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Dieu est-il vraiment mort ?

dimanche 26 janvier 2025, par René Merle

J’écrivais à la fin de l’article Nietzche, du dernier homme et du surhomme... : « J’ai bien des réserves à faire sur tout cela. J’y reviendrai donc ».
Eh bien, j’y reviens, avec quelques questions, pour enfoncer des portes a priori déjà ouvertes, mais peut-être pas ouvertes pour tous.

Je pose aujourd’hui la première question : Dieu est-il vraiment mort ?
Je devrais plutôt écrire ; je me la pause, cette question, car, n’étant pas croyant, je ne peux que porter un regard, qui n’a rien de scientifique, sur un ensemble de phénomènes complexes.
Sans aller chercher sur d’autres continents, où la divinité (ou les divinités : cf. l’Inde) ne se portent pas mal, me semble-t-il, (admirez Poutine faisant bénir les médailles militaires par le patriarche orthodox de Moscou et de toutes les Russies), voyons ce qui se passe chez nous.
Chez nous, il y a belle lurette que l’église catholique n’exerce plus une fonction de légitimation sociale d’un pouvoir non républicain. Nos aïeux ont réglé l’affaire, sur laquelle personne (ou presque) ne revient.
Mais aujourd’hui ?
Pour savoir si Dieu est vraiment mort par chez nous, il faudrait sonder les âmes et les cœurs de ceux pour qui la religion chrétienne est vécue comme un héritage auquel l’on ne sacrifie plus que quelques actes rituels et jugés socialement nécessaires (baptêmes, communion, mariages, obsèques). Quels rapports ont-ils vraiment avec la divinité ?
Mais j’ai aussi rencontré d’autres croyants.
Pour avoir œuvré avec les prêtres ouvriers de La Seyne, au temps où La Seyne était une ville ouvrière, j’ai pu constater la profondeur de leur foi, qu’ils mettaient au service de la cause de la dignité ouvrière. Certains d’entre eux avaient vécu des années en Amérique du Sud une pratique inspirée de la théologie de la libération et de la justice sociale, qui déplut tant au pape d’alors.
Mais dans la rencontre avec ces croyants, je ne quittais pas en fait le camp du jeune militant communiste que j’étais alors. Nous étions politiquement (au sens large) du même bord.
La triste expérience de l’hébergement de notre fille dans un Ehpad m’a permis de rencontrer des croyants dont je ne partage pas les opinions conservatrices, mais qui, sans esprit de prosélytisme, sont admirables de sollicitude et d’empathie avec les résidents, qualités qui, hélas , ne peuvent pas toujours être celles d’un personnel soignant surchargé et épuisé.
Bref, j’ai pu constater certains catholiques comme chez certains protestants une vraie présence de la foi, une foi en actes, dont je ne déroulerai pas ici les épisodes.
Quid alors de la vitalité d’un conservatisme catholique politiquement à droite et socialement situé dans les couches moyennes et « supérieures »., dont les épisodes de l’école dite libre et du refus du mariage pour tous, de la maternité par délégation, de l’adoption problématique et de la location du ventre des femmes ont amplement témoigné ? Je ne cache pas que je me retrouve dans la condamnation de certaines dérives sociétales, sans pour autant, évidemment, me retrouver dans la version politique de ce conservatisme catholique dont j’ai pu mesurer parfois l’intolérance et l’agressivité dans le diocèse d’un évêque que le Vatican s’est enfin résolu à mettre à la retraite.
Contre la libéralisation anarchique et jouisseuse de la sphère privée, ce catholicisme pose des barrières solides que le pape actuel ne cesse d’évoquer, en condamnant d’une part le cynisme et l’égoïsme engendrés par la société moderne (il n’ose employer le mot « capitaliste ») , mais en condamnant aussi violemment les droits acquis des femmes, notamment celui de l’avortement.

Mais regardons aussi du côté de la forte vitalité des religions importées.
D’une part la présence massive d’un Islam fortement vécu personnellement, et sans vraie hiérarchie d’appareil : un islam héritage bien sûr de l’immigration, mais aussi un Islam en net « revival » dans une jeunesse issue de l’immigration, mais née française. Nous frôlons là, à l’occasion, une idéologie dangereuse de soumission du pouvoir politique au pouvoir religieux détenteur de la Charia, à défaut des Dix commandements.
D’autre part, le développement d’un évangélisme protestant venu en droite ligne d’outre atlantique, qui se caractérise par la conversion personnelle et extatique de personnes adultes.
Dans les deux cas, et surtout dans le dernier, on le notera, ce renouveau religieux est un retour au communautarisme pour des personnes perdues dans une sphère privée livrée aux ravages du droit de l’individu (puisque tout est permis, décidons et profitons de tout…)

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