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De la laïcité et de la relativité des croyances religieuses

jeudi 20 mars 2025, par René Merle

On le sait (ou, pour beaucoup trop encore, on devrait le savoir), la laïcité est le principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, elle garantit la liberté de conscience et donc la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l’ordre public.
On le sait (et là encore, pour beaucoup, on devrait le savoir), les laïques de 1905 avaient devant eux un seul cléricalisme catholique fort (par habitude ou par conviction) du soutien de l’immense majorité des Français. La Laïcité garantissait la liberté de culte à la majorité catholique (mais empêchait l’Église d’être au dessus des lois), comme elle la garantissait à la minorité protestante et à la minorité juive, libérée par la Révolution. Minorités toutes deux non prosélytes.
Bref, il s’agissait avant tout d’un équilibre État - Église catholique, et il était facile à chacun de retrouver ses marques dans la question religieuse, ramenée au Catholicisme.
Tout a changé avec l’affaiblissement évident du catholicisme tout au long du XXème siècle et encore plus en ce début du XXIème, déclin que paradoxalement le non croyant que je suis ne considère peut-être pas comme un progrès, car si l’Église en tant que structure perd de l’influence, recule l’éthique à laquelle elle est liée et qui d’une certaine façon garantissait la vie en commun. Ce qui naturellement pose la question de la présence ou de l’absence d’une nouvelle éthique de cette vie en commun : je pencherai malheureusement de plus en plus vers l’absence, au vu de ce que développe notre liberté retrouvée.
Je vous prie de ne pas considérer que je suis adepte de la monarchie absolue, qui imposait la seule religion qui la légitimait et qui rassurait le bon peuple, et je me félicite de constater qu’à la différence de la plupart de ses voisins, la France soit un État laïque.
Mais je suis assez effaré de constater que, dans l’état actuel de notre société, cette garantie de la liberté de croyance recouvre en fait une quantité sans cesse croissante de convictions les plus diverses. Les séquelles de la colonisation et les migrations récentes de la mondialisation ont amené sur notre territoire [1] des religions que notre histoire n’avait pas connues. L’hégémonie étatsunienne nous envoie avec succès ses évangélistes prosélytes. Le chamanisme est à la mode. Les sectes se multiplient. Les réseaux sociaux proposent aux dizaines de millions de leurs adeptes hexagonaux les résurgences troublantes de convictions anciennes, en redonnant dans les cadres complotistes leur pleine place aux Illuminati de tous poils.
Faire ainsi le plein, voire le trop plein de croyances, et les respecter toutes dans un souci d’égalité, ou de relativisme, n’a certes rien de bien nouveau à l’échelle historique. Rome n’avait cessé de faire sienne les innombrables divinités des peuples soumis.
Mais aujourd’hui, chez nous, la légitime tolérance laïque peut engendrer, chez ceux qui ne se sentent pas particulièrement concernés par les questions religieuses, la conviction que ce foisonnement religieux n’est qu’un marigot dans lequel toutes les croyances se valent dans leur melting pot, et donc qu’il importe peu d’en choisir l’une, ou l’autre, ou de n’en pas choisir du tout.
Auquel cas, l’individu (celui à tout le moins qui n’est pas aux abois pour trouver sa pitance quotidienne) est en fait laissé seul devant la fascination consumériste (à tous les sens du mot) de notre société néo-libérale, et s’y enferme dans une bulle narcissique où le surmoi religieux n’a sa place. Une bulle heureuse nourrie de voyages, de concerts, de sport vécu ou regardé, de mode, parfois de faciles justifications humanitaires, quand il ne s’agit pas de l’indifférence absolue par rapport au reste du monde).
Mais il est évident aussi que devant le matérialisme d’un monde où l’on ne vaut que ce que l’on possède, sans parler du chaos meurtrier qu’il engendre, d’aucuns se sentent abandonnés sinon, de Dieu, à tout le moins d’une idéologie porteuse de la Vérité éthique.
Et ainsi la boucle se referme, car le chemin qui mènerait à sa découverte risque de ramener à une croyance imposant sa vérité à la liberté de l’individu.
D’où pour certains le retour à Dieu...


[1Je ne traite pas ici de département d’Outre-Mer comme la Réunion, ou depuis fort longtemps églises, minarets, temples indouistes cohabitent

Messages

  • Je crois (il me semble dans une réflexion immédiate sur la laïcité) que nous sommes bien impuissants dans ce contexte...
    Et qu’une transformation sociale plus profonde, plus organique, plus systémique, et autre que nationalo-nationale, seule puisse y répondre.
    Tant de question relèvent de décisions et d’actes mondiaux, immigration, climat, emploi, formation, etc.
    Mais alors où est ma conviction d’une vie de lutter aussi pour l’immédiat et le local ?
    Et ne pas se cantonner aux seuls restaus du cœur à l’instar de ....
    Pierrot

    • Cher Pierre, par ce regard sur le monde comme il va, tu élargis le constat que je faisais sur l’anarchie intellectuelle suscitée par le relativisme de toutes les croyances, relativisme lié à une conception dichotomique de la laïcité : garantie de la liberté de conscience – mise à plat égalitaire de tous les états de conscience.
      Depuis les Lumières et leur critique des religions aliénantes, liée à l’exaltation des connaissance techniques et scientifiques, s’est développé un individualisme « anarchique » refusant toute tutelle à sa libre détermination, qui peut conduire à des convictions solides ou à des errements déplorables.
      Je voulais seulement pointer ce fait dans mon modeste billet.

      Amitiés,
      René

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