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Macron, Glucksmann et le refus de la "radicalité"

lundi 26 août 2024, par René Merle

Ces quelques lignes ne s’adressent qu’aux lectrices et lecteurs qui souhaiteraient voir, enfin, advenir une vraie politique de gauche.
Le coup de poker de Jean-Luc Mélenchon met le Président au pied du mur : puisqu’il n’est plus question de ministres LFI, notre monarque doit nommer Lucie Castets, ou alors refuser, ce qui signifie que c’est le programme du NFP qu’il refuse, et donc qu’il refuse le verdict du suffrage universel. À ses risques et périls.
Nous le saurons dans les prochains jours.
En tout cas, l’épisode a le grand mérite de poser plus clairement le programme de la radicalité, une radicalité que bien des élus du NFP récusent (Hollande et Glucksmann au premier chef). Ils avaient accepté ce programme pour être certains d’être élus. Mais ils étaient tout aussi certains que cette union des gauches n’aurait pas la majorité. Si d’aventure un gouvernement de gauche advenait, les voilà pris aussi au piège que Macron essaie de dénouer. Comment gouverner sans appliquer le programme sur lequel on a été élu ?
Je reviens sur une intervention récente du leader du groupuscule « Place publique », avalisé en dirigeant national par le parti socialiste, Raphaël Glucksmann , qui le 20 août 2024, déclarait dans le Point :
« J’avais cette tendance française à confondre compromis et compromission, mais j’ai appris et compris. Il faut rompre avec l’esthétique de la radicalité, qui n’est en fait que du sectarisme et empêche justement toute transformation radicale, en finir avec le mythe de la toute-puissance et délaisser Jupiter comme Robespierre. Et donc tourner la page Macron et Mélenchon ».
Le problème de « tourner la page Mélenchon » serait donc réglé pour un gouvernement socialistes-écologistes.
Mais qui l’emporterait alors dans le camp d’un socialisme hésitant entre fidélité au programme et abandon plus ou moins rapide ?
Dans le blocage politique actuel, on comprend que le courant socialiste libéral, jusqu’à présent bien laminé par le macronisme, se sente repousser des ailes, et se pose en parti légitime de gouvernement, face à LFI, son alliée de pure circonstance électorale anti RN.
Ce courant, comme le coucou, a posé ses œufs dans le nid du NFP, et entend bien, à l’usure, en prendre la direction.
Ce ne serait pas la première fois que la socialdémocratie, désormais muée en social libéralisme, renaisse de ses cendres. J’en traitais déjà en décembre 2018 : Mort du Parti socialiste ? Ou du Phœnix sans cesse renaissant.
En ce qui me concerne, cette opposition radicalité – réformisme me paraît bien artificielle ici.
Si l’on redonnait au mot « radicalité » son sens étymologique, il serait aisé de montrer que cette opposition entre un socialisme fréquentable, et positif, et une radicalité stérile à la Jean-Luc Mélenchon ne tient pas la route.
Il ne s’agit en fait que d’une querelle de préséance dans le même camp.
Il serait en effet bien difficile de trouver une radicalité visant à transformer vraiment la nature du régime capitaliste dans les différents courants du NFP, sinon une fausse posture du côté de LFI, portée par un Mélenchon qui ne rêve que d’endosser l’habit du monarque constitutionnel, tout en se couvrant d’un pseudo révolutionnarisme à la Mitterrand d’avant 1981 : Quand François Mitterrand était révolutionnaire. Ou de l’héritage stratégique de Mitterrand. Mélenchon, qui a toujours clamé son attachement à Mitterrand, a donc été à bonne école.
Ce n’est pas, me semble-t-il, la nécessité de réformes qu’il faille mettre en cause. L’expérience historique nous montre que, depuis la Troisième République, au travers de luttes politiques et sociales, des réformes fondamentales ont pu être mises en place. Et à l’évidence la situation actuelle exigerait des réformes d’urgence, comme l’arrêt de la destruction des services publics ou le retour sur la réforme des retraites.
Tout le problème est dans la capacité de ceux qui proposent ses réformes à les mettre en œuvre une fois leur arrivée au pouvoir. Hélas, les expériences gouvernementales Mitterrand, Jospin, Hollande nous ont montré que les promesses de réformes se sont vite envolées les élections passées. Comme si le recul devant l’obstacle et le reniement étaient dans la nature de ce « socialisme de gouvernement » donneur de leçons. Un « socialisme de gouvernement » dont l’idéologie repose sur le statut quo social saupoudré de réformettes sociétales. En fait, de cette gauche au RN, la seule perspective est celle d’un maintien de la politique « libérale » actuelle.
On peut parier que sans la structuration d’un véritable parti de gauche, radical dans sa stratégie, politique dans sa tactique, l’expérience NFP capoterait.
Naturellement, Jean-Luc Mélenchon estime que ce parti existe déjà, puisque c’est le sien. On peut en douter.
Concrètement, par son coup de poker, le leader LFI en mettra pas les mains dans le cambouis en soutenant sans participer. Il compte ainsi préserver toutes ses chances pour 2027 alors que ses partenaires seraient rapidement discrédités par l’échec programmé.
Mais la politique n’est pas une science exacte.
Et Mélenchon lui aussi peut-être mis à mal dans l’aventure.
Ce qui, je le répète, relance encore plus, sur le long terme des années à venir, la nécessité de voir advenir un vrai parti de changement démocratique et social, à la doctrine claire, et à l’ancrage populaire, ancrage qui, pour l’heure, est encore problématique.

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