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La tentation autoritaire plus que jamais présente
jeudi 13 février 2025, par
J’évoquais dans le récente article La tentation du pouvoir autoritaire la tentation de l’autoritarisme, présente dans notre histoire depuis plus de deux siècles, tentation que les péripéties politiques récentes sont susceptibles de dangereusement relancer.
J’ai souvent expliqué sur ce site que les républicains « modérés » de 1848, pour inscrire dans le marbre la République née en février, avaient fait voter en décembre une Constitution qui, fait absolument nouveau dans l’histoire républicaine, donnait le pouvoir exécutif à un président élu au suffrage universel (alors uniquement masculin). Mais la durée du mandat était de 4 ans, et le mandat n’était pas renouvelable.
Cf. par exemple : Pouvoir présidentiel, une anomalie française, imitée des USA
On sait comment le président rendit ce mandat permanent par un coup d’État et transforma la République en Empire, pour 20 années de pouvoir personnel.
La vie politique française ne sortit pas indemne de cet épisode. Même si le Second Empire s’acheva dans le déshonneur de la défaite de Sedan, même si, après l’épisode autoritaire Mac Mahon, les pères de la Troisième République ramenèrent la fonction de président, selon la plaisanterie consacrée, à celle d’inaugurer les chrysanthèmes, même si le bonapartisme résiduel ne fut bientôt plus que folklorique, l’idée du recours à un homme providentiel entièrement maître du pouvoir exécutif et effaçant le législatif, ne cessa de réapparaître dans les crises que connut la République, de l’agitation boulangiste (1885-1891) à l’affaire Dreyfus (1894-1906). La Ligue des patriotes de Déroulède, créée en 1882, évolua vite vers une condamnation d’une République où la souveraineté du peuple est confisquée par la dictature du législatif, c’est-à-dire par la dictature des partis [1]. D’où l’exigence de l’élection d’un chef de l’état au suffrage universel qui choisira et dirigera seul des ministres techniciens recrutés en dehors des partis, et qui ne seront responsables que devant lui.
Passé l’épisode sanglant de la guerre de 1914-1918, où, in fine, Clémenceau joua le rôle de cet homme providentiel tout puissant, le retour à une vie républicaine plus traditionnelle s’accompagna aussi du développement des nombreuses Ligues autoritaristes anti républicaines, plus ou moins factieuses (plutôt plus que moins).
L’État français du Maréchal Pétain, (appellation qui remplaça celle de République française de juillet 1940 à août 1944), entérina la victoire de ce courant subversif.
Certes, les études abondent sur le pétainisme, et les étudiants peuvent toujours, en vitesse, piocher dans la fiche Wikipédia. Mais qu’en est-il du souvenir du pétainisme dans l’opinion ? À vrai dire peu de choses, sinon, pour ceux qui en ont vaguement entendu parler, que le régime de Vichy fut un corps étranger introduit par la défaite devant l’Allemagne, auquel il était de bon ton d’opposer l’image d’une France massivement résistante à l’appel du Général de Gaulle.
Ce tour de passe-passe, qui, et ce n’était pas innocent, faisait le silence sur la tradition autoritaire antidémocratique ancrée dans notre histoire et n’a donc pas permis à la conscience collective de comprendre que le pétainisme était un aboutissement toujours menaçant. J’y reviendrai.
Dès avant la guerre de 1914, et dans l’entre deux guerres, le futur Général De Gaulle (qui fut alors proche de Pétain), a baigné dans un milieu conservateur où l’on flirtait volontiers avec la thématique des Ligues.
Il n’est donc pas étonnant qu’après la Libération il ait voulu, sans y parvenir, imposer une Constitution qui redonnait à l’exécutif la première place.
Cf : Du monocamérisme et du présidentialisme... et du RIC.
L’échec de 1946 fut seulement provisoire, puisque la Constitution de 1958-1962 réintroduisit l’élection du président de la République au suffrage universel (1962), et affirma sa totale domination sur le législatif… à condition que le pouvoir législatif soit confié à des « godillots », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui
Cf. : Pouvoir présidentiel - Constitution – Citoyenneté.
Le blocage actuel montre que ce type de Constitution est devenue inefficace.
Mais, dans ce qui nous pend au nez, rien ne prouve que l’opinion souhaite une VIème République démocratique débarrassée du boulet présidentiel. Tout au contraire, l’on sent monter dans une opinion lasse, en quête d’ordre et de sécurité, l’exigence d’un personnage tout puissant à la tête de l’État. Et si Marine le Pen entend bien en profiter, il n’est pas exclu que certains militaires ou ex militaires y pensent aussi.
Déjà, en avril 2021, Valeurs actuelles publiait une tribune signée de 1000 militaires, dont 20 généraux à la retraite des généraux à la retraite, qui appelaient à une réponse forte du gouvernement face au « délitement » du pays [2].
Public Senat la présentait ainsi « C’est une France « en péril », en proie aux « hordes de banlieue » et à la « guerre raciale » qu’ils décrivent. Face à cette situation, une seule réponse possible, « l’éradication de ces dangers » avec une armée qui serait prête à soutenir les personnalités politiques engagées dans une démarche de « sauvegarde de la nation ». Si rien n’est fait, « l’explosion » est prédite avec l’intervention de militaires dans une « mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles ».
L’épisode est peut-être déjà oublié, mais il n’est pas exclu que les braises couvent sous la cendre en cas de crise majeure, comme ce fut le cas en mai 1958 :
La crise algérienne, à l’origine du pouvoir hyper présidentiel français Retour sur le 13 mai 1958, une date que l’on ne commémore pas....
[1] Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire, 1885-1914, 1978, Folio poche 1997
[2] J’évoquais alors le manque de réaction du pouvoir dans le billet Appel des généraux. Le silence (provisoire ?) du Président et le bavardage des éditorialistes.
Messages
1. La tentation autoritaire plus que jamais présente, 16 février 2025, 19:31, par JEAN PAUL DAMAGGIO
Je viens de découvrir que la loi de 1940 sur "les corps municipaux" a repris les idées du Second empire sur le même sujet. Pétain enfant du Second Empire plus que d’Hitler. Merci pour ton rappel. jean paul damaggio