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Jaurès et la Révolution

vendredi 15 novembre 2024, par René Merle

L’introduction par Jaurès de l’Histoire socialiste de la France contemporaine (Jules Rouff, 1901), commence ainsi :
« C’est du point de vue socialiste que nous voulons raconter au peuple, aux ouvriers, aux paysans, les événements qui se développent de 1789 à la fin du XIXe siècle. Nous considérons la Révolution française comme un fait immense et d’une admirable fécondité ; mais elle n’est pas, à nos yeux, un fait définitif dont l’histoire n’aurait ensuite qu’à dérouler sans fin les conséquences. La Révolution française a préparé indirectement l’avènement du prolétariat. Elle a réalisé les deux conditions essentielles du socialisme, la démocratie et le capitalisme. Mais elle a été, en son fond, l’avènement politique de la classe bourgeoise.
Peu à peu le mouvement économique et politique, la grande industrie, la croissance de la classe ouvrière qui grandit en nombre et en ambition, le malaise des paysans écrasés par la concurrence et investis par la féodalité industrielle et marchande, le trouble moral de la bourgeoisie intellectuelle qu’une société mercantile et brutale offense en toutes ses délicatesses, tout prépare une nouvelle crise sociale, une nouvelle et plus profonde Révolution où les prolétaires saisiront le pouvoir pour transformer la propriété et la moralité. »

Trente ans après la Commune, pour Jaurès, cette révolution ne peut être que démocratique et pacifique.
On peut lire à ce sujet :
Jaurès et la Commune 1907
Jaurès sur la Révolution française
On sait, hélas, ce qu’il est advenu de cet optimisme.

Un siècle à peine séparait cette publication de 1901 des débuts de la Grande Révolution, mais quel siècle ! Dans leur apparence, les foules de 1791 et les rues de la grande ville sont si clairement différentes de celles de 1901. Et ce regard sur les livres d’images ouvre sur d’immenses bouleversements scientifiques, sociaux, militaires, culturels...
Bien plus d’un siècle nous sépare du Jaurès de 1901, et pourtant, malgré les bouleversements du XXème siècle, Jaurès de 1901 est déjà dans notre monde de la voiture, de l’électricité, et sa façon de se vêtir ne diffère guère de la nôtre. Mais dans ce long terme d’un siècle prolongé se sont anéanties les espérances et les prévisions de Jaurès.
Quels sociaux démocrates, ou plutôt quels sociaux libéraux d’aujourd’hui pourraient reprendre à leur compte ce proche futur dessiné par Jaurès, eux qui sont devenus, comme l’écrivait déjà Léon Blum, des gérants loyaux du capitalisme [1]. Au point, ce que Léon Blum n’aurait certes pas imaginé, de devenir des alter ego interchangeables avec la droite, dans la mise en œuvre de la grande mutation du capitalisme annoncée dès les années 1980. Il ne s’agit plus de gérants attendant un changement décisif, mais de suppôts d’un capitalisme proclamé à jamais vainqueur.


[1] . Cf. le discours de Léon Blum en 1946 : "Quand nous exerçons, ou partageons le pouvoir, dans le cadre de la société capitaliste, nous le faisons de bonne foi. Nous le faisons dans l’intérêt de la classe ouvrière, mais aussi dans l’intérêt général de la nation. Nous sommes des gérants honnêtes, loyaux".
https://www.lours.org/archives/default3b70.html?pid=308

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