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Yves Michaud. Du grégarisme et de la démocratie
dimanche 29 septembre 2024, par
J’ai déjà donné sur ce site un extrait du remarquable ouvrage de Yves Michaud, L’Art, c’est bien fini, Essai sur l’hyper-esthétique et les atmosphères, NRF Essais, Gallimard, 2021 Sur la mort "imprévisible et incompréhensible".
J’y reviens avec cette courte citation qui me paraît plus que de circonstance :
« Quant à l’individualisme contemporain, dénoncé partout comme source de tous les maux, que ce soit la consommation compulsive, la montée des égoïsmes, la crise de la démocratie et que sais-je encore, c’est un mythe.
On devrait plutôt être frappé du caractère grégaire de comportements ultra-conformistes. Les Narcisse contemporains sont tous uniques et font tous la même chose dans des atmosphères qui les fondent et les mettent à l’unisson : atmosphères de crise, de victoire (les « états de grâce » politiques), d’euphorie ou de déprime politique ou morale (« le moral des chefs d’entreprise », « le moral de la jeunesse »), vagues de bienveillance ou de compassion (la « crise » des migrants de 2015 et l’ouverture des cœurs et des frontières), paniques sanitaires, hooliganisme de supporters, agressions de bandes en mode mobbing animal, frénésies de jours de soldes ou de Black Friday, modes alimentaires, circulations de rumeurs et de mensonges.
Si aujourd’hui la démocratie est en crise, les complots de groupes clandestins conspirationnistes ou les machinations de tel président à vie du côté de l’Oural n’en sont pas la cause. Ce n’est même pas que les citoyens irresponsables et ignorants aient oublié leurs devoirs civiques. C’est que l’atmosphère démocratique s’est dégradée au fil des scandales, excès, corruptions, arrogances politiciennes, comédies médiatiques, hypocrisies en tous genres. L’atmosphère des démocraties n’est plus porteuse de promesses, elle est sombre, dépressive et délétère, et ce ne sont pas de purs remèdes de circonstance comme les assemblées citoyennes de la démocratie participative qui peuvent revenir sur cette détérioration au long cours d’une atmosphère désormais installée et pesante. »