut menée par les Einsatzgruppen (unités de tueries mobiles à l’Est), la Waffen SS, la police allemande et des unités de nationalistes ukrainiens.
Mais les Allemands, qui voulaient simplement réduire tous les slaves en esclavage (Ukrainiens compris), ne permirent pas à ces nationalistes de créer un état ukrainien pro nazi. Une partie d’entre eux mena alors une lutte armée à la fois contre les Allemands et contre l’Armée rouge. Une autre partie s’engagea entièrement du côté des Allemands et commit d’innombrables atrocités.
Un des leaders de ce nationalisme ukrainien, Stepan Bandera, est aujourd’hui considéré comme un héros national en Ukraine. Un monument est érigé en son honneur. Son drapeau et ses insignes ont, hélas, été salués officiellement dans la nouvelle Ukraine d’après 2014, et c’est seulement depuis le début de l’invasion russe que le gouvernement ukrainien a prudemment occulté ces emblèmes.
On consultera avec profit à ce sujet cet article du Times of Israël :
https://fr.timesofisrael.com/le-petit-fils-dun-fasciste-ukrainien-et-lheritage-de-la-collaboration-nazie/
L’image d’un Ukraine unie résistant à l’invasion allemande est donc totalement fausse.
Mais il faut souligner que, en plus des Ukrainiens incorporés dès le début du conflit dans l’Armée Rouge, de nombreux groupes de partisans ukrainiens ont combattu l’occupant nazi.

Voici maintenant quelques précisions historiques concernant l’engagement soviétique et l’engagement des États-Unis vis-à-vis de la France pendant le conflit.

Relations de la France et de l’Union soviétique pendant la guerre :

Sous la Troisième République :

Frustrée par les accords de Munich (1938) par lesquels le Royaume Uni et la France cédaient sans consultation soviétique la Tchécoslovaque à l’Allemagne, frustrée par l’échec des négociations franco-soviétiques de l’été 1939, et désormais décidée à éviter une entrée en guerre pour laquelle elle n’était pas prête, l’URSS signa le 23 août 1939 le pacte de non-agression germano-soviétique.
Le 1er septembre, l’Allemagne envahit la Pologne, alliée de la France et du Royaume Uni.
Le 3 septembre 1939, à la suite du Royaume Uni, la France déclare la guerre à l’Allemagne.
Le 17 septembre, alors que l’Allemagne occupe la majorité du territoire polonais, l’URSS envahit l’Est de la Pologne et prend possession de l’Est de l’Ukraine et des territoires russes abandonnés à la Pologne après la guerre soviéto-polonaise de 1919-1920.

La Pologne étant alliée de la France, le gouvernement français considéra donc l’URSS comme ennemie, et mena dans l’opinion une violente campagne antisoviétique, sans pour autant rompre des relations diplomatiques maintenues formellement.
Le 26 septembre 1939, le gouvernement français (dernier gouvernement du Front populaire) décida la dissolution du Parti communiste français.
Après le déclenchement de la guerre soviéto-finlandaise (30 novembre 1939), le gouvernement français prépare une intervention militaire anti soviétique en Finlande et une opération contre le Causase soviétique à partir du protectorat français de Syrie.
La paix soviéto-finlandaise du 12 mars 1940 annulera ces projets.

Sous l’État français de Pétain :

France défaite en juin 1940, et dirigée à partir du 17 juin par le maréchal Pétain qui mit fin à la République en instaurant « l’État français »,

Suite à la défaite militaire française de mai-juin 1940, le maréchal Pétain obtient la totalité des pouvoirs le 10 juin 1941, grâce à ce qui demeurait de l’Assemblée du Front populaire, alors que naît à Londres la France libre du général de Gaulle.
Pétain est violemment anti communiste et antisoviétique. Mais il ne rompt pas les relations diplomatiques avec l’URSS : le 10 octobre 1940, un consulat soviétique est établi à Vichy, il se transforme en ambassade dirigée par un diplomate de haut vol, Bogomolov.
Lors de l’annexion des pays baltes par l’URSS en août 1940, Pétain cède sans problème à l’URSS l’or balte détenu en France et la clé des légations de l’Estonie, de la Lettonie, et de la Lituanie.
L’Allemagne envahit l’URSS le 22 juin 1941, et le gouvernement de Vichy rompt alors ses relations diplomatiques avec l’URSS le 30 juin.
Le 8 juillet 1941, à l’initiative des partis collaborationnistes, et avec l’accord du gouvernement est créée la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme (LVF) qui combattra sur le front de l’Est au côté des Allemands.

Sous la France libre du général de Gaulle :

Après le débarquement en Afrique du Nord, où les troupes alliées durent initialement combattre les forces françaises pétainistes, les États-Unis installèrent un régime de semi-protectorat (accord général Clark – Darlan du 22 novembre 1942) qui laissa pratiquement en place l’administration pétainiste, mais qui confiera bientôt le pouvoir au général Giraud. Le général de Gaulle fut soigneusement tenu à l’écart, et, lors de son arrivée en trouble-fête en mai 1943, il se verra contraint de passer sous les ordres du général Giraud.
Après la victoire définitive en Afrique du Nord des forces alliées sur les troupes de l’Axe, en novembre 1943, les Alliés consentirent à laisser à de Gaulle les pleins pouvoirs.
À noter que les Américains tolérèrent l’agitation nationaliste algérienne, au grand dam de la population européenne et de l’administration demeurée fondamentalement pétainiste.

Relations de la France et des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sous le gouvernement Pétain :

L’ambassadeur étatsunien quitte la France au lendemain du vote du 10 juillet attribuant tous les pouvoirs à Pétain.
Les États-Unis seront alors représentés à Vichy par un chargé d’affaires, jusqu’à ce que le 5 janvier 1941 arrive le nouvel ambassadeur nommé par Roosevelt, l’amiral William Leahy.
Celui-ci ne cachera pas ses préventions contre la France Libre et le général de Gaulle.
Suite à l’agression japonaise du 7 décembre 1941, avec l’entrée en guerre des États-Unis contre le Japon, l’Allemagne et l’Italie, l’ambassadeur représente donc un pays en guerre contre l’occupant allemand de la France.
Il est rappelé aux États-Unis le 20 avril 1942, et les États-Unis ne sont plus représentés à Vichy que par un consulat, jusqu’au débarquement étatsunien en Afrique du Nord toujours sous administration pétainiste. Le gouvernement de Vichy rompt alors ses relations avec les États-Unis.

Sous la France libre du général de Gaulle :

Le dialogue France libre – URSS est noué dès septembre 1941, trois mois après l’invasion allemande de l’URSS.
Le général de Gaulle voit dans l’URSS un utile contrepoids face à l’indifférence britannique, voire à l’hostilité étatsunienne. Il s’inscrit dans la traditionnelle politique française d’alliance à l’Est pour encercler l’Allemagne.
Un symbole majeur de cette alliance fut la création en novembre 1942 de la célèbre et glorieuse escadrille aérienne française Normandie-Niemen, intégrée dans les forces soviétiques.
De son côté, l’URSS, sans la moindre illusion sur les buts politiques du Général, ne cessera de considérer l’engagement gaulliste comme un aiguillon important encourageant les Alliés britanniques et étatsuniens à ouvrir un second front à l’Ouest.
Ce second front sera décidé par Roosevelt et Staline lors de leur rencontre à Téhéran fin 1943.
Dès lors, les liens de l’URSS avec la France libre n’apparurent plus comme une priorité, mais l’URSS considèrera comme évidente la participation de la France libre dans l’ouverture de ce second front. Il s’agissait de permettre alors la création d’un gouvernement français patriotique sur le sol français évitant que la France pétainiste, donc ennemie, ne devienne provisoirement un protectorat américain, comme l’avait prévu Roosevelt.

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