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Retour sur l’Assyrie

mardi 1er avril 2025, par René Merle

Il y a presque 60 ans déjà, avec mon épouse et deux amis, nous traversions en voiture l’Irak, direction l’Inde [1] : c’était encore l’Irak de la laïcité relative du baasiste Ahmed Hassan al-Bakr, et les rues de Bagdad, avec bien des costumes féminins « à l’occidentale » feraient frémir des islamistes d’aujourd’hui. Et ces policiers qui avaient encore une tenue fleurant bon l’empire britannique…
Mais ce n’est pas de ces souvenirs de vieil homme que je voudrais longuement parler aujourd’hui, mais, déformation de professeur d’histoire, je reviens sur ces tells qui émergeaient parfois de solitudes semi-désertiques ou de plaines cultivées. Tells, entassements de poussière et d’argile formés les strates successives des antiques cités, qui ne furent tirées de l’oubli qu’à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, et longuement investiguas encore au XXème, jusqu’à ce que les fanatiques de Daesh en saccagent les vestiges au nom de l’Islam…
Et me revenait le souvenir de cette Assyrie que, dans le cadre de l’étude de la Mésopotamie j’avais dû rapidement présenter aux élèves de 6ème de mon premier collège, il y a bien longtemps.

Char de guerre sumérien
Certes, depuis les lointaines cités sumériennes méridionales (Troisième millénaire av. J.-C) et leurs chars de guerre, jusqu’à l’Empire assyrien (Premier millénaire av. J.-C), en passant par la puissance de Babylone (Second millénaire av. J.-C ), la guerre fut le lot normal, si je puis dire, des populations de la Mésopotamie.
Mais comme je l’écrivais dans le billet La guerre, toujours..., « On est toujours un peu perplexe sur l’origine du peuple sumérien et celle de sa langue agglutinante, mais nous ne pouvons que constater que si nos amis sumériens y mettaient du leur, question guerre, les sémites assyriens écorcheurs qui leur ont succédé les ont quelque peu dépassés bien des siècles plus tard. ».
C’était en effet cette violence sadique et institutionnelle des Assyriens qui interpellait les élèves.
Les annales cunéographiques regorgent de récits de conquête d’une cruauté inouïe. Assurnasirpal II, roi d’Assyrie de 883 à 859 av. J.-C présente ainsi la conquête d’une cité araméenne : « Je me dirigeai vers la ville de Udu, la citadelle de Labturu, fils de Tupusu. Je fondis sur la ville : je passai par le fil de l’épée 1 400 hommes, je pris vivants 580 hommes et emmenai 3 000 prisonniers. Les hommes survivants, j’en empalai sur des pieux tout autour de la ville ; à d’autres, je fis arracher les yeux. Le reste, je les emmenai en Assyrie. La ville, j’en pris possession. »
Ou encore, à propos d’une cité révoltée :
« Je bâtis un pilier devant la porte de la ville et j’écorchais tous les chefs qui s’étaient révoltés contre moi, et j’étalais leur peau sur le pilier. J’emmurais certains d’entre eux dans le pilier, j’empalais les autres sur des pieux. J’en écorchais beaucoup à travers mon pays et je drapais leur peau sur les murs. Je brûlais beaucoup de prisonniers parmi eux, je capturais beaucoup de soldats vivants. De certains, je coupais les bras ou les mains. D’autres, je coupais le nez ou les oreilles. J’arrachais les yeux de nombreux soldats. Je fis une pile de corps et une autre de têtes. Je pendis leurs têtes à des arbres autour de la cité. Je brûlais leurs adolescents garçons et filles. »

Bas-relief assyrien montrant des prisonniers que l’on est en train d’écorcher vivants
Voilà donc ce que l’on a pu lire sur des tablettes d’argile ou des stèles patiemment déchiffrées, dès lors que la langue sémitique des Assyriens et ses signes cunéiformes furent compréhensibles à la patience des érudits.
Certes, on ne peut réduire la civilisation assyrienne à cette cruauté bestiale [2], mais, sortie de la poussière de briques, la révélation de cette infâmie ne peut qu’interroger sur ce dont quoi l’homme est capable quand un pouvoir absolu l’y incite ou l’y oblige.
Il n’est donc pas étonnant que la découverte de l’Assyrie ait eu des échos particulièrement significatifs après les atrocités nazies, et celles qui s’en sont suivies.


[2] « Guerre et paix en Assyrie : problèmes préliminaires et sources » : https://books.openedition.org/ephe/1837?lang=fr

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