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Eschyle, le sort des vaincues
mercredi 23 octobre 2024, par
Eschyle, Les Sept contre Thèbes, 467 avant J.-C. [1]
L’armée ennemie est aux portes de Thèbes, et le chœur se lamente.
Ce serait grand’ pitié qu’on vît ainsi descendre
une ville immémoriale
Dans la nuit éternelle : asservie par les lances
Qui auront fait d’elle leur proie,
Pulvérisée en cendres
Et saccagées ignoblement
Par les gens d’Achaïe… et la grâce des Dieux !
Et que, veuves et orphelins,
Les femmes, ha éah ! les vieilles et les jeunes
Par les cheveux fussent traînées comme pouliches,
Leurs robes lacérées… Et la Ville se vide,
Et l’on voit, à grands cris, en tumulte confus,
Marcher vers l’abattoir tout ce butin de femmes…
J’aperçois avec épouvante
Se dessiner de lourds désastres.
Ce serait grand’douleur pour tant de jeunes filles
élevées en toute décence,
d’avoir à cheminer, avant l’heure du rite
qui préside à leur cueillaison,
vers un horrible exil.
[…]
Et de jeunes captives,
malheureuses dont l’âme est neuve à la souffrance,
proies de guerre, feront le féroce bonheur
couchées sous lui, d’un mâle ivre de sa victoire.
Pareille clameur n’a cessé de s’élever depuis, et s’élève encore aujourd’hui !
[1] Les Tragiques grecs, traduction Victor-Henri Debidour, La pochothèque, Le Livre de poche, 2003