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Promesses et réalités de la gestion du Parti socialiste

vendredi 7 février 2025, par René Merle

François Hollande et Raphaël Glucksmann clament à qui veut les entendre que, dorénavant, le PS et ses maigres alliés sont la force principale autour de laquelle doit se former une nouvelle majorité.
Quand on connaît le bilan de leurs passages aux affaires, comme on dit, on est quelque peu effaré : le président Hollande a promu Macron comme ministre pour faire avancer ses réformes néo-libérales, et Raphaël Glucksmann a fait ses preuves de promoteur du néo libéralisme dans ses expériences gouvernementales en Géorgie et en Ukraine.

Nous voici donc repartis vers un nouvel avatar de cette opération idéologique, trois fois apparue en force salvatrice prometteuse de bonjours (1981, 1997, 2012) et trois fois démentie par sa gestion.
Certes, la critique de l’exercice du pouvoir par les socialistes devrait relever du lieu commun. Mais hélas l’ignorance de l’histoire, même récente fait que, sans doute, bien des citoyens qui n’ont pas vécu ou ont vécu très jeunes expériences précédentes vont à nouveau se laisser piper.
Il convient donc de leur rappeler les mensonges effrontés des dirigeants, et l’auto-illusion naïve des militants.

Faut-il rappeler le Programme socialiste de 1980 [1] ?
Ou celui du Parti socialiste en 1997 [2] ? Le Parti socialiste initia alors un gouvernement de la « Gauche plurielle » où la participation communiste fit perdre au PCF le peu qui lui restait dans l’opinion. Rappelons que dans ce gouvernement figuraient deux ex-révolutionnaires trotskystes, vite engagés dans « l’entrisme » au PS : Lionel Jospin et Jean-Luc Mélenchon.
Ou encore les promesses de Hollande en 2012, soutenues par son directeur de campagne Manuel Valls ?

Il est cruel, mais nécessaire, de comparer ces promesses à la réalité qui s’ensuivit.

À trois reprises, au nom de la « modernité », le parti socialiste a été un outil des plus efficaces pour accompagner le grand capital dans ses nouvelles exigences. Soumission aux « marchés », accélération de la désindustrialisation, éclatement de la classe ouvrière, privatisations, démission culturelle, casse des solidarités collectives, marginalisation du Parti communiste devenu roue de secours…
On se rappelle peut-être des numéros « Vive la crise » d’Yves Montand et Bernard Tapie, promus sous Mitterrand vedettes politiques du « changement », ou, plus récemment le néo libéralisme cinglant de Manuel Valls, et Myriam El Khomri et sa loi-travail.

Comment le Parti socialiste a-t-il pu faire accepter cette politique de régression sociale ?
Dans les couches populaires encore politisées pouvait subsister le souvenir d’une bien lointaine socialdémocratie réformiste de progrès social [3]. Las, l’illusion dura peu et comme on le sait, les électeurs populaires se réfugieront désormais dans l’abstention ou le vote Front national.
Dans les couches moyennes, où l’illusion d’un centre gauche salvateur était depuis longtemps installée, les désillusions inévitables furent compensées par des réformes sociétales, au point que le mariage pour tous et la défense des minorités sexuelles et de genre ont pris la place du salarié dans l’imaginaire néo socialiste.
Mutation idéologique renforcée par les penseurs médiatisés de la petite bourgeoisie intellectuelle, qui, débarrassés de tout marxisme, enrobèrent de bons sentiments, l’acceptation résignée, quand elle n’était pas enthousiaste, du thatchérisme. Ils justifièrent de leur autorité intellectuelle l’opération « République du centre », gouvernée par le sage parti socialiste [4].

Si aujourd’hui Hollande et Glucksmann, unis dans la promotion de l’autonomie du PS ne visent que l’élection présidentielle de 2027, où chacun jouera alors sa partie, quid des autres socialistes ? Le Parti socialiste n’est plus un parti de militants, mais un parti d’élu, municipaux, départementaux, régionaux. Or l’échéance des municipales de 2026 est proche, et il leur faudra, pour conserver un poste qu’ils doivent en grande partie au soutien des autres forces de gauche, éviter le totalitarisme impérial d’un Hollande ou le « nettoyez-moi ça » de Glucksmann. C’est bien ce que signifie aujourd’hui la prudence des leaders parlementaires du PS, qui n’ont pas envie de se faire traiter bientôt de sociaux-traitres…


[1] Parti socialiste, Projet socialiste pour la France des années 1980, Club socialiste du livre, Paris, 1980. Consultable sur Gallica.
En voici l’entame :
« Non ! La droite n’est pas au pouvoir pour vingt ans ! Non ! Les jeux ne sont pas faits ! Alors que le système qu’incarne M. Giscard d’Estaing produit chaque jour les fruits attendus (chômage, vie chère, dégradation du pouvoir d’achat, etc.), en face la résistance des travailleurs s’affirme toujours avec force. La possibilité du changement qu’avait fait apparaître l’Union de la Gauche de 1972 à 1977 reste vivante, malgré les difficultés, dans la conscience populaire. Le Parti socialiste vous dit que ce qu’on appelle « la crise » n’est pas une fatalité. La crise présentée par les dirigeants actuels du capitalisme mondial comme une conséquence de la division internationale du travail est en réalité le résultat d’une politique au seul service de l’argent et des privilèges. Il n’est pas vrai que les travailleurs soient condamnés à l’insécurité et à l’injustice, les citoyens à toujours moins de liberté ! La France n’a pas le dos au mur face au monde de demain ! Ses atouts sont nombreux, pour peu qu’elle sache porter son regard vers l’avenir et mobiliser ses capacités aujourd’hui inemployées. Un grand peuple ne supporte pas longtemps d’être privé d’un grand dessein : c’est l’ambition du projet socialiste que de lui en offrir un. »

[2] Préambule du programme du Parti socialiste pour les élections législatives de 1997
L’ENJEU DE CES ÉLECTIONS : UN CHOIX DE CIVILISATION
Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ?
Le président de la République a dissous l’Assemblée nationale par convenance.
Les Français doivent répondre en exprimant leurs convictions. Les élections législatives leur donnent l’occasion de se prononcer sur un choix de civilisation.
Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ? Quelle Europe voulons-nous construire ? Quelle France, voulons-nous proposer comme modèle ?
La France de demain doit être libre, forte et généreuse ; elle doit prendre sa pleine part à la construction d’une véritable communauté internationale, oeuvrer partout où elle le peut pour la paix, parler en pensant aux Etats les plus pauvres, militer pour l’indispensable prise en compte de l’environnement dans le développement économique. Cela commence en Europe.
Construire une Europe politique, au service de la démocratie.
Deux conceptions de l’Europe s’affrontent. L’une, fondée sur la dérégulation, la fin du service public et l’austérité pour les peuples, est celle de la droite. L’autre, que nous avons toujours défendue, est celle d’une Europe indépendante, tournée vers le progrès, l’amélioration des conditions de vie et d’emploi, l’affirmation d’un modèle social, la fidélité à notre civilisation. Aujourd’hui, les vrais Européens sont ceux qui refusent de laisser l’Europe glisser vers un ultra-libéralisme qui conduit inéluctablement à la dissolution de l’Union européenne. Construire une Europe politique, au service de la démocratie, de la croissance et de l’emploi, c’est rester fidèle à toute l’histoire de la construction européenne.
La mondialisation qui a saisi l’économie est une véritable mutation du capitalisme.
Si elle n’est pas maîtrisée, elle nous projettera dans l’économie du XXIe siècle, mais en rétablissant des rapports sociaux dignes du XIXe siècle. La République est aujourd’hui menacée dans ses valeurs mêmes : la Liberté, l’Egalité, la Fraternité.
Refuser le capitalisme dur.
La droite veut engager notre pays dans la voie du capitalisme dur. Pour justifier cette option, elle avance l’alibi de la "nécessaire adaptation" aux exigences nouvelles de la concurrence internationale. Quand une entreprise annonce des licenciements, la bourse s’envole : voilà la logique de ce capitalisme.
Sans résignation, ni scepticisme, les socialistes ont la volonté politique non de refuser les évolutions en cours, mais de les maîtriser. Nous voulons entrer de plain-pied dans l’économie du siècle prochain, mais dans le même temps bâtir le modèle de société du XXIe siècle. Nous avons besoin d’efficacité économique, mais inscrite dans la solidarité nationale. L’entreprise est immense, mais rien ne nous fera y renoncer.
Revenir au capitalisme du XIXe siècle ou construire une société de progrès et de solidarité pour le XXIe siècle : tel est l’enjeu de l’élection qui vient.
Plus de chômage, plus d’inégalités, plus d’impôts, plus d’exclusion, plus de précarité, voilà la "facture sociale" de la droite. La droite a échoué. Jamais, en si peu de temps, la situation économique et sociale ne s’était autant dégradée dans notre pays. Même si elle le dément, cette même droite prépare une purge libérale. Réduction des emplois publics, accélération des privatisations, démantèlement des services publics, remise en cause de la protection sociale : continuer ainsi, c’est accepter de poursuivre en l’aggravant une politique qui échoue depuis 4 ans.
Un choix clair vous est donc offert :
D’un côté, une société dominée par le libéralisme qui conduit inévitablement au règne sans contrôle de l’argent. De l’autre, une société moderne, fidèle à ses valeurs fondamentales, dans laquelle l’intérêt général est placé au-dessus de l’intérêt financier. Une société où l’Homme est au coeur de l’économie.
Pour changer de politique, il faut changer de majorité

[3] Dès la fin du XIXème siècle, le dirigeant socialiste allemand Eduard Bernstein proposa d’en finir avec l’inefficace idéologie révolutionnaire et de faire advenir un parti réformiste à même d’obtenir de grands progrès démocratiques et sociaux, sans toucher à la nature même du capitalisme.

[4] Voici la présentation de l’éditeur de l’ouvrage La République du Centre, la fin de l’exception française, paru en 1989 en poche.

« Au moment où elle manifeste un consensus jamais atteint depuis 1789 sur ses institutions, la France n’a plus de parti communiste puissant, ni de droite majoritaire. Elle est gouvernée au centre par un parti socialiste dominant, et comporte une extrême droite qui n’a jamais réuni tant de voix. De ce vaste et récent remue-ménage qui a bouleversé l’équilibre des forces de la Ve République, les auteurs de ce livre cherchent à comprendre les causes, et à mesurer les conséquences. Ce qui s’y joue va bien au-delà de la naissance d’une « République du centre » : c’est toute la culture politique héritée de la Révolution française, l’entrée de la France dans le droit commun des démocraties. On peut en concevoir, selon les cas, de la mélancolie, de l’inquiétude ou de l’espoir : sentiments qui ne sont pas incompatibles et qu’on trouve à doses variables dans les trois essais qui forment ce livre.

François Furet, historien de réputation internationale et journaliste au Nouvel Observateur, directeur de l’École des hautes études en sciences sociales, président de la fondation Saint-Simon.
Pierre Rosanvallon - Professeur au Collège de France, il a notamment publié, au Seuil, La Contre-démocratie, La Légitimité démocratique et La Société des égaux.
Jacques Julliard est directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur. »

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