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Décivilisation

jeudi 7 novembre 2024, par René Merle

Alors que de plus en plus, dans toute la France désormais, les très jeunes « petites mains » du trafic de drogue s’entretuent, au risque de balles perdues pour les passants, un mot est redevenu d’actualité : « décivilisation ». Mot qu’employa notre président en mai 2023 : il venait de lui être soufflé par Jérôme Fourquet lors d’un déjeuner de sociologues à l’Élysée.
Or ce terme, on le sait, avait été vulgarisé dès 2011 (Fayard) par l’ouvrage éponyme de l’essayiste d’extrême droite Renaud Camus, et repris depuis dans les rangs de la droite comme de l’extrême droite, qui dénoncent l’ensauvagement de notre société [1].
Et nos Belles Âmes de la gauche de traiter aussitôt le président de complaisance avec l’extrême droite.
De fait, si Emmanuel Macron ignorait sans doute le sens que donnait Renaud Camus à ce terme [2], le propos présidentiel visait une situation sur laquelle les dirigeants de la droite et de l’extrême droite surfent depuis des années, profitant de l’émotion justifiée de l’opinion devant l’intensification des grossièretés, des incivilités, des mufleries, des faits divers insupportables (rixes, chauffards assassins, agressions du personnel médical, etc.) auxquels les médias donnent immédiatement un écho amplifié. Mais à ce constat du nombre croissant d’individus de plus en plus incapables de respecter les règles du savoir-vivre en commun, s’ajoute bien sûr ce constat tragique de la violence meurtrière liée à la lutte des clans de la drogue, que le ministre de l’Intérieur désigne comme une « mexicanisation » de la société française.
Les Belles Âmes de la gauche et de LFI se tireraient une balle dans le pied en minimisant la réalité de ce que l’opinion populaire ressent.
Certes elles ont beau jeu de dénoncer le peu de résultats des gouvernements de droite qui, malgré les efforts de la police, ont accumulé lois, décrets, et coups de menton inefficaces, en durcissant chaque fois le ton.
Mais que proposent-elles ?
Depuis longtemps, Jean-Luc Mélenchon, par exemple, se défend de tout angélisme en revendiquant une politique sécuritaire fondée sur la prévention, et la nécessité de frapper à la tête les détenteurs du flux financier engendré par cette délinquance, plutôt que de réprimer les consommateurs englués dans l’addiction. Tolérance devant l’addiction qui vient encore récemment se révéler avec l’attendrissement de LFI devant un de ses députés pris en flagrant délit d’achat de drogue. Mais aussi et surtout sous-estimation de l’indignation populaire devant cette dégradation du « vivre en commun », indignation qui ne peut que faire le jeu de la droite et du RN si la gauche continue à s’en tenir à des incantations sur la police de proximité, et, il faut bien le dire, à un refus de condamner clairement ce que Marx en son temps appelait le lumpenproletariat.
Les puissants réseaux internationaux du trafic de drogues commencent donc à mettre la main sur la France, comme ils l’ont déjà fait chez certains de nos pays voisins. Peu au fait de cette donne internationale et des commanditaires de l’ombre, l’opinion s’en tient au ressenti devant l’actualité française, et à la condamnation morale de cette jeunesse en perdition.
Rappelons seulement à ceux qui pensent que le système capitaliste n’est pas une si mauvaise chose puisqu’il maintient notre train de vie et garantit la solidité du « monde libre », que ce trafic de drogues qui, dans notre hexagone, empoisonne les classes populaires des villes et des campagnes [3], mais aussi, ne l’oublions pas, les classes dites supérieures, n’est en fait qu’une mise en abîme de la réalité de l’économie capitaliste, débarrassé de toute fioriture humanitaire. Le capitalisme revisité dans sa nature sauvage. dont l’objectif premier est la recherche du profit et de l’accumulation des richesses
Promotion de marchandises afin de créer l’addiction des consommateurs, maitrise des flux, concurrence impitoyable, prise de possession des lieux stratégiques de vente, implantation sur les territoires des concurrents (colonisation en quelque sorte), rien ne manque au tableau de ces délinquants qu’il faudrait quand même arrêter de nous présenter comme des victimes de l’ordre social.


[2] Présentation de l’éditeur : « Décilivilisation est le livre frère de La Grande Déculturation. Comme il faut espérer que tous les lecteurs du nouveau volume n’auront pas lu le précédent, il commence par le reprendre, sous des angles nouveaux, avant de le prolonger, mais vers l’amont, si l’on peut dire, d’aller en deçà, de s’interroger sur des problèmes qui sont antérieurs et, si l’on veut, plus fondamentaux encore que ceux qui étaient abordés dans le premier de ces deux essais.
Si La Grande Déculturation se penchait sur les questions relatives à l’école, Décivilisation fait porter la réflexion sur un amont de l’école, sur l’éternelle distinction entre instruction et éducation, sur les obstacles à la transmission — des connaissances, mais aussi des aptitudes à la vie en société — tels qu’ils se manifestent dans les nouveaux rapports entre les générations, à l’intérieur des familles, au sein d’une société où l’exigence d’égalité, s’étant imposée entre les sexes, prétend triompher aussi entre les âges, à présent, entre les niveaux d’expériences, entre ce qui surgit et ce qui est consacré par le temps (et du coup ne l’est plus).
Y a-t-il des limites à l’égalité, y a-t-il des champs où la démocratie soit hors-champ, et, si oui, lesquels : la famille, la culture, l’art, l’art de vivre ? et, si non, quelle société nous est promise ? »
Camus ne l’avait d’ailleurs en rien inventé le mot. On le retrouve notamment dans les travaux des sociologues qui, comme Norbert Elias, au moment de l’avènement du nazisme, étudièrent la destruction de l’individu par la massification politique. Vous trouverez sur Internet quantité d’articles à ce propos, et notamment :
https://charliehebdo.fr/2023/06/politique/decivilisation-gauche/

[3] Empoisonnement connoté folkloriquement parfois de références mafieuses et ethnique : la DZ mafia, un des deux clans rivaux du narco trafic marseillais, affiche clairement son tropisme algérien (Djezaïr, l’Algérie).

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