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Lire, oui, mais quoi ?

mercredi 30 avril 2025, par René Merle

Je ne traiterai pas ici de la lecture des ouvrages dits classiques (j’y reviendrai éventuellement), mais de celle des ouvrages dits contemporains, au sens large.

On ne peut guère parler de réduction de la lecture dans des catégories sociales où le livre n’a jamais été très présent, malgré, sur le long terme et de longue date, la diffusion d’une « littérature populaire », de la « bibliothèque bleue » du colportage au roman dit de gare et aux pulps magazines américains, en passant par les grands feuilletons du XIXème siècle, qui souvent, ma foi, n’étaient pas toujours de la mauvaise littérature.
Mais quid de la vaste classe dite moyenne ?
On y lit de moins en moins, et les sociologues pointent facilement les catégories de population où cette réduction est la plus évidente, les jeunes adultes urbains « éduqués », pour lesquels la lecture est essentiellement celle des messages et des réseaux sociaux, mais fort rarement celle d’un ouvrage.
Mais, même si leur nombre diminue, il y a toujours et heureusement des gens qui lisent.
Malgré les difficultés croissantes des librairies, gravement concurrencées par la commande sur Amazone et la revente des livres d’occasion, le succès du lectorat des médiathèques [1] en témoigne.
On pourrait aussi évoquer le succès ambigu des fêtes du livre, où beaucoup viennent plus pour « voir » que pour acheter.
Elles témoignent malgré tout d’un intérêt, qui peut se transformer en passage à la lecture. Au-delà du rituel prix Goncourt, que l’on offre plus qu’on ne le lit…
Mais le problème essentiel est alors de savoir ce qui se lit, car lire en soi ne veut rien dire.
Il existe de vrais lectorats spécialisés, comme par exemple celui du roman noir et du polar. J’ai pu m’en rendre compte dans ma brève période d’auteur. Il existe aussi un lectorat de fans fidèles à un auteur, réputé difficile et donc peu connu du grand public, mais suffisamment lu pour pouvoir vivre de ses ouvrages.
Mais le contraste est évident entre l’énorme production éditoriale automnale et la polarisation des ventes sur quelques acteurs.
Et bien souvent sur la soupe de ces auteurs industriels qui pondent au moins un roman par an et trustent les meilleures ventes avec leur macédoine de thrillers et de romance, souvent sur fond d’exotisme.
Cette pratique addictive et distractive n’a sans doute que peu à voir avec ce que, par commodité, on appelle la « vraie » littérature moderne, que les rubriques des magazines ou les émissions spécialisées, radio et télé, essaient tant bien que mal de promouvoir.

Suite : Lecture silencieuse ?


[1] Je parle bien du « vrai » lectorat, et non de la clientèle jeune ou paumés que je vois squatter « ma »médiathèque voisine pour papoter… ou trouver refuge.

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